Le problème avec Yallo, c’est qu’elle arrive en retard à la fête du roaming, et que personne ne l’a vraiment invitée
Imaginez : vous êtes à Barcelone, votre batterie est à 12%, et votre forfait suisse vous annonce un message du style « Roaming activé, mais attention, ça va vous coûter un bras ». Sauf que là, ce n’est pas Orange ou Salt qui vous saigne. C’est Yallo, la marque bradée de Sunrise, qui vous propose une eSIM à 5 francs la journée pour appeler et surfer comme un roi. Sauf que le roi, en l’occurrence, c’est surtout Sunrise.
Pourquoi ? Parce que derrière cette annonce qui claque comme un coup de pub low-cost, il y a un marché qui pue déjà la manipulation. Le roaming, c’est le dernier bastion où les opérateurs suisses et européens se serrent les coudes pour vous faire payer cher l’accès à leur réseau. Et Yallo, en débarquant avec des eSIM, ne fait pas que simplifier la vie des voyageurs. Elle bouscule un système où tout le monde se refile la patate chaude.
Sunrise joue les malins, mais les opérateurs locaux ont d’autres plans
Sunrise a sorti ses forfaits eSIM Yallo pour l’étranger en mars 2024, avec des prix qui font rêver : 5 francs la journée pour 1 Go de données et des appels illimités vers la Suisse. Sur le papier, c’est génial. Sauf que sur le terrain, ça se passe moins bien.
D’abord, parce que ces eSIM ne marchent pas partout. Pas en Chine, pas en Inde, pas dans la plupart des pays africains. Pourquoi ? Parce que les opérateurs locaux, eux, ne veulent pas jouer le jeu. Ils préfèrent vous vendre leurs propres forfaits à prix d’or plutôt que de laisser Sunrise leur piquer une partie du gâteau. Résultat : votre eSIM Yallo reste muette à Dubai, et vous, vous devez raquer 20 francs pour une carte SIM locale.
Ensuite, parce que même quand ça marche, les restrictions sont de mise. 1 Go par jour, c’est vite dit. Vous regardez une vidéo YouTube en attendant votre vol à Lisbonne ? Adieu, votre forfait. Vous envoyez quelques photos à votre famille ? Trop tard, vous êtes déjà en roaming classique. Et là, les tarifs explosent. Sunrise affiche des prix « compétitifs » pour ses eSIM, mais une fois que vous sortez du cadre, vous retombez dans le piège classique : 2 francs la minute pour appeler, 0,50 franc le Mo de données. Bref, vous payez deux fois.
Le vrai business du roaming, c’est la guerre entre opérateurs, et vous, vous êtes l’otage
Derrière cette histoire d’eSIM, il y a une bataille bien plus grosse : celle des accords entre opérateurs. Le roaming, c’est un marché où tout le monde triche.
Prenez l’exemple de l’UE. Depuis 2017, les opérateurs européens sont censés appliquer des tarifs « justes » pour le roaming dans l’Union. Sauf que « juste », ça veut dire quoi ? Pour Sunrise, ça signifie 0,05 franc la minute pour appeler, 0,10 franc le SMS, et 2 francs le Mo de données. Des prix qui semblent raisonnables. Sauf que ces tarifs sont calculés sur la base d’accords bilatéraux entre opérateurs. Et ces accords, personne ne les contrôle vraiment.
En 2023, une étude de l’ARCEP (le régulateur français) a révélé que les opérateurs européens facturent en moyenne 30% de plus que les tarifs réglementés pour le roaming. 30% de plus. Alors oui, Sunrise fait semblant de jouer les rebelles avec ses eSIM à 5 francs. Mais en réalité, elle se contente de ponctionner une partie de la marge que les autres opérateurs lui laissent déjà.
L’eSIM, c’est la nouvelle arnaque à la mode
Le pire, c’est que les eSIM, censées simplifier la vie des voyageurs, compliquent tout.
- Vous devez avoir un smartphone compatible. (Adieu, les vieux iPhone 7 et les Android bas de gamme.)
- Vous devez activer l’eSIM avant de partir. (Oubliez de le faire à l’aéroport de Zurich ? Trop tard, vous êtes grillé.)
- Vous devez gérer plusieurs profils SIM sur votre téléphone. (Et si vous avez déjà votre forfait suisse en cours ? Bienvenue dans le bordel.)
Résultat : vous passez plus de temps à bidouiller les réglages de votre téléphone qu’à profiter de vos vacances. Et au final, vous payez quand même trop cher.
Pire encore : les eSIM de Yallo ne sont pas toujours les moins chères. En Espagne, par exemple, vous trouverez des forfaits locaux à 10 euros la semaine avec 10 Go de données. Soit l’équivalent de 20 francs suisses pour 20 Go. Contre 30 francs pour 10 Go avec Yallo. Vous avez bien lu : deux fois plus cher.
Alors, Yallo sauve-t-elle vraiment votre portefeuille ?
Pas vraiment. Les eSIM de Yallo sont une bonne idée… à condition de bien les utiliser.
- Si vous voyagez dans l’UE, ça peut le faire. Mais attention aux restrictions.
- Si vous allez en Asie, en Afrique ou au Moyen-Orient, oubliez. Vous serez obligé de prendre une carte SIM locale.
- Si vous voulez vraiment économiser, comparez les forfaits des opérateurs locaux. Souvent, ils sont bien moins chers que ce que vous propose Sunrise.
Le vrai problème, c’est que personne ne veut vraiment réguler ce marché. Les opérateurs se protègent entre eux, les régulateurs ferment les yeux, et vous, vous payez. Yallo ne change pas la donne. Elle se contente de vous vendre l’illusion du choix.
Le roaming, c’est comme le fromage : tout le monde en parle, mais personne ne veut vraiment le changer
Le roaming, c’est un peu comme le fromage suisse : tout le monde en mange, mais personne n’aime vraiment son prix. Les opérateurs suisses et européens savent très bien que vous n’avez pas le choix.
- Vous voulez appeler votre famille ? Il faut du roaming.
- Vous voulez surfer sur Internet dans un pays étranger ? Il faut du roaming.
- Vous voulez éviter les frais exorbitants ? Trop tard, vous êtes déjà dans la nasse.
Les eSIM de Yallo, c’est un peu comme si on vous vendait du fromage à 20 francs le kilo en vous disant « C’est moins cher que chez le voisin ». Sauf que le voisin, en réalité, vous arnaque aussi.
Alors oui, Yallo fait semblant d’innover. Mais en réalité, elle ne fait que reproduire le même schéma : vous faire payer, mais en vous faisant croire que vous avez une option.
Le jour où un vrai régulateur imposera des tarifs transparents et équitables pour le roaming, ce jour-là, on pourra parler d’une vraie révolution. En attendant, les eSIM de Yallo, c’est du vent.
Et vous, vous êtes toujours l’otage.