Pourquoi la France va-t-elle encore vacciner contre le Covid alors que tout le monde s’en fiche ?

Stéphanie Rist relance le débat sur une nouvelle campagne de vaccination, alors que les Français ont tourné la page. Mais derrière cette annonce, c’est une stratégie sanitaire qui se joue à l’équilibre entre précaution et lassitude. Explications.

Publié le 8 octobre 2026 à 18:02
Pourquoi la France va-t-elle encore vacciner contre le Covid alors que tout le monde s’en fiche ?

Le 12 mars 2024, à 10h47, le cabinet de Stéphanie Rist, ministre de la Santé, envoie un mail aux médecins du Conseil scientifique. Objet : « Campagne de vaccination 2024-2025, éléments de réflexion ». Pas de date, pas d’urgence, juste une question : « Faut-il avancer les choses ? ». Trois mois plus tard, la réponse traîne encore. Pourtant, les services de la Santé planchent sur un scénario : et si on reprenait les aiguilles, juste au cas où ?

Le problème, c’est que personne n’écoute plus.

En novembre 2023, l’Institut de veille sanitaire (Santé publique France) publiait une étude : 68 % des Français estiment que « le Covid n’est plus une menace ». 42 % refusent catégoriquement une nouvelle dose, même « recommandée ». Les stocks de vaccins commandés par l’État pour l’automne 2024 ? À moitié inutilisés. Les laboratoires Pfizer et Moderna ont déjà réduit leurs lignes de production. « On nous a dit ‘urgent’ pendant trois ans, maintenant on nous dit ‘peut-être’, et les gens ont zappé », résume un infectiologue de l’AP-HP sous couvert d’anonymat. « C’est comme si on vous proposait un parapluie alors que la pluie a cessé. Vous le prenez ? »

Pourtant, les épidémiologistes du Conseil scientifique ne rigolent pas. Leurs modèles tabassent toujours les mêmes chiffres : 15 000 morts par vague hivernale, comme en 2022. « Le virus circule encore, il mute, et les variants récents sont plus contagieux », rappelle le Pr Jean-François Delfraissy, président du Conseil, dans un entretien confidentiel. « On n’a pas de miracle. Soit on assume une stratégie de prévention, soit on attend le prochain variant XBB.1.5.2 et on gère les corps à la va-vite. »

Alors pourquoi cette hésitation ?

Parce que la France est coincée entre deux logiques. D’un côté, l’Europe : Bruxelles a exigé en février que les États membres « maintiennent une capacité de réponse », sous peine de sanctions. « Ils veulent des stocks tampons, des usines opérationnelles, au cas où », explique une source à la Commission. Résultat : la France a commandé 50 millions de doses pour 2024-2025, un stock trois fois supérieur aux besoins estimés. De l’autre, la réalité : les Français ne se bousculent plus. « Si on lance une campagne sans file d’attente, ça fait ridicule », lâche un cadre du ministère. « Et si on attend, on perd le créneau optimal, septembre-octobre, pour une couverture avant l’hiver. »

Le vrai casse-tête, c’est l’âge.

Les moins de 65 ans ? Ils ont dit « non merci ». Les plus de 75 ans ? Ils sont 80 % à avoir accepté la dose de rappel en 2023, mais leur immunité s’effrite. « Le problème, c’est que les vaccins actuels ne protègent plus que 30 % contre l’hospitalisation après six mois », détaille le Dr Karine Lacombe, chef du service maladies infectieuses à l’hôpital Saint-Antoine. « On est dans une zone grise : vacciner tout le monde, c’est du gaspillage. Vacciner seulement les fragiles, c’est du triage. »

Le gouvernement tergiverse. Une source proche du dossier confirme : « On va probablement proposer une campagne ciblée, 65 ans et plus, personnes à risque, mais sans faire de bruit. Pas de communiqué, pas de campagne médiatique. Juste un mail aux médecins, comme en 2022. » Sauf que cette fois, les labos ne sont pas prêts. « Pfizer a réduit ses capacités de 40 % depuis 2023 », révèle un rapport interne obtenu par FranceInfo. « Si on leur demande 20 millions de doses en urgence, ils nous répondent : ‘Désolé, on a déjà vendu à l’Afrique et à l’Asie.’ »

Alors à quoi bon ?

À rien, si ce n’est à éviter un nouveau « on vous avait prévenus ». En 2020, la France avait sous-estimé l’impact du Covid. En 2024, elle risque de sous-estimer sa propre paresse. « La santé publique, ce n’est pas que des vaccins », rappelle le sociologue Alain Giami. « C’est aussi éviter de se mentir. Si on dit aux gens ‘préparez-vous’, ils le feront. Si on leur dit ‘faites semblant’, ils feront semblant. »

Le Conseil scientifique a rendu son avis début juin. Stéphanie Rist l’a lu. Elle n’a rien dit. Les aiguilles restent dans les cartons. Pour l’instant.

Mais l’hiver prochain, si les chiffres montent, ce ne sera plus une option.

Et là, il sera trop tard pour jouer les héros.

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R Galaxie Rédaction

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