Pourquoi Wendel mise sur les startups avant tout le monde ?
C’est un détail qui en dit long : le premier closing de ce fonds, baptisé Wendel Capital, a été réalisé sans même attendre que les fonds de croissance ne se réveillent. Pourtant, le marché est encore froid. Les levées de fonds en Europe ont chuté de 40 % en 2023 (source : PitchBook), et les investisseurs traditionnels jouent les prudents. Alors pourquoi Wendel prend-il ce risque ?
Parce que personne ne veut plus être le dernier.
Les deux anciens de Wendel derrière ce projet, Thomas Dutertre et Guillaume de Seynes, ont une idée simple : les fonds de croissance arrivent toujours trop tard. Ils repèrent des startups quand elles valent déjà des centaines de millions, alors que le vrai potentiel se joue avant, quand l’entreprise a encore besoin de 10 ou 20 millions pour décoller. Le problème ? Les fonds early-stage sont déjà saturés. Les business angels non plus ne suffisent pas. Alors Wendel comble le trou.
Mais est-ce que ça marche ?
Pas encore. Le fonds n’a pas encore prouvé sa rentabilité. Les premiers investissements datent de janvier 2024, et les startups qu’ils ciblent (souvent en Series A) ont encore des années avant de sortir. Sauf coup de poker, les rendements mettront du temps à arriver. Et ça, personne ne le dit.
Le piège des fonds qui arrivent trop tôt
Wendel Capital n’est pas le premier à tenter le coup. Partech, Idinvest, ou même Bpifrance ont des bras early-stage. Mais eux, ils jouent la sécurité : ils diversifient, ils prennent des participations minoritaires, ils attendent que le marché se stabilise. Wendel, lui, mise gros sur quelques coups.
Le problème ? Les startups en Series A sont déjà très regardées. Un échec, et c’est tout le fonds qui trébuche. Prenez l’exemple de Doctolib : levée à 10 millions en 2013, valorisée à 1 milliard en 2018. Un succès. Mais pour chaque Doctolib, il y a dix autres qui disparaissent. Wendel le sait. Pourtant, ils persistent.
Pourquoi ? Parce que les fonds de croissance, eux, ne bougent pas. Ils attendent que les startups aient déjà prouvé leur modèle. Wendel veut casser ce rythme.
Ce que personne ne veut admettre : le marché est encore trop petit
Il y a un chiffre qui fait mal : seulement 3 % des startups européennes lèvent plus de 50 millions d’euros (source : European Tech Report 2023). Le reste ? Des levées de 2 à 5 millions, avec des fonds qui se battent pour des tickets trop petits.
Wendel Capital vise entre 10 et 30 millions par startup. C’est ambitieux. Trop, pour certains.
Le vrai risque ? Si le marché ne redémarre pas en 2025, Wendel pourrait se retrouver avec un portefeuille de startups en difficulté, et des fonds de croissance qui refusent de les reprendre. Personne ne veut en parler, mais c’est le scénario le plus probable si l’économie reste molle.
L’avantage secret : Wendel a les clés pour sortir des startups
Il y a une raison pour laquelle Wendel ose ce pari : ils connaissent les fonds de croissance mieux que personne. La maison mère est actionnaire minoritaire de Wendel Capital, et elle a les contacts pour faire décoller une startup une fois qu’elle a levé.
Exemple concret : Wendel a déjà aidé Deepomatic (une scale-up française) à lever 100 millions en 2022. Sans Wendel, cette levée aurait été bien plus difficile. C’est ça, leur atout.
Mais attention : ça ne marche que si la startup est vraiment bonne. Sinon, Wendel se retrouve avec un actif illiquide et des associés qui râlent.
Le vrai enjeu : qui va suivre ?
Si Wendel Capital réussit, tous les fonds de croissance vont copier. Déjà, Partech a annoncé un fonds growth plus agressif en early-stage. Idinvest aussi**. Mais le problème, c’est que le marché n’est pas assez gros pour tout le monde.
La question que personne ne pose : est-ce que Wendel a assez de startups de qualité pour justifier son pari ? Ou est-ce qu’ils vont se retrouver avec un portefeuille de perdants, comme tant d’autres avant eux ?
Le fond du problème : l’Europe n’a pas assez de licornes
Voilà le vrai défi. Aux États-Unis, les fonds early-stage comme Sequoia ou Andreessen Horowitz ont des rendements à deux chiffres parce qu’ils misent sur des startups qui deviennent des licornes. En Europe ? Il n’y en a que 150 (contre 1 000 aux États-Unis).
Wendel mise sur l’effet réseau : en étant actionnaire minoritaire, ils peuvent influencer les décisions, accélérer les levées, et éviter que leurs startups ne finissent en zombie. Mais ça ne suffit pas.
Le vrai test viendra dans deux ans. Si le marché redémarre, Wendel aura gagné. Sinon, ils auront prouvé une chose : même les meilleurs réseaux ne remplacent pas un écosystème solide.
Le dernier mot : Wendel joue avec le feu, mais ils ont les moyens de gagner
Ce qui est sûr, c’est que Wendel ne va pas rester les bras croisés. Ils ont les contacts, l’expérience, et l’argent pour tenter le coup. Mais le vrai risque, c’est que les autres fonds les suivent sans avoir les mêmes ressources.
Si ça marche, ce sera une révolution. Si ça rate, ce sera un avertissement : en Europe, les fonds early-stage ne sont pas faits pour les amateurs.
Et ça, personne ne le dit assez fort.