Les retraités paient l’échec des partenaires sociaux

Une hausse de 1,4 % en 2026, bien en dessous de l’inflation. Les pensions complémentaires restent prisonnières des blocages politiques. Voici pourquoi cette décision aggrave encore l’injustice.

Publié le 15 octobre 2026 à 08:05
Les retraités paient l’échec des partenaires sociaux

Pourquoi les syndicats et le patronat se sont encore plantés

Les négociations entre les syndicats (CFDT, CGT, FO, etc.) et les organisations patronales (Medef, CPME) sur les retraites complémentaires traînent en longueur depuis des mois. En 2025, aucun accord n’a été trouvé, donc gel des pensions. En 2026, on se contente d’une hausse dérisoire. « C’est une décision politique avant tout », explique un responsable de la CFDT sous couvert d’anonymat. « Les patrons veulent limiter les coûts, et le gouvernement ne force pas. » Sauf que les retraités, eux, n’ont pas voix au chapitre. Pourtant, selon une étude de la DREES (Direction de la Recherche, des Études, de l’Évaluation et des Statistiques), les pensions complémentaires représentent en moyenne 40 % des revenus des retraités. Un coup dur sur ce poste, et c’est toute la fin de mois qui se rétrécit.

Et puis, il y a le détail qui saute aux yeux : 1,4 % de revalorisation, c’est le même taux que celui appliqué en 2023. Sauf que là, au moins, l’inflation était moins élevée. Cette année, avec 2 % d’inflation attendue, les retraités perdent du terrain. « On nous prend pour des vaches à lait », lance un retraité du Nord, qui cumule déjà une baisse du pouvoir d’achat depuis 2018. La Fédération française des sociétés d’assurance (FFSA) avait prévenu : « Sans accord, les retraites complémentaires vont continuer à se dégrader. » Trop tard. Le mal est fait.

Agirc-Arrco : le système qui ne veut pas voir la crise venir

Prenons l’exemple d’un couple de retraités, Marie et Jean, 65 ans. Leur pension de base (CNAV) est de 1 500 € net par mois. Leur complémentaire (Agirc-Arrco) leur apporte 800 €. Soit 53 % de leurs revenus. Avec 1,4 % de revalorisation, leur complémentaire passera à 811 €. Perte nette : 29 € par mois. Pas de quoi faire la révolution, mais assez pour serrer un peu plus la ceinture. « On va réduire les sorties au restaurant, déjà », confie Marie. « Et puis, les factures d’énergie, elles, ne baissent pas. »

Le problème, c’est que le système Agirc-Arrco est conçu pour lisser les hausses sur le long terme. Sauf que le long terme, aujourd’hui, c’est synonyme d’austérité. « Les réserves du régime sont solides, mais la confiance des retraités s’effrite », reconnaît un cadre de l’Agirc. En 2024, les réserves du régime s’élevaient à 40 milliards d’euros (source : rapport annuel Agirc-Arrco). Assez pour tenir… si les cotisations des actifs continuent d’affluer. Mais avec le chômage, les départs anticipés et les bas salaires, les recettes baissent. « On joue à la roulette russe », résume un syndicaliste.

Et puis, il y a l’effet domino. Si les retraités voient leur complémentaire fondre, ils vont moins consommer. Moins de consommation = moins de recettes pour l’État = moins d’argent pour les services publics. « C’est une spirale descendante », analyse un économiste. « Et personne ne semble vouloir la stopper. »

Ce que le gouvernement ne dit pas sur les retraites

Élisabeth Borne, en 2023, avait promis « une revalorisation juste des retraites ». Deux ans plus tard, les faits sont là : les pensions de base ont été revalorisées de 5,3 % en avril 2024, mais les complémentaires stagnent. « Double standard », gronde la CGT. « On nous sort des chiffres pour les retraites de base, mais on nous ignore pour les complémentaires. »

Pourtant, le gouvernement a les moyens d’agir. En 2025, l’État a injecté 1,5 milliard d’euros dans le fonds de solidarité vieillesse pour compenser les déséquilibres. Mais rien pour les complémentaires. « C’est une question de priorités », lance un député LREM. « Les retraites de base, c’est l’urgence sociale. Les complémentaires, c’est un sujet technique. » Traduction : « On s’en fout, c’est pas nous qui votons. »

Et puis, il y a l’argument massue : « Les retraités ont déjà profité de la croissance des années 2000. Maintenant, c’est au tour des actifs. » Sauf que les actifs, justement, galèrent. Le salaire médian en France a augmenté de seulement 0,9 % en 2023 (DARES). Alors, qui va payer ? Les retraités, encore et toujours.

La vraie question : et après 2026 ?

Si rien ne change, les choses vont empirer. D’ici 2030, le nombre de retraités dépendra de 1,7 actif (contre 2,3 aujourd’hui, selon l’OCDE). Les complémentaires, déjà fragilisées, pourraient devenir ingérables. « On marche sur un volcan », avertit un expert du Cercle des économistes.

Plusieurs scénarios se dessinent :

  • Un gel prolongĂ© : comme en 2025, mais avec une inflation qui ronge encore plus les revenus.
  • Une rĂ©forme des règles de calcul : moins de points attribuĂ©s, moins de pensions. DĂ©jĂ , depuis 2019, le montant des pensions dĂ©pend du nombre de trimestres cotisĂ©s. Avec la hausse de l’espĂ©rance de vie, ça va se corser.
  • Une augmentation des cotisations : mais les entreprises et les salariĂ©s sont dĂ©jĂ  Ă  cran. « On ne peut pas tout leur demander », soupire un patron de PME.

Le vrai problème, c’est que personne ne veut assumer. Les syndicats pointent du doigt le patronat, le patronat accuse l’État, et l’État se cache derrière les partenaires sociaux. « C’est la loi de la jungle », résume un retraité. « Et nous, on est les proies. »

La retraite complémentaire, dernier rempart à faire tomber ?

En 2019, la réforme des retraites a unifié les régimes de base. Aujourd’hui, c’est au tour des complémentaires d’être dans le collimateur. L’Agirc-Arrco représente 70 % des pensions complémentaires en France. Si le système s’effondre, des millions de retraités vont se retrouver dans la précarité.

« On nous parle toujours de solidarité intergénérationnelle », ironise un militant de Solidaires. « Mais en pratique, c’est les retraités qui paient pour les jeunes. » Sauf que les jeunes, eux, ne cotisent plus assez. En 2023, 1,2 million de jeunes actifs étaient en CDD ou intérim (Pôle Emploi). Moins de cotisations = moins d’argent pour les retraites.

Alors, que faire ?

  • Exiger un accord immĂ©diat : pas de gel, pas de miettes. Une revalorisation qui couvre au moins l’inflation.
  • Ouvrir le dĂ©bat sur la fiscalisation : pourquoi ne pas taxer les plus hauts revenus pour sauver les complĂ©mentaires ?
  • PrĂ©parer l’après-2030 : fusionner les rĂ©gimes, crĂ©er un fonds de solidaritĂ© national… mais il faut du courage politique.

Pour l’instant, personne ne bouge. Les partenaires sociaux sont bloqués, le gouvernement attend, et les retraités comptent leurs sous. « On est dans une impasse », conclut un syndicaliste. « Et le pire, c’est que personne ne semble vouloir en sortir. »

Alors, Ă  quoi bon voter ?

Pas de conclusion pompeuse. Juste un fait : en 2026, les retraités vont encore serrer la ceinture. Et en 2027, ce sera pire. Parce que personne ne veut assumer. Pas les patrons, pas les syndicats, pas le gouvernement. Juste les retraités, comme d’habitude.

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R Galaxie Rédaction

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