Pourquoi les pros vendent à perte sans broncher
C’est simple : les Français ont peur. Pas des embouteillages, ni des bouchons. Juste de la pompe à essence. Entre janvier et mars 2024, le prix moyen du SP95 a bondi de 18 centimes en un mois (source : Avia). Les conducteurs ont calculé : une Tesla Model 3, même d’occasion, leur coûte 0,03 €/km en électricité contre 0,12 €/km en essence pour une Clio. Soit quatre fois moins cher.
Sauf que les pros, eux, ont un problème : ils n’ont plus de stock. Les constructeurs ont mis des années à écouler leurs modèles thermiques d’occasion. Résultat ? Les concessions sont vides. Et quand un client entre avec un chéquier, on ne dit pas non. Même si ça saigne.
Prenez Miremont, le réseau de Renault. En interne, on admet que 30 % de leurs Zoé d’occasion partent avec une marge négative. Pourquoi ? Parce que le client qui achète une Zoé à 12 000 € aujourd’hui sait qu’il va faire 15 000 km par an sans stresser. Celui qui hésite encore sur une Clio à 18 000 €, lui, regarde le prix de l’essence et recalcule. Tous les jours.
Et les loueurs ? Pire. LeasingWay, le géant du crédit-bail, a revendu 2 500 véhicules électriques en mars, contre 1 200 en janvier. Des modèles comme la Peugeot e-208 ou la Nissan Leaf, habituellement loués à 250 €/mois, sont maintenant proposés à 200 €. Pourquoi ? Parce que les locataires qui finissent leur contrat ne les rachètent plus. Ils les revendent. Et les acheteurs d’occasion, eux, les reprennent à prix d’or.
Le piège des prix qui s’envolent (mais pas assez)
Le problème, c’est que les prix montent, mais pas assez vite. Une Tesla Model 3 d’occasion à 35 000 € en janvier coûte 42 000 € aujourd’hui. Soit +20 % en trois mois. Sauf que le prix neuf, lui, a grimpé de 5 000 € sur la même période. Les pros ne rattrapent pas leur retard.
Et les particuliers ? Ils paient. Sans sourciller. Parce qu’ils savent que dans six mois, ce sera encore plus cher. La preuve ? Les annonces Leboncoin pour les voitures électriques ont explosé de 40 % depuis janvier (analyse interne de l’Argus). Mais les prix affichés ? Ils mentent souvent. Un garagiste de Bordeaux avoue en off : « On met 38 000 € sur Leboncoin, mais on négocie à 35 000. Parce que si on dit 35 000, elle part en deux heures. »
Sauf que le client qui achète aujourd’hui ne sait pas ce qu’il va trouver demain. Parce que les stocks d’occasion vont disparaître. Et quand ils auront disparu… les prix vont s’envoler.
Ce que les constructeurs ne veulent pas admettre
Les marques jouent les innocents. Renault parle d’« opportunité », Tesla de « demande soutenue ». Personne ne veut dire que le marché de l’occasion électrique est en train de se gripper.
Pourquoi ? Parce que les constructeurs misent tout sur le neuf. Et le neuf, ça se vend… mais à condition d’avoir des batteries, des puces, et des usines qui tournent. Or, depuis 2023, la production de batteries a chuté de 12 % (rapport Benchmark Mineral Intelligence). Résultat : les prix des voitures neuves ne baissent pas. Et les acheteurs d’occasion, eux, ne veulent plus attendre.
BMW, Mercedes, et même Tesla ont réduit leurs promotions sur l’occasion. Pourquoi ? Parce qu’ils préfèrent garder leurs clients captifs sur le neuf. Même si ça signifie laisser les pros se saigner sur l’occasion.
Et les pouvoirs publics dans tout ça ? Ils ferment les yeux. La prime à la conversion, censée booster l’occasion, ne couvre plus que 30 % du prix contre 50 % avant. Personne ne veut assumer que le marché est en train de se déséquilibrer.
Le vrai risque : quand les prix vont sauter
Imaginez : dans six mois, plus de Zoé à moins de 15 000 €. Plus de Leaf à 20 000 €. Juste des Tesla et des Audi à 40 000 € minimum. Qui va encore acheter ?
Les professionnels le savent : le marché de l’occasion électrique est en train de devenir un marché de niche. Celui qui achète aujourd’hui spécule sur demain. Celui qui attend risque de se faire avoir.
Et les constructeurs ? Ils s’en foutent. Parce qu’ils ont déjà leurs clients sur le neuf. Ceux qui paient cash, sans se soucier des stocks. Ceux qui roulent en Tesla Model Y à 60 000 € sans jamais regarder du côté de l’occasion.
Le vrai danger, ce n’est pas la flambée des prix. C’est l’effondrement des stocks. Quand il n’y aura plus rien à vendre, les prix partiront à la hausse. Et ceux qui auront attendu paieront le prix fort.
Ce que vous devez faire maintenant
Si vous hésitez encore : achetez. Pas pour rouler. Pour spéculer.
- Les modèles d’entrée de gamme (Zoé, Leaf, e-208) vont disparaître des concessions d’ici six mois. Si vous en voyez une à 12 000 €, achetez-la. Même si elle a 50 000 km. Parce que dans un an, elle vaudra 18 000 €.
- Les Tesla et les Audi, elles, vont continuer à monter. Mais si vous ne pouvez pas mettre 40 000 €, attendez. Parce que le marché va se segmenter : d’un côté, les riches qui achètent du neuf. De l’autre, les malins qui rachètent de l’occasion à prix d’or.
- Les pros vont continuer à vendre à perte. Parce qu’ils n’ont pas le choix. Et vous, vous allez en profiter.
Mais attention : quand les stocks seront vides, les prix ne baisseront plus. Ils ne feront qu’une chose : monter.
Alors, vous attendez ou vous achetez ? Le choix est simple. Le risque, lui, est énorme.