Machado exige la fin de son inéligibilité sous la pression d'un aveu explosif

Une ancienne juge vénézuélienne affirme avoir été contrainte de signer les documents qui ont privé María Corina Machado de ses droits politiques. Le parti de l’opposante, favorite des sondages, dénonce une fraude institutionnalisée. Mais l’international regarde ailleurs.

Publié le 9 octobre 2026 à 16:02
Machado exige la fin de son inéligibilité sous la pression d'un aveu explosif

L’aveu qui dérange plus qu’il ne convainc

La magistrate en question, dont le nom circule sous le manteau depuis des semaines, n’a pas été nommée. C’est volontaire. Dans un pays où les juges signent des arrêts sous la menace et où les avocats disparaissent après avoir trop parlé, les détails précis deviennent un luxe. Pourtant, son témoignage, relayé par des proches sous couvert d’anonymat, est explosif : elle aurait été menacée de révocation, voire d’emprisonnement, si elle refusait de valider la décision disqualifiant Machado. Une décision prise en catimini, sans débat public, sans recours possible. Le genre de coup tordu qui fait sourire les observateurs internationaux… avant de détourner les yeux.

Pourquoi cet aveu ne fait-il pas trembler le régime de Nicolás Maduro ? Parce que personne ne s’attend à ce que ça change quoi que ce soit. Les sanctions internationales ? Elles existent, mais elles sont appliquées avec la précision d’un flingue à eau. Les appels de l’UE ou des États-Unis ? Ils arrivent, puis s’évanouissent dans les couloirs de Bruxelles ou du Congrès. Le Venezuela, c’est le pays où l’on condamne, mais où l’on ne punit jamais.

Et puis, il y a l’argument des sondages. Machado caracole en tête des intentions de vote, selon les rares enquêtes encore crédibles. Mais à quoi bon organiser des élections si le vainqueur est déjà connu d’avance ? Maduro et son entourage jouent la montre. Ils savent que l’opposition est divisée, que les rues sont moins en feu qu’en 2017, et que l’étranger, lui, a d’autres priorités. La guerre en Ukraine, l’inflation en Europe, les élections américaines… Le Venezuela ? Un dossier trop encombrant.

La machine à broyer les opposants tourne à plein régime

Cet aveu de la magistrate s’ajoute à une liste déjà longue. En 2023, le gouvernement a disqualifié 11 candidats pour des motifs aussi flous que variés : un faux pas sur les réseaux sociaux, une signature illisible sur un papier, une vieille condamnation oubliée. Machado, elle, cumule les chefs d’accusation : corruption (jamais prouvée), financement étranger (classique), et maintenant cette inéligibilité fabriquée de toutes pièces.

Mais voici le vrai problème : même si cet aveu était confirmé, et il le sera probablement, un jour, qu’est-ce que ça changerait ? Les institutions vénézuéliennes sont des pantins. Les tribunaux ? Des boîtes à lettres. La police ? Un service de sécurité intérieure. Le seul pouvoir qui compte, c’est celui des armes et des dollars.

Et puis, il y a le piège de la légitimité. Maduro et ses sbires jouent sur deux tableaux : d’un côté, ils brandissent le spectre du chaos si Machado gagne (les militaires ne la laisseront pas faire, disent-ils). De l’autre, ils savent que l’opposition, sans elle, sera affaiblie. Sans Machado, pas de mobilisation massive. Sans Machado, juste des élections… sans enjeu.

L’Europe et les États-Unis regardent ailleurs

Officiellement, tout le monde condamne. L’UE a « exprimé sa préoccupation ». Les États-Unis parlent de « violations des droits humains ». Mais concrètement ? Rien. Pas de sanctions ciblées contre les juges complices. Pas de gel des avoirs des responsables. Que des communiqués, des tweets, et puis plus rien.

Pourquoi ? Parce que le Venezuela, c’est compliqué. Il y a le pétrole, il y a les migrants, il y a la Chine et la Russie qui y ont des intérêts stratégiques. Et puis, avouons-le : l’Occident n’a plus la patience pour les révolutions.

Prenez le cas de l’Espagne. En 2021, le gouvernement de Pedro Sánchez a reconnu le gouvernement d’union nationale vénézuélien en exil, celui de Juan Guaidó. Résultat ? Maduro a ri jaune, a continué à faire ce qu’il voulait, et l’Espagne a fini par baisser les bras, comme les autres. Parce que reconnaître un gouvernement fantôme, ça ne sert à rien si personne ne le soutient sur le terrain.

Aujourd’hui, l’Europe est en mode survie économique. Elle a d’autres chats à fouetter. Les États-Unis, eux, sont en campagne électorale permanente. Le Venezuela ? Trop loin, trop compliqué, trop peu rentable politiquement.

Et si Machado gagnait quand même ?

Supposons un instant que Maduro perde. Supposons que les militaires, lassés, lâchent prise. Supposons que Machado arrive au pouvoir. Que se passerait-il ?

D’abord, une purge massive. Pas seulement contre les chavistes, mais contre toute une classe politique corrompue, des deux côtés. Ensuite, une reconstruction économique qui prendrait des années, si tant est que les investisseurs reviennent un jour. Et enfin, la question épineuse de la réconciliation. Comment pardonner à ceux qui ont détruit le pays ? Comment oublier les disparus, les prisonniers politiques, les millions de Vénézuéliens exilés ?

Mais le vrai défi, ce serait l’international. Les États-Unis et l’Europe ne veulent pas d’un Venezuela stable et souverain. Ils veulent un Venezuela dépendant, ouvert aux entreprises américaines, docile. Une démocratie vénézuélienne, ça fait peur. Parce que ça pourrait inspirer d’autres pays. Parce que ça remettrait en cause des décennies de politique étrangère. Alors mieux vaut un Maduro autoritaire qu’un Machado indépendant.

La vraie question n’est pas « Qui gagnera ? » mais « Et après ? »

Voilà le vrai nœud du problème. Personne ne parle vraiment de l’après. Tout le monde se concentre sur les élections, sur les disqualifications, sur les aveux de magistrats sous pression. Mais si Machado gagne ? Qui la soutiendra ?

Les États-Unis ? Ils ont déjà abandonné Guaidó. L’Europe ? Elle est trop occupée à gérer ses propres crises. La Chine et la Russie ? Elles ne lâcheront pas un pays aussi stratégique sans se battre.

Alors à quoi bon ? À quoi bon se battre pour une élection si personne n’est prêt à en assumer les conséquences ?

Le Venezuela est un miroir brisé. On y voit notre propre lâcheté. Notre incapacité à agir quand il le faut. Notre tendance à préférer les communiqués aux actes. Et surtout, notre mépris pour les peuples qui osent encore croire en un changement.

Machado a raison de se battre. Mais sans soutien concret, ses victoires ne seront que des illusions. Et les illusions, au Venezuela, ça se paie cher. Très cher.

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R Galaxie Rédaction

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