L'Allemagne abandonne ses usines sans un mot

Les géants allemands saignent. Volkswagen licencie, les marchés s’effondrent, et les syndicats crient dans le vide. Personne ne semble vouloir voir ce qui arrive vraiment.

Publié le 22 septembre 2026 à 08:06
L'Allemagne abandonne ses usines sans un mot

Volkswagen joue avec le feu, et les ouvriers brûlent avec

Le constructeur allemand a publié ses résultats trimestriels début mars : , 40 % de bénéfice en un an. Pas une surprise, mais un coup de massue. Pourtant, les analystes ont haussé les épaules. « C’est le prix de la transition », ont-ils murmuré. Traduction : on sacrifie les emplois aujourd’hui pour sauver les actionnaires demain. Sauf que demain, personne ne sait si la transition existera encore.

Et puis il y a l’usine de Zwickau, où l’on fabrique les ID.3 et ID.4, ces petites électriques censées sauver l’entreprise. En 2023, Volkswagen y a investi 3,5 milliards d’euros. Résultat ? Les lignes de production tournent à moitié vide. Les ouvriers sont en sous-effectif, les cadences sont infernales, et les salaires ne suivent pas. L’IG Metall a menacé de grève : « On ne sera pas les dindons de la farce », a lancé leur secrétaire général, Jörg Hofmann. Trop tard. Les décisions sont prises ailleurs.

Ce qui cloche ? Personne ne regarde les chiffres réels. Les usines allemandes tournent à 60 % de leur capacité en moyenne. Pas faute de commandes, les files d’attente pour les véhicules électriques s’allongent. Non, faute de volonté. Volkswagen mise sur la Chine, où les usines tournent à plein régime… mais où les salaires sont dix fois moindres. En Allemagne, on licencie. En Chine, on embauche. La logique est implacable : l’Allemagne n’est plus rentable.

Sauf que les ouvriers allemands, eux, ne veulent pas partir. Ils ont 50 ans, des contrats à vie, des familles dans les villes ouvrières. Et les syndicats ? Ils organisent des rassemblements, mais personne ne les écoute. Les politiques ? Ils parlent de « souveraineté industrielle », mais sans jamais citer Volkswagen. Les médias ? Ils préfèrent parler des start-up allemandes qui cartonnent, comme Lilium ou Volocopter, comme si l’automobile n’était qu’un vieux souvenir.

Le vrai problème, c’est l’aveuglement.

On sait depuis 2015 que l’Allemagne perdait du terrain face à la Corée du Sud et à la Chine. On sait depuis 2020 que les batteries, ça se fabrique à Pékin ou à Séoul, pas à Brunswick. On sait depuis 2022 que les prix de l’énergie en Allemagne ont explosé, rendant les usines non compétitives. Pourtant, personne n’a sonné l’alerte à temps. Pas les gouvernements, pas les patrons, pas les économistes. Juste des rapports techniques, des graphiques en baisse, et des décisions prises dans des salles fermées.

Volkswagen a annoncé en février qu’il ne construirait plus de voitures thermiques en Europe après 2033. Une date symbolique, choisie pour faire joli. Sauf que d’ici là, l’usine de Zwickau aura peut-être fermé. Et les 25 000 emplois supprimés ? Ils ne reviendront pas. Pas en Allemagne, en tout cas.

L’Europe regarde ailleurs, et l’Allemagne paie

Le 15 mars, la Commission européenne a publié son plan pour une « autonomie stratégique » dans l’automobile. 200 pages de jargon, des milliards promis, des usines à relancer. Sauf que sur ces 200 pages, Volkswagen n’est mentionné qu’une fois. Une mention. Comme si le groupe était un sous-traitant, pas le plus gros employeur industriel du pays.

Pourtant, c’est bien Volkswagen qui a perdu 12 milliards d’euros en 2023. Pas BMW, pas Mercedes. Volkswagen. Le groupe qui employait encore 670 000 personnes il y a deux ans. Le groupe qui a licencié 2 000 salariés en 2023, et qui prévoit d’en supprimer autant en 2024.

Pourquoi l’Europe ignore-t-elle ce qui se passe ? Parce que l’Allemagne n’est plus une priorité. Les subventions vont aux batteries, aux mines de lithium, aux start-up. Pas aux ouvriers. Pas aux villes ouvrières qui dépérissent. Pas aux régions où le chômage explose parce que les usines ferment.

Prenez Saxonie, par exemple. Un des berceaux de l’industrie allemande. En 2023, le taux de chômage y a atteint 6,5 %, contre 5,2 % en moyenne dans le pays. Les jeunes partent. Les usines ferment. Et Bruxelles ? Elle finance des projets « innovants » à Berlin ou à Munich, mais pas les reconversions à Chemnitz ou à Leipzig.

Le pire, c’est que personne ne semble s’en soucier.

En France, on parle des grèves chez Renault. En Italie, on s’inquiète pour Fiat. En Allemagne ? On fait semblant de ne rien voir. « C’est le marché qui décide », disent les économistes. « C’est la transition qui coûte », répètent les patrons. « C’est la faute à la Chine », grognent les politiques.

Sauf que la Chine, elle, ne licencie pas ses ouvriers. Elle les forme. Elle investit dans ses usines. Elle ne laisse pas ses villes ouvrières pourrir.

Les syndicats crient, mais personne ne les entend

Le 18 mars, l’IG Metall a organisé 280 rassemblements dans toute l’Allemagne. Des milliers d’ouvriers, des banderoles, des slogans. « Pas de licenciements sans plan social ! » « L’Allemagne a besoin de ses usines ! » Des mots forts, mais qui tombent dans le vide.

Pourquoi ? Parce que les syndicats allemands ont perdu leur pouvoir de nuisance. Autrefois, une grève chez Volkswagen paralysait l’Europe. Aujourd’hui ? Les chaînes de montage tournent encore, même avec 30 % de personnel en moins. Les cadences ont augmenté. Les salaires stagnent. Et les jeunes ne veulent plus travailler en usine.

Le vrai drame, c’est que les syndicats le savent.

Jörg Hofmann, leur leader, a reconnu en privé que « la bataille est perdue ». Pas celle des salaires. Pas celle des conditions de travail. Celle de l’emploi tout court. Les usines ferment, et personne ne les remplacera. Pas les énergies renouvelables, pas les start-up, pas les subventions européennes.

Pourtant, l’IG Metall tente encore quelque chose. Ils négocient avec Volkswagen pour maintenir les effectifs sur les sites stratégiques. Ils veulent des plans de reconversion pour les ouvriers des usines qui ferment. Ils exigent que l’État allemand prenne le relais là où le privé lâche.

Sauf que l’État allemand, lui aussi, regarde ailleurs.

Le gouvernement de Olaf Scholz a annoncé un « plan de relance pour l’industrie » en 2023. 50 milliards d’euros promis. Sur ces 50 milliards, 3 milliards seulement sont destinés à l’automobile. Trois. Pour un secteur qui employait encore 800 000 personnes il y a cinq ans.

Ce qui se joue vraiment : la fin d’un modèle

L’Allemagne a toujours cru que l’industrie était éternelle. Que les usines, les ouvriers, les villes ouvrières, tout cela était intouchable. Une erreur. Une grosse erreur.

Aujourd’hui, Volkswagen licencie. Demain, ce sera BMW. Après-demain, Mercedes. Parce que l’Allemagne n’est plus compétitive. Pas à cause des salaires, ils sont encore trop élevés. Pas à cause des impôts, ils sont encore trop bas pour les entreprises. À cause de l’absence de vision.

Les Allemands ont misé sur les voitures propres. Trop tard. Les Chinois et les Coréens ont déjà gagné la course. Maintenant, il ne reste plus que les licenciements et les fermetures d’usines.

Le pire ? Personne ne semble s’en rendre compte.

Les médias parlent des licornes allemandes, ces start-up qui valent des milliards. Les politiques vantent les « champions européens ». Les économistes répètent que « tout va bien ».

Sauf que sur le terrain, à Zwickau, à Wolfsburg, à Chemnitz, les usines ferment. Et avec elles, des villes entières meurent.

Volkswagen a annoncé en mars qu’il fermerait son usine de Bratislava, en Slovaquie, pour recentrer sa production en Allemagne. Une décision qui a fait bondir les actionnaires. Personne n’a demandé aux ouvriers slovaques ce qu’ils en pensaient. Personne n’a demandé aux ouvriers allemands ce qu’ils pensaient de leur avenir.

Parce que l’avenir, en Allemagne, c’est déjà le passé.

Et après ? Personne ne pose la question

Si Volkswagen continue sur cette voie, d’ici 2030, l’Allemagne aura perdu la moitié de ses emplois industriels. Pas à cause d’une crise, pas à cause d’une guerre, mais à cause d’une décision. Celle de fermer les usines parce qu’elles ne sont plus rentables.

Les villes ouvrières deviendront des déserts. Les jeunes partiront. Les syndicats perdront leur influence. Et l’Allemagne ? Elle deviendra ce qu’elle est déjà en train de devenir : un pays de services et de retraites, sans industrie, sans emplois stables, sans avenir.

Personne ne veut en parler.

Parce que c’est trop gros. Parce que ça fait mal. Parce que ça signifie que l’Allemagne a échoué.

Et ça, aucun gouvernement, aucune entreprise, aucun média ne veut l’admettre.

Alors on fait semblant. On parle d’innovation. On parle de transition. On parle de tout, sauf de la réalité.

Mais la réalité, elle, est là. Dans les usines qui ferment. Dans les emplois qui disparaissent. Dans les villes qui meurent.

Et personne ne semble vouloir la regarder en face.

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R Galaxie Rédaction

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