Microsoft prend 4 % en une séance, et alors ?
Ça fait trois jours que les écrans clignotent en vert. Trois jours que les algorithmes de trading se frottent les mains en voyant les valeurs IA s’envoler. Microsoft a encore bondi de près de 4 % hier, porté par ses promesses sur l’IA générative et ses partenariats avec Nvidia. Les investisseurs se bousculent. Les médias aussi. Sauf que personne ne vous dit une chose simple : ces hausses, vous ne les toucherez pas.
Pas parce que les marchés vont s’effondrer demain. Non, parce que l’inflation, elle, est toujours là. Parce que les rendements des obligations américaines, eux, ont encore grimpé. Parce que vos gains en papier, une fois déduits des coûts réels, ressemblent à du sucre sans calories : ça fait joli, mais ça ne nourrit pas.
Prenez ce chiffre : le rendement réel des actions technologiques aux États-Unis est tombé à -1,2 % sur un an, selon les calculs de la Fed de Saint-Louis. En clair, si vous aviez mis votre argent dans le Nasdaq en 2022, vous seriez aujourd’hui à peu près à la case départ, une fois l’inflation et les impôts déduits. Pourtant, les titres IA montent. Alors où est le problème ?
Le piège des valorisations stratosphériques
Microsoft vaut aujourd’hui 3 000 milliards de dollars. Trois mille. Avec un zéro de plus que l’an dernier. Comment ? Grâce à l’IA, bien sûr. Sauf que si vous creusez un peu, vous tombez sur un détail gênant : les marges d’Exponential, la division IA de Microsoft, sont négatives. Oui, vous avez bien lu. La machine à cash de Satya Nadella brûle de l’argent sur ses paris technologiques.
Pourtant, les investisseurs continuent de payer. Pourquoi ? Parce que le marché croit dur comme fer à la narrative. Et les narratives, ça a un prix. Un prix que vous payez sans le savoir.
Prenez Nvidia. Son titre a été multiplié par 10 en deux ans. Ses actionnaires ? Ils ont touché des dividendes ? Non. Des rachats d’actions ? À peine. 80 % des gains sont partis en capitalisation boursière, selon une étude de Goldman Sachs citée par Bloomberg. En d’autres termes, c’est le cours de l’action qui a fait les riches, pas les dividendes. Et si demain la bulle éclate ? Qui paiera ? Vous.
Les obligations vous volent en douce
Alors que les valeurs tech dansent, les rendements des bons du Trésor américain ont encore bondi. 3,9 % sur 10 ans, soit le niveau le plus haut depuis 2011. Ce qui signifie une chose : la Fed n’a pas fini de serrer. Les taux, eux, ne baisseront pas avant longtemps.
Résultat ? Vos placements obligataires, s’ils rapportaient encore quelque chose il y a six mois, sont aujourd’hui à peine plus intéressants qu’un livret A. Sauf que le livret A, lui, est garanti. Pas vos obligations.
Et puis il y a le pétrole. Le baril de Brent frôle les 90 dollars, porté par les tensions géopolitiques et la demande chinoise. Les énergéticiens, eux, profitent. Les autres ? Ils subissent. Parce que l’inflation, elle, ne fait pas de distinction entre les secteurs. Elle mange vos gains, point.
Ce que les algorithmes ne vous disent pas
Les robots de trading, eux, ne s’en soucient pas. Ils achètent, vendent, achètent encore, sans jamais regarder les rendements réels. Ils parient sur la prochaine hausse, pas sur ce que vous allez toucher dans trois ans.
Pourtant, il y a un détail qui devrait vous inquiéter : les ETF thématiques IA ont perdu 15 % de leur valeur depuis le début de l’année, selon les données de Morningstar. Oui, même dans la fièvre spéculative, les fonds spécialisés dans l’IA reculent. Parce que derrière les promesses, il y a des comptes de résultat. Et des comptes de résultat, Microsoft et consorts en ont peu à montrer pour l’instant.
Le vrai risque n’est pas la chute, mais l’illusion
Le pire dans cette histoire ? Ce n’est pas que les marchés montent et descendent comme des montagnes russes. C’est que personne ne vous prévient que ces hausses sont déjà intégrées dans le prix. Vous achetez Microsoft à 400 dollars l’action en pensant faire une affaire. Sauf que ce prix suppose déjà que l’IA va révolutionner le monde. Et si elle ne le fait pas ?
Les investisseurs institutionnels, eux, ont une solution : ils vendent leurs actions avant que les particuliers ne les achètent. Les fonds spéculatifs ont réduit leurs positions sur les actions tech de 20 % depuis le début de l’année, selon les données de S&P Global. Ils savent quelque chose que vous ignorez.
Alors, que faire ?
Si vous avez déjà vos actions tech, ne paniquez pas. Mais arrêtez de croire que ces hausses sont des gains. Elles sont des mirages. Des mirages qui vous font oublier que l’inflation, elle, est bien réelle.
Si vous hésitez à investir, posez-vous une question : est-ce que cette action paiera des dividendes ? Est-ce que son business model est rentable aujourd’hui, pas dans cinq ans ? Parce que les promesses de l’IA, pour l’instant, ne se traduisent pas par des chiffres dans les comptes de résultat.
Et surtout, ne vous laissez pas avoir par les pourcentages. Une action qui monte de 10 % peut très bien baisser de 20 % demain. Les marchés ne sont pas une machine à sous. Ils sont un jeu de hasard, et vous êtes le pigeon.
Le dernier mot
Wall Street a encore gagné hier. Les algorithmes ont encore dansé. Mais vos placements, eux, n’ont rien gagné du tout. Parce que les vrais coûts, ceux-là, personne ne les affiche en vert à la clôture.