Le budget, ce serpent de mer qui pourrit tout
En Belgique, le budget fédéral, c’est comme un mariage : tout le monde en parle, mais personne ne veut signer les papiers. Cette année, c’est pire. Les négociations traînent depuis l’été. Les partis se tirent dans les pattes sur des détails qui font bondir : 50 millions ici pour les hôpitaux, 30 millions là pour les communes, et des centaines de millions en moins pour les infrastructures. Le tout sous la menace d’un déficit qui explose. Selon les chiffres de la Cour des comptes, le trou pour 2024 pourrait dépasser 12 milliards d’euros, un record depuis la crise de 2008. Et personne ne propose de vraies solutions. Juste des économies de bout de chandelle et des promesses en l’air.
Pourtant, le vrai problème, ce n’est pas l’argent. C’est l’ego. Chaque parti veut garder ses prébendes, ses subventions, ses petits arrangements. Le Vlaams Belang réclame plus pour les régions flamandes. Les socialistes veulent sauver leurs hôpitaux. Les libéraux rêvent de baisses d’impôts pour les entreprises. Et au milieu, les écologistes et les humanistes, qui crient à la catastrophe climatique mais bloquent tout pour des questions de principe. Bref, un bordel organisé.
Et Verougstraete, dans tout ça ? Lui, il a un rôle précis : faire pression. Officiellement, il ne dirige pas les négociations. Officieusement, il a les yeux partout. Il sait que la majorité est à deux doigts de craquer. Il sait aussi que le pays ne peut pas tenir indéfiniment sans budget. Alors il joue son va-tout : « Fin octobre, c’est la limite. Après, on vote. » Pas de demi-mesure. Pas de « on verra ». Un délai clair. Un ultimatum.
Pourquoi maintenant ? Parce que les marchés ont les nerfs à vif.
Les investisseurs belges commencent à s’inquiéter. Pas pour les discours, mais pour les faits. Les agences de notation surveillent. La dette publique belge frôle les 120 % du PIB, un niveau qui fait frémir Bruxelles. Si le gouvernement ne présente pas de budget crédible d’ici fin octobre, les marchés pourraient réagir. Pas demain, pas dans un mois. Mais les spreads pourraient s’élargir, les taux monter, et les coûts de la dette exploser. Résultat ? Moins d’argent pour les hôpitaux, les écoles, les routes. Bref, la Belgique qui s’enfonce.
Verougstraete le sait. Il a vu ce qui s’est passé en 2011, quand le pays avait mis 541 jours à former un gouvernement. Les conséquences ? Une récession, des plans d’austérité, et une défiance généralisée. Aujourd’hui, personne ne veut revivre ça. Sauf les partis, qui préfèrent jouer les héros plutôt que de faire des compromis.
Le vrai jeu : qui va sauter le premier ?
Derrière les postures, il y a une question simple : qui va craquer en premier ? Les Flamands, qui veulent plus d’autonomie ? Les Wallons, qui refusent de lâcher du lest sur les subventions ? Ou les partis francophones, qui ont peur de perdre des voix aux prochaines élections ?
Verougstraete mise sur une chose : la peur. La peur de l’inconnu. La peur des élections. Parce que si on vote, tout peut basculer. Les alliances actuelles pourraient s’effondrer. Les petits partis gagneraient en influence. Et surtout, plus personne ne garantirait la stabilité.
Mais attention : ce n’est pas un bluff. En Belgique, quand un président de Chambre parle comme ça, c’est qu’il a des infos. Qu’il a vu des fuites, des tractations secrètes, des trahisons en préparation. Il sait que la majorité est à bout. Il sait aussi que le temps joue contre eux.
Et après ? Trois scénarios, aucun réjouissant.
-
Ils trouvent un accord. Mais à quel prix ? Un budget minimaliste, des économies sur le dos des citoyens, et une majorité affaiblie. Les partis auront sauvé les apparences, mais personne ne croira plus en eux.
-
Ils reportent encore. Verougstraete n’a pas dit « élections en octobre », mais « si pas d’accord d’ici fin octobre ». Donc techniquement, ils pourraient gagner du temps. Mais à quel coût politique ? Chaque semaine de retard, c’est une nouvelle crise. Une nouvelle perte de crédibilité. Et un risque accru que les marchés réagissent.
-
Ils votent. Et là , c’est la loterie. Soit une nouvelle majorité se forme rapidement. Soit on replonge dans des mois de blocages. Soit, au pire, un gouvernement minoritaire, instable, qui ne tiendra pas six mois. Dans tous les cas, la Belgique perdrait des années de stabilité.
Ce que Verougstraete ne dit pas
Il ne parle pas des conséquences sociales. Des hôpitaux qui manquent de médicaments. Des enseignants qui ne sont pas payés. Des retraités qui attendent leurs pensions. Parce que quand un budget n’est pas voté, ce sont les citoyens qui trinquent en premier.
Il ne parle pas non plus de l’image du pays. La Belgique, c’est censé être un modèle de stabilité en Europe. Aujourd’hui, on rigole moins. Les investisseurs étrangers regardent ailleurs. Les jeunes diplômés fuient vers la France ou les Pays-Bas. Et Bruxelles commence à s’impatienter.
Alors, que faire ?
Si vous êtes belge, posez-vous la question : vous voulez vraiment revivre 2011 ? Parce que c’est le risque. Pas demain, pas dans un an. Maintenant.
Verougstraete a raison sur un point : le temps est compté. Pas pour les discours. Pour les actes. Et si personne ne bouge d’ici fin octobre, ce ne sera pas une surprise si les urnes s’ouvrent avant Noël.
Parce que parfois, la menace la plus crédible, c’est celle qui vient d’un type qui n’a rien à perdre.
Et lui, il n’a plus rien à perdre. Juste son nom dans l’Histoire. Soit comme celui qui a évité la crise. Soit comme celui qui a laissé le pays s’effondrer.