Le Pentagone exécute un soldat en direct

Nidal Hasan, condamné pour la tuerie de Fort Hood en 2009, sera fusillé publiquement le 3 décembre. Une décision qui relance le débat sur la justice militaire et la transparence des châtiments. Pourquoi ce choix ? Et surtout, à quoi ça sert ?

Publié le 9 octobre 2026 à 14:04
Le Pentagone exécute un soldat en direct

Un spectacle pour qui ? Pour quoi faire ?

Le ministre de la Défense, Pete Hegseth, a balancé l’annonce comme une sentence : « La justice sera rendue. » Traduction : on va montrer au monde que l’armée américaine n’a pas peur de ses démons. Mais à qui on le montre ? Aux familles des victimes, peut-être. À celles qui attendent depuis quatorze ans que quelqu’un assume. Sauf que non. Les familles ont déjà eu leur procès. Leur justice. Elles savent que Hasan est coupable. Elles savent qu’il va mourir. Ce qu’elles ne savent pas, c’est pourquoi on leur impose ce spectacle.

Parce que le Pentagone, lui, a un problème. Un gros. Depuis Fort Hood, l’armée américaine se pose des questions. Comment un homme formé par l’État, payé par l’État, a pu basculer dans le terrorisme ? Comment un psychiatre, un officier, a pu devenir un bourreau ? Les rapports internes pullulent. On parle de signaux d’alerte ignorés, de comportements étranges passés sous silence, de manquements hiérarchiques à tous les niveaux. En 2012, une enquête du Washington Post révélait que Hasan avait envoyé des emails radicalisés à des extrémistes avant la tuerie. Personne n’a alerté. Personne n’a vérifié. Et aujourd’hui, on exécute. Comme si ça effaçait tout.

Mais ça n’efface rien. Au contraire. En diffusant cette exécution en direct, le Pentagone ne fait pas de la transparence. Il fait du théâtre. Un rappel musclé : « On est forts. On contrôlons tout. Même la mort. » Sauf que la réalité, elle, est moins nette. Fort Hood, c’était l’échec d’un système. Pas la faute d’un homme seul. Et aujourd’hui, on préfère filmer sa fin plutôt que d’avouer les failles.

La justice militaire, ou l’art de ne pas en faire

Condamner un homme à mort, c’est une chose. Le faire en direct, c’en est une autre. Surtout quand on sait que les exécutions militaires aux États-Unis sont rares. Depuis 1999, seulement quatorze soldats ont été exécutés. Quatorze. Et encore, la plupart du temps, c’était dans le secret. Pourquoi ce changement ?

Parce que le Pentagone a peur. Peur des procès qui traînent. Peur des appels. Peur que les familles des condamnés ne fassent pression. Alors on accélère. On montre du muscle. On diffuse l’exécution comme un épisode de Game of Thrones, pour que les autres y réfléchissent à deux fois avant de commettre un crime. Sauf que ça ne marche pas comme ça.

Prenez le cas de Bradley Manning, le soldat qui avait fuité les Collateral Murder (ces vidéos où l’armée américaine tire sur des civils irakiens). Condamné à 35 ans de prison, pas à mort. Pourquoi ? Parce que tuer un soldat, même en direct, ça fait moins peur que de le laisser vivre et parler. L’exécution, c’est le dernier mot. Le silence, c’est l’éternité.

Et puis, il y a le détail qui dérange : Hasan a toujours clamé son innocence. Pas sur le fond, il assume les meurtres. Mais sur la motivation. Pour lui, ce n’était pas du terrorisme. C’était une réaction à la guerre en Irak. « J’ai fait ce que j’ai fait pour arrêter la guerre », a-t-il répété à l’audience. Des conneries, bien sûr. Mais des conneries qui résonnent. Parce que Fort Hood, c’était aussi l’échec de la politique américaine au Moyen-Orient. Treize morts pour rien.

Le vrai problème, c’est ce qu’on ne voit pas

Quand on parle de Fort Hood, on parle de Hasan. Mais on ne parle pas des autres.

En 2015, un autre soldat américain, Major Nidal Hasan, a été condamné pour trafic de drogue. En 2017, un autre, Staff Sergeant Robert Bales, a été reconnu coupable du massacre de 16 civils afghans. Aucun n’a été exécuté. Pourquoi ? Parce que l’exécution, c’est un outil politique. On l’utilise quand ça arrange. Quand il faut faire peur. Quand il faut fermer une porte.

Hasan, lui, c’était l’erreur parfaite. Un musulman. Un psychiatre. Un homme qui avait accès aux armes. Le cauchemar américain. Alors on l’écrase. On le montre en direct. On fait comme si ça réglait tout.

Sauf que non. Le vrai problème, c’est ce qu’on ne voit pas. Les soldats qui reviennent de guerre et se suicident. Ceux qui perdent pied. Ceux que personne n’écoute. Le système militaire américain est une machine à broyer. Et aujourd’hui, on préfère filmer sa mort plutôt que de réparer ses failles.

Et après ? Rien ne changera

Le 3 décembre, Nidal Hasan mourra. Pas dans un coin. Pas dans le silence. Sous les caméras.

Les familles des victimes respireront, peut-être. Mais les autres ? Ceux qui, demain, s’interrogeront sur leur propre folie ? Ceux qui, comme Hasan, se sentiront trahis par un système qui les a formés pour mieux les briser ? Rien ne changera pour eux.

Parce que le Pentagone, lui, il a déjà tourné la page. Il a son spectacle. Sa démonstration de force. Sa preuve que la justice militaire existe.

Mais la vraie question, celle qu’on n’entendra jamais, c’est celle-ci : Combien de fois il faudra tuer un soldat en direct avant que quelqu’un ose enfin regarder en face ce qui pourrit dans l’armée américaine ?

La réponse, vous la connaissez déjà.

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R Galaxie Rédaction

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