à partir de septembre, les policiers en ont ras-le-bol des consignes floues (et ça ne va pas s'arranger)
Paris, 12 juin 2024, Un communiquĂ© du syndicat Alliance, qui regroupe des policiers, balance une plainte contre lâĂtat pour « mise en danger de la vie dâautrui ». Traduction : « On nous envoie en premiĂšre ligne avec des rĂšgles qui changent tous les jours, et personne ne assume. » Le ministre de lâIntĂ©rieur, Laurent Nuñez, parle dâun cĂŽtĂ©. La hiĂ©rarchie policiĂšre, de lâautre. Et les flics, eux, se retrouvent avec des consignes qui se contredisent. VoilĂ le vrai problĂšme.
Le chiffre qui résume tout : 37 000 policiers en moins en cinq ans
(Source : rapport annuel du ministĂšre de lâIntĂ©rieur, 2023.)
Pas besoin dâĂȘtre devin pour comprendre : avec moins de monde, les effectifs sont Ă©tirĂ©s. Les consignes floues, câest comme si on demandait Ă un pompier de gĂ©rer un incendie avec un seau percĂ©. Sauf que lĂ , le feu, câest les Ă©meutes, les manifestations, et parfois, les vies en jeu.
Alliance, ce syndicat créé en 2022 par dâanciens de la majoritĂ© prĂ©sidentielle, nâest pas un inconnu. Il a dĂ©jĂ fait parler de lui en dĂ©nonçant « lâingĂ©rence politique dans les affaires de police ». Cette fois, ils vont plus loin : ils accusent lâĂtat de « mettre en danger la vie des agents ». Pourquoi ? Parce que les ordres viennent dâen haut, mais personne ne les explique clairement. Un jour, on leur dit de « dĂ©sescalader ». Le lendemain, on leur ordonne de « maintenir lâordre ». Comment faire, dĂ©jĂ ?
La hiérarchie qui parle à deux vitesses
Laurent Nuñez, lui, sort des dĂ©clarations du genre « la police est un service public, pas une armĂ©e ». TrĂšs bien. Mais sur le terrain, câest une autre histoire.
Prenez les manifestations lycĂ©ennes de ces derniĂšres semaines. Les flics ont reçu des consignes « de fermetĂ© », mais sans prĂ©cisions. RĂ©sultat : certains ont chargĂ©, dâautres ont reculĂ©. Le problĂšme ? Personne ne sait qui a raison.
Un officier de police, sous couvert dâanonymat (parce que parler, ça se paie), rĂ©sume : « On nous dit : âFaites comme ci, mais pas comme ça.â Sauf que âcomme çaâ, câest souvent ce quâon voit Ă la tĂ©lĂ©. » La confiance est en PLS.
Ce que personne ne dit : et si câĂ©tait aussi un problĂšme de moyens ?
Les syndicats de police rĂ©clament depuis des annĂ©es plus dâeffectifs, mieux formĂ©s. Mais lâĂtat, lui, mise sur la « professionnalisation ». Traduction : « On va vous donner des consignes claires, et hop, tout ira mieux. » Sauf que.
- Les stages de formation sont réduits (moins de temps pour apprendre les nouvelles procédures).
- Les promotions sont gelées (donc moins de gradés expérimentés pour encadrer).
- Les Ă©quipements manquent (casques, boucliers, mĂȘme les matraques sont parfois en retard).
Bref, on envoie des mecs au combat avec un couteau Ă beurre.
La plainte dâAlliance : un coup de poker ou un signal dâalarme ?
DĂ©pĂŽt de plainte pour « mise en danger de la vie dâautrui »⊠Câest lourd. Ăa veut dire quâils estiment que lâĂtat a failli Ă sa mission de protection. Est-ce que ça va marcher ? Probablement pas. Les tribunaux ne condamnent pas facilement lâĂtat sur ce genre de dossiers. Mais le symbole est lĂ .
Ce qui est sĂ»r, câest que les flics en ont marre. Marre des consignes qui changent tous les quatre matins. Marre de se faire engueuler par les politiques quand ça dĂ©rape. Marre de se sentir « jetables ».
Ce qui va se passer maintenant ? Personne ne sait.
- ScĂ©nario 1 : LâĂtat fait semblant de rĂ©agir, promet des « clarifications », et rien ne change. Les flics continuent Ă serrer les dents.
- ScĂ©nario 2 : La grogne monte, dâautres syndicats suivent, et on bascule dans une crise ouverte. Ăa, ce serait nouveau.
- Scénario 3 : Les manifestations continuent, les consignes restent floues, et un jour, ça part en couilles. Littéralement.
Personne ne veut en arriver lĂ . Mais si rien ne bouge, câest ce qui risque dâarriver.
La derniĂšre question qui tue
Est-ce que Laurent Nuñez va enfin écouter ?
Pas sĂ»r. Parce que le vrai problĂšme, ce nâest pas les consignes. Câest que personne ne veut vraiment rĂ©gler le fond : les effectifs, la formation, et surtout, la confiance.
Et ça, ça ne se décrÚte pas.
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