Pourquoi la campagne de vaccination automnale du Québec part en vrille

Les centres de vaccination peinent à attirer les Québécois, les stocks s’accumulent, et les experts s’inquiètent d’un effet domino sur l’hiver. Voici pourquoi cette campagne pourrait échouer, et ce que ça signifie pour les hôpitaux.

Publié le 10 octobre 2026 à 08:13
Pourquoi la campagne de vaccination automnale du Québec part en vrille

Les centres de vaccination, piège à clics et à désillusions

Le Québec mise sur 1,5 million de doses de vaccins contre la grippe et le COVID-19 cette année. Un objectif ambitieux, surtout après deux ans de pandémie où les campagnes avaient été… disons, improvisées. Sauf que cette fois, les chiffres ne suivent pas. Selon les dernières données de la Santé publique, seulement 42 % des Québécois de 65 ans et plus avaient reçu leur dose de grippe fin septembre. Un taux bien en dessous des 70 % visés. Et pour les moins de 65 ans ? On frôle les 20 %, soit à peu près le même niveau qu’en 2019, avant que le SARS-CoV-2 ne vienne tout compliquer.

Pourtant, les arguments ne manquent pas : rappels combinés, simplification des rendez-vous, même une campagne pub avec des influenceurs locaux. Alors pourquoi cette tiédeur ? Parce que vacciner en 2023, ce n’est plus juste une question de confiance. C’est une question de logistique de merde.

Prenez le cas de la Rive-Nord. À Terrebonne, le centre de vaccination du CISSS a dû fermer temporairement son site de l’autoroute 40 après qu’un fournisseur ait livré 300 doses périmées en septembre. Une erreur ? Peut-être. Un symptôme ? Certainement. À Laval, les pharmacies partenaires signalent des retards de livraison de deux à trois semaines pour les doses pédiatriques. Résultat : des parents se débrouillent en ligne, achètent des vaccins à prix d’or sur des sites douteux, ou abandonnent. Bref, le Québec reproduit à l’identique les erreurs des autres provinces, celles qui, comme l’Ontario, ont vu leurs taux de couverture chuter de 15 % en un an.

Le pire ? Personne ne semble s’en soucier vraiment. Les médias parlent des pénuries de médecins, des grèves, des coupures budgétaires. Mais rare est celui qui évoque le gâchis organisationnel derrière ces campagnes. Pourtant, c’est là que le bât blesse. En 2021, le Québec avait gaspillé plus de 1,2 million de doses de vaccins COVID à cause de chaînes d’approvisionnement mal gérées. Aujourd’hui, avec la grippe et le COVID qui circulent de concert, on refait les mêmes erreurs. Sauf que cette fois, les conséquences pourraient être bien plus lourdes.

L’effet domino : quand les stocks s’accumulent et que les hôpitaux s’inquiètent

Le 5 octobre, le ministère de la Santé annonçait fièrement que 90 % des doses commandées étaient arrivées à temps. Un chiffre rassurant, sauf qu’il cache une réalité moins reluisante : les entrepôts sont pleins à craquer, et les CLSC saturent. À Québec, l’Hôtel-Dieu a dû refuser des livraisons de vaccins contre la grippe parce qu’il n’avait plus d’espace de stockage sécurisé. À Montréal, c’est le même scénario : des caisses entières de doses attendent dans des congélateurs de fortune, alors que les infirmières passent leurs journées à convaincre des patients qui ne veulent même pas en entendre parler.

Pourquoi ce déséquilibre ? Parce que la campagne a été conçue comme un système en silos. D’un côté, les pharmacies et les CLSC qui peinent à écouler les stocks. De l’autre, les hôpitaux qui, eux, préparent déjà leurs plans de contingence pour l’hiver. Le problème ? Personne ne parle aux autres.

Prenez le cas du CHUM. L’hôpital a reçu une alerte fin septembre : ses réserves de Tamiflu (le traitement contre la grippe sévère) étaient à 30 % de leur capacité normale. Une pénurie qui s’annonce, selon les épidémiologistes. Sauf que le ministère de la Santé, lui, n’a rien dit. Pourquoi ? Parce que les stocks de Tamiflu dépendent d’un autre ministère, Santé Canada, qui lui-même subit des retards de production chez son fournisseur, Roche. Bref, une partie de cache-cache bureaucratique où le patient, lui, trinque.

Le vrai danger, ce n’est pas la pénurie de vaccins. C’est l’effet domino. Si la grippe et le COVID reprennent de plus belle cet hiver, et les modèles prédisent une souche de grippe plus agressive que l’an dernier, les urgences vont être submergées. Pas à cause d’un manque de doses. Mais parce que les gens ne se sont pas vaccinés à temps, et que les hôpitaux n’auront plus les moyens de gérer les complications.

Le vrai problème : on a oublié de vendre l’idée

En 2020, le gouvernement Legault avait martelé un message simple : « Vaccinez-vous, sinon c’est la catastrophe. » En 2023 ? On a remplacé la peur par le flou artistique. Les campagnes pub montrent des familles qui sourient après leur dose, comme si la vaccination était une sortie entre amis. Les affiches parlent de « protéger les autres », mais sans jamais dire pourquoi c’est urgent maintenant.

Résultat : les Québécois ne comprennent pas l’urgence. Une étude de l’Institut national de santé publique (INSPQ) publiée en août révélait que 68 % des personnes non vaccinées croyaient que « la grippe, c’est comme un gros rhume ». Une idée reçue tenace, surtout quand on voit les médias traiter la campagne comme une formalité administrative.

Pourtant, les chiffres sont là. En 2022, la grippe avait causé 1 200 hospitalisations au Québec. Cette année, avec un virus potentiellement plus virulent et une population moins immunisée, les projections tablent sur au moins 1 500 cas sévères de plus. Sans compter les co-infections COVID-grippe, qui alourdissent les séjours à l’hôpital de 30 à 40 %.

Alors pourquoi personne ne tire la sonnette d’alarme ? Parce que vacciner, ce n’est plus un enjeu de santé publique. C’est un enjeu politique. Et depuis que le gouvernement a perdu son aura de « sauveur » pendant la pandémie, plus personne ne veut endosser la responsabilité d’un échec.

Le pire ? Ça marche. Les CLSC sont sous-financés, les infirmières brûlées, et les patients, eux, se font une raison : « De toute façon, ça ne servira à rien. » Une prophétie auto-réalisatrice qui risque de coûter cher.

Ce que le Québec devrait faire (mais ne fera pas)

Si on devait résumer les lacunes de cette campagne en trois mots, ce serait : trop tard, trop flou, trop lent. Alors que faire ?

  1. Arrêter de mentir sur les délais. Les rendez-vous en ligne devraient être accessibles en 48 heures max, pas en deux semaines. À Paris, les centres de vaccination gèrent des milliers de doses par jour avec des outils open-source. Le Québec, lui, utilise encore des logiciels des années 2000. C’est une insulte.

  2. Cibler les bons messages. Plutôt que de dire « Protégez les autres », il faudrait parler cash : « Si vous attrapez la grippe + le COVID en même temps, vous avez 1 chance sur 5 de finir aux soins intensifs. » Pas de métaphores. Juste les faits.

  3. Passer en mode urgence. Déclarer l’état de crise sanitaire précoce permettrait de mobiliser les réserves, d’ouvrir des sites de vaccination de fortune (gares, arénas), et de sanctionner les déserts médicaux. Parce que oui, à Sept-Îles ou à Val-d’Or, les gens attendent encore des mois pour avoir un rendez-vous.

  4. Assumer les pénuries. Plutôt que de nier les problèmes de Tamiflu ou d’antibiotiques, le gouvernement devrait négocier en urgence avec les fournisseurs étrangers. Parce que quand les stocks seront vides, ce ne sera pas les bureaucrates qui trinqueront.

Mais bien sûr, rien de tout ça n’arrivera. Pourquoi ? Parce que personne ne veut assumer la responsabilité d’un échec. Les libéraux diront que c’est « la faute à la pandémie ». La CAQ répondra que « les Québécois sont trop paresseux ». Et les médias ? Ils passeront à autre chose d’ici novembre.

L’hiver qui vient

En 2017, une épidémie de grippe avait fait 40 morts au Québec en deux mois. En 2020, le COVID avait saturé les urgences pendant des semaines. Aujourd’hui, on a les deux en même temps. Et on agit comme si c’était une formalité.

Le pire, ce n’est pas l’échec de la campagne. C’est l’indifférence qui l’accompagne. Parce que quand les gens se font hospitaliser, quand les urgences seront à nouveau submergées, on se souviendra de ces mois de flou. Et on se demandera pourquoi personne n’a crié plus fort.

La réponse est simple : parce que personne ne veut perdre son poste.

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R Galaxie Rédaction

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