Le refuge qui laisse entrer la rage
En 2022, un rapport du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) a pointé du doigt le Centre de refuge Nymous, près de Joliette. Problème : des animaux sauvages y sont gardés dans des conditions qui favorisent la transmission de maladies, dont la rage. Pourtant, les recommandations n’ont pas été suivies. Et aujourd’hui, le risque persiste.
Pourquoi ? Parce que personne ne veut assumer la responsabilité financière. Parce que les animaux sauvages, ça ne se soigne pas comme un chat. Parce que la Lanaudière préfère fermer les yeux.
Un chiffre qui claque
Selon une étude de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) publiée en 2021, 12 cas de rage animale ont été déclarés dans la région de Lanaudière entre 2017 et 2020. Douze. Parmi eux, des renards, des ratons laveurs, des chauves-souris. Des espèces qui, dans un refuge mal géré, deviennent des bombes à retardement.
Au Centre Nymous, on trouve de tout : des animaux blessés, des jeunes non sevrés, des espèces protégées. Et des cages qui ne sont pas désinfectées assez souvent. Résultat ? Un terrain de jeu idéal pour les virus.
La rage, c’est pas une blague
La rage, vous connaissez ? Une maladie mortelle. 100 % mortelle si elle n’est pas traitée à temps. Et devinez quoi : les animaux sauvages, eux, ne se soignent pas. Ils meurent ou ils transmettent.
En 2019, un employé du refuge a été mordu par un renard. Vaccination d’urgence, traitement lourd, stress. Et après ? Rien. Aucune mesure structurelle. Juste un protocole écrit sur un tableau blanc qui s’efface avec le temps.
Pourtant, le MAPAQ a été clair : « Les installations actuelles ne répondent pas aux normes de biosécurité. » Traduction : on joue à la roulette russe.
Le vrai problème, c’est l’argent
Gérer un refuge pour animaux sauvages, c’est cher. Très cher. Les cages adaptées ? Coûteuses. Les vaccins pour le personnel ? Onéreux. La formation ? Encore plus.
Alors on fait comment ? On fait avec ce qu’on a. Des cages en métal rouillé, des espaces de vie surpeuplés, des employés sous-payés qui n’ont pas le temps de tout surveiller.
Le refuge Nymous dépend en grande partie de dons et de subventions. Mais les subventions, ça se négocie. Et quand on a un dossier qui pue la rage, les financeurs reculent.
Ce que les autorités ne disent pas
En 2020, une inspection surprise du MAPAQ a révélé que les protocoles de désinfection n’étaient pas respectés. Les cages des animaux en quarantaine étaient à côté de celles des animaux sains. Les gants et masques étaient parfois oubliés. Bref, tout était fait pour que la rage ait une porte d’entrée.
Pourtant, dans leur dernier rapport public, les inspecteurs parlent de « petites améliorations à apporter ». Petite amélioration ? Quand un raton laveur enragé mord un enfant dans un parc, c’est une petite amélioration, ça ?
La Lanaudière a le choix
Soit on ferme le refuge. Soit on le réaménage. Soit on assume le risque.
La première option ? Trop coûteuse politiquement. La deuxième ? Trop coûteuse tout court. Alors on reste dans le flou.
Pourtant, il y a des solutions. D’autres refuges au Québec, comme celui de Saint-Félicien, ont réussi à mettre en place des protocoles stricts. Résultat ? Zéro cas de rage déclaré depuis 2015.
Alors pourquoi pas ici ? Parce que la Lanaudière a d’autres priorités. Parce que les animaux sauvages, ça ne fait pas voter. Parce que la rage, ça ne fait pas de buzz.
La rage, c’est pas un jeu
En 2023, un renard enragé a été repéré à moins de 500 mètres du refuge Nymous. Les autorités ont lancé un appel à la vigilance. Trop tard ?
La rage ne choisit pas ses victimes. Elle frappe au hasard. Un enfant qui caresse un animal blessé. Un chien qui flaire un renard malade. Un employé qui oublie son masque cinq minutes.
Le Centre Nymous n’est pas un cas isolé. Mais c’est un symbole. Celui d’une région qui préfère regarder ailleurs plutôt que d’affronter le problème.