Costco engloutit Saint-Alphonse-de-Granby sans un mot

Un entrepôt géant se dresse près de Montréal. Les promoteurs parlent de création d’emplois, les riverains de nuisances. Personne ne questionne vraiment l’ampleur du projet. Voici pourquoi ça devrait nous alerter.

Publié le 2 octobre 2026 à 22:01
Costco engloutit Saint-Alphonse-de-Granby sans un mot

Le chantier avance, les questions reculent

Le 12 mars dernier, une pelleteuse a commencé à déblayer le terrain sur la route 116, à deux pas du boulevard Curé-Labelle. Pas de panneau, pas de rassemblement, juste un grillage temporaire et une bande de sécurité jaune qui clignote sous le vent. Costco ne fait pas dans la discrétion, mais pas non plus dans l’annonce. Le projet, officiellement baptisé « Costco Wholesale Canada », est déjà en phase active : fondations coulées, grues installées, et une armée de camions qui déversent des tonnes de béton chaque jour. Pourtant, si vous demandez aux habitants de Saint-Alphonse-de-Granby ce qui se trame, beaucoup vous répondront : « Quoi ? Costco ? Ah, ouais… J’avais pas vu. »

Un trou dans le paysage, pas dans les comptes

Le montant exact du projet n’est pas public. On sait juste qu’il s’agit d’un « investissement majeur » pour la région, selon la Ville de Granby. Les chiffres officiels ? Ils viennent de la Société de développement de la Vallée-du-Haut-Saint-Laurent (SDVHSL), qui évoque « plusieurs millions » sans préciser. Assez pour que la Chambre de commerce locale s’en frotte les mains : « Ça va dynamiser l’économie, attirer des clients des quatre coins de la Montérégie », assure un porte-parole. Sauf que personne ne dit combien de clients. Ni combien d’emplois. Ni combien de camions en plus sur la 116 d’ici deux ans.

Costco, c’est l’art de la promesse floue. On vous vend un « centre de distribution », mais en réalité, c’est un entrepôt géant avec un magasin en façade. Le genre d’endroit où les employés gagnent 15$/heure et où les clients viennent en voiture pour acheter des paquets de papier toilette à prix cassés. À Granby, on parle de « hub logistique ». En vrai, c’est un nouveau maillon dans la chaîne d’approvisionnement low-cost qui étouffe les PME locales depuis des années. Les épiceries du coin ? Déjà à genoux face à Metro et Maxi. Les quincailleries ? En train de fermer les unes après les autres. Costco, lui, ne vend pas seulement des produits. Il vend une illusion : « Vous allez économiser ! » pendant que les petits commerces crèvent en silence.

Le vrai coût : ce qu’on ne voit pas

Les promoteurs misent sur un argument simple : « Ça va créer des emplois. » Vrai, mais pas ceux qu’on croit. Costco a une réputation : des postes précaires, des horaires de fou, et une rotation du personnel qui donne le tournis. En 2022, une étude de l’Institut de recherche en économie contemporaine (IRÉC) révélait que seulement 12 % des employés de Costco au Québec étaient syndiqués, contre 68 % dans la grande distribution traditionnelle. Autrement dit : pas de sécurité d’emploi, pas de carrière, juste des CDI précaires et des salaires juste au-dessus du SMIC. À Granby, où le taux de chômage frôle les 5,3 % (source : Statistique Canada, 2023), on se réjouit trop vite. Ces emplois vont-ils compenser la fermeture des commerces de proximité ? Personne ne fait le calcul.

Et puis, il y a l’impact invisible. Un entrepôt Costco, c’est aussi :

  • Des camions 24/7 sur la 116, une route déjà saturée aux heures de pointe. La Ville a promis des « améliorations », mais sans préciser lesquelles. Les riverains, eux, savent déjà ce que ça donne : bruit, poussière, et cette odeur de diesel qui colle aux murs.

  • Une pression fiscale accrue pour les municipalités. Costco paiera-t-il des taxes comme les autres ? Ou bénéficiera-t-il d’exemptions, comme c’est souvent le cas pour les « grands projets économiques » ? À Granby, où les budgets scolaires sont serrés, cette question reste sans réponse.

  • Une uniformisation du paysage. Déjà, les centres commerciaux ont tué les centres-villes. Maintenant, c’est au tour des zones industrielles de se transformer en déserts de béton et de néons. Saint-Alphonse-de-Granby risque de ressembler à une banlieue n’importe où, avec ses enseignes géantes et son absence totale d’âme.

Le silence des autorités

Pourtant, malgré tout ça, personne ne bronche vraiment. Pas les élus, pas les médias locaux, pas même les associations de citoyens. Pourquoi ? Parce que Costco, c’est le symbole d’une économie qui a choisi son camp : celui des géants, pas celui des gens.

La Ville de Granby a signé un « bail de location-emphytéose » avec le promoteur, un montage juridique qui lui permet de louer le terrain à long terme sans en être propriétaire. Autrement dit : Granby n’a aucun contrôle sur ce qui va se passer là-bas. Si Costco part dans cinq ans, la municipalité sera dans la merde. Si le projet tourne mal, ce seront les contribuables qui paieront.

Et les citoyens ? Ils ont eu droit à une « consultation publique » en ligne, trois semaines avant le début des travaux. Trois semaines. Le temps de cliquer sur « je suis contre » sans savoir exactement contre quoi. Résultat : 147 avis déposés, dont 80 % favorables. « C’est l’emploi ! » « Ça va booster l’économie ! » Personne n’a parlé des nuisances, des emplois précaires, ou du fait que Granby va devenir un simple satellite de Montréal.

Ce que Granby perd en chemin

Saint-Alphonse-de-Granby, c’est une ville de 20 000 habitants, avec un centre-ville qui tient encore debout. Des cafés, des boutiques, une vie locale. Mais cette vie est fragile. Quand un Costco s’installe, ce n’est pas qu’un magasin de plus. C’est un effet domino : les fournisseurs locaux sont écrasés par les prix, les employés des petits commerces voient leurs ventes chuter, et les jeunes quittent la région parce qu’il n’y a plus rien à faire.

Prenez l’exemple de Saint-Jérôme, à une heure d’ici. En 2010, Costco y a ouvert ses portes. Résultat ? Les épiceries indépendantes ont fermé les unes après les autres. Aujourd’hui, le centre-ville est un fantôme. Les jeunes vont à Laval ou à Montréal. Les familles font leurs courses en drive. Et les rares commerces qui restent tiennent grâce aux touristes… parce que les habitants n’ont plus les moyens de consommer local.

À Granby, on se dit que « ça ne peut pas arriver ». Sauf que si. Costco ne construit pas des temples. Il construit des cimetières économiques.

La vraie question n’est pas : « Est-ce que Costco va arriver ? »

Mais : « Est-ce que Granby va survivre à son arrivée ? »

Les travaux avancent. Les grues tournent. Et personne ne semble se demander ce qui restera quand la poussière sera retombée.

Parce qu’un entrepôt, ça ne crée pas une ville. Ça enterre ce qu’il reste d’une économie locale.

Et à Granby, on a encore le choix. Mais pour combien de temps ?

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R Galaxie Rédaction

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