Le 2 octobre, à Dakar, El Hadj Abdourahmane Diouf, ministre de l’Énergie et du Pétrole, a sorti un nouveau paquet de mesures pour le secteur. Objectif affiché : attirer les investisseurs. Sauf que les détails manquent cruellement. Et que la loi sur les crédits spéciaux, votée en urgence par l’Assemblée nationale, ressemble à une porte de sortie pour des contrats qui sentent le deal douteux. Voilà le problème : personne ne sait vraiment ce qui est négocié, ni à quel prix pour l’État et les citoyens.
Les annonces du ministre : du vent ou une vraie relance ?
Diouf a parlé de simplification des procédures, de fiscalité allégée pour les compagnies pétrolières, et même d’un fonds souverain dédié aux hydrocarbures. Belle musique. Sauf que les entreprises du secteur, elles, restent silencieuses. Pourquoi ? Parce que les promesses ne tiennent pas debout sans cadre précis. Prenez Petrosen, la filiale de TotalEnergies au Sénégal : depuis des années, elle traîne des pieds sur ses engagements. En 2022, le gouvernement lui a accordé un délai supplémentaire pour forer deux puits dans le bassin de Sangomar. Résultat ? Zéro avancée. Pourtant, les réserves y sont estimées à plus de 1 milliard de barils (source : rapport de la SNPC, 2023). Si même Total ne bouge pas, que viendront faire les autres ?
La loi sur les crédits spéciaux : un leurre pour masquer l’opacité
L’Assemblée nationale a voté en catimini une proposition de loi pour élargir les crédits spéciaux, ces budgets cachés, souvent utilisés pour des opérations sensibles sans contrôle réel. Problème : cette loi arrive pile au moment où le Sénégal négocie des contrats pétroliers avec des acteurs peu scrupuleux.
Exemple ? La société Woodside Energy, qui a obtenu en 2021 un permis pour explorer le bloc de Sangomar. Combien l’État a-t-il perdu dans ce deal ? Personne ne le sait. Parce que les contrats sont signés sous le sceau du secret. Et maintenant, avec cette loi, les crédits spéciaux pourront servir à financer… n’importe quoi.
Le risque ? Que ces fonds servent à boucher des trous dans des contrats déséquilibrés, ou pire, à blanchir des arrangements peu transparents.
Les marchés ferment les yeux, mais pas pour longtemps
Les investisseurs internationaux regardent, mais ils ne sont pas dupes. Le Sénégal a déjà une réputation de pays où les contrats pétroliers tournent au casse-tête. En 2014, la découverte de gaz à Grand Tortue a été présentée comme une révolution. Résultat ? Des années de retard, des coûts explosés, et une production toujours pas à la hauteur des promesses. Aujourd’hui, avec cette loi sur les crédits spéciaux, c’est la porte ouverte à un nouveau fiasco.
Pourquoi les marchés ne bronchent pas encore ? Parce qu’ils misent sur l’appétit du Sénégal pour le pétrole. Mais attention : si les choses tournent mal, ce ne sont pas les actionnaires qui paieront, ce sera le contribuable.
Ce que le gouvernement ne dit pas
Diouf parle de souveraineté énergétique, de création d’emplois, de développement local. Mais il omet un détail : qui va payer la note ?
Prenez le cas du Nigeria. Quand un pays mise tout sur le pétrole sans cadre strict, les conséquences sont connues : corruption, gaspillage, et dépendance. Le Sénégal veut-il finir comme Lagos, avec des infrastructures pourries et une population en colère ?
La vraie question n’est pas « Est-ce que ça va marcher ? » mais « À quel prix ? »
La conclusion qui dérange
Le Sénégal a une carte à jouer : ses réserves en hydrocarbures sont réelles. Mais les annonces du ministre et cette loi sur les crédits spéciaux sentent le coup de poker mal calculé. Soit ça débouche sur un nouveau Grand Tortue, avec ses promesses non tenues et ses coûts cachés. Soit ça devient un piège à investisseurs, où l’État se fait avoir en échange de miettes.
Une chose est sûre : sans transparence totale, ce secteur va continuer à saigner le pays. Et cette fois, ce ne sera pas les actionnaires qui paieront.