Le cancer coûte cher, et le système aussi
Le cancer, c’est 13 milliards d’euros par an en Belgique. Des dépenses qui explosent avec l’âge, les traitements lourds, les hospitalisations. Le nouveau plan veut inverser la tendance. Comment ? En misant sur la prévention, la coordination entre hôpitaux et la recherche. Sauf que la Belgique a déjà essayé. En 2015, un premier plan décennal avait été lancé. Résultat : des progrès, mais pas assez. Les inégalités persistent. Certains patients attendent des mois pour un diagnostic. D’autres se retrouvent perdus entre les spécialistes. Et pendant ce temps, les cancers évitables, tabac, alcool, obésité, continuent de tuer.
Pourtant, cette fois, le ton est différent. Le mot d’ordre : le patient d’abord. Pas les labos, pas les hôpitaux, pas les assurances. Lui. Mais est-ce que ça suffira ?
La prévention, ce parent pauvre
Le plan mise sur trois piliers : prévention, dépistage, soins. Le premier, c’est la prévention. Sauf que la Belgique dépense 0,5 % de son budget santé là-dessus. Moins que la France, moins que les Pays-Bas. Moins que ce qu’il faudrait.
Prenez le cancer du poumon. On sait depuis des années que le tabac tue. Pourtant, en Belgique, 15 % des adultes fument encore. Et les campagnes de prévention ? Elles existent, mais elles sont dispersées. Un patient qui veut arrêter de fumer se retrouve face à un labyrinthe : mutuelles, médecins, associations. Personne ne lui prend la main.
Et puis, il y a les cancers évitables qu’on ignore. Comme celui du foie, lié à l’alcool. Ou le mélanome, favorisé par les UV. Le plan parle de sensibilisation. Très bien. Mais sans budget clair, sans campagne nationale, sans suivi, ça reste du vent.
Les hôpitaux, ces forteresses qui ne communiquent pas
Deuxième pilier : les soins. Là, le problème n’est pas l’argent. C’est l’organisation. La Belgique compte 19 centres de cancérologie. Chacun a ses protocoles, ses délais, ses priorités. Un patient qui déménage d’une région à l’autre se retrouve souvent à recommencer zéro.
Prenez l’exemple de l’Institut Jules Bordet à Bruxelles. C’est une référence. Mais si vous habitez à Liège, vous devrez peut-être attendre des semaines pour une consultation. Pendant ce temps, la maladie progresse.
Le plan veut coordonner tout ça. Très bien. Mais comment ? En créant des réseaux de soins. Sauf que ces réseaux, sur le papier, n’ont pas de pouvoir réel. Ils dépendent des hôpitaux, des médecins, des mutuelles. Et quand tout le monde dépend des autres, personne ne décide.
La recherche, ce luxe qui divise
Troisième pilier : la recherche. La Belgique investit 1,5 milliard d’euros par an dans la cancérologie. Assez pour financer des projets ambitieux. Sauf que ces projets sont souvent isolés. Un labo à Gand travaille sur l’immunothérapie. Un autre à Louvain-la-Neuve sur la génétique. Mais entre les deux, il n’y a pas de passerelle.
Résultat : des découvertes qui restent dans les tiroirs. Comme ces traitements ciblés contre certains cancers du sein, développés en Belgique mais jamais généralisés. Parce que les hôpitaux n’ont pas les moyens de les adopter. Parce que les assurances refusent de les rembourser. Parce que personne ne veut prendre le risque.
Ce que le plan oublie de dire
Le nouveau plan a un nom : Stratégie nationale contre le cancer 2030. Un beau titre. Mais il y a des choses qu’il ne dit pas.
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Les inégalités sociales. Un patient aisé aura accès aux meilleurs traitements plus vite qu’un ouvrier. Le plan le sait, mais il n’a pas de solution concrète.
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Les délais. En Belgique, un patient attend en moyenne 30 jours pour un diagnostic. En France, c’est 14 jours. Le plan promet de réduire ces délais. Mais comment ? Avec quels moyens ?
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Les médecins. Le manque de spécialistes est un problème connu. Le plan ne dit pas combien de nouveaux oncologues seront formés. Ni combien de temps ça prendra.
Et si le vrai problème, c’était la politique ?
La Belgique a un avantage : elle est petite. Les décisions pourraient être rapides. Sauf que les compétences santé relèvent des régions. Flandre, Wallonie, Bruxelles… Chacune a ses priorités, ses budgets, ses retards.
Prenez l’exemple du dépistage du cancer du col de l’utérus. En Flandre, il est organisé. En Wallonie, il est chaotique. À Bruxelles, il dépend des initiatives locales. Résultat : des femmes qui se font dépister trop tard, ou pas du tout.
Le nouveau plan veut unifier tout ça. Très bien. Mais avec quels leviers ? La Belgique n’a pas de ministre fédéral de la Santé. Elle a six ministres régionaux. Et quand six personnes tirent dans des directions différentes, personne ne bouge.
Ce qui pourrait changer, et ce qui ne changera pas
Le plan a des points forts. La prévention, enfin prise au sérieux. La coordination entre hôpitaux, même si c’est lent. La recherche, avec des projets ambitieux.
Mais il y a un gros trou : le patient. Pas celui des brochures, pas celui des statistiques. Celui qui attend des mois pour un rendez-vous. Celui qui se bat contre un système qui le traite comme un dossier, pas comme une personne.
Le nouveau plan parle de personnalisation des soins. Très bien. Mais sans moyens, sans volonté politique, sans coordination réelle, ça reste du blabla.
La vraie question, c’est celle-ci : est-ce que la Belgique est prête à payer le prix ? Pas seulement en milliards d’euros. Mais en temps, en énergie, en décisions difficiles.
Parce que le cancer, ça ne se combat pas avec des bonnes intentions. Ça se combat avec des actes. Et là, on n’en est pas encore là.