Le 15 octobre, à Genève, les stocks de vaccins contre la grippe sont encore à moitié vides. Pourtant, l’automne est là. Les laboratoires ont prévenu depuis des mois : cette année, la grippe pourrait frapper plus tôt et plus fort. Mais les flacons traînent. Près de 40% des doses commandées par la Suisse sont en retard, selon les données de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) partagées avec quelques journalistes. Pas de pénurie, disent les autorités. Juste un « léger décalage logistique ». Traduction : on a merdé sur les délais, mais on va s’en sortir. Sauf que non.
Pourquoi jouer à la roulette russe avec la grippe ?
La grippe, ce n’est pas une grippe intestinale. C’est une infection qui tue. Entre 1 000 et 5 000 décès par an en Suisse, selon les chiffres de l’OFSP. Les personnes âgées, les malades chroniques, les femmes enceintes : tous sont en première ligne. Et pourtant, cette année, les vaccins arrivent comme des cadeaux de Noël en décembre.
Le problème ? Les fabricants ont sous-estimé la demande. Sanofi, Novartis, GSK : ces géants de la pharma ont promis des millions de doses, mais les chaînes d’approvisionnement ont calé. Guerre en Ukraine, pénurie de main-d’œuvre dans les ports, coûts explosifs du fret… La grippe paie le prix de la crise mondiale.
Mais voici le plus agaçant : on savait. Dès l’été, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) alertait sur un risque accru de grippe saisonnière. Pourtant, la Suisse a maintenu ses commandes habituelles, comme si rien ne clochait. Résultat : les pharmacies et les centres de vaccination sont en train de jouer aux apprentis sorciers.
Les autorités minimisent, mais le risque est réel
« Tout le monde pourra se faire vacciner avant l’hiver », assure l’OFSP. Très drôle. Sauf que :
- Les personnes âgées en Ehpad dépendent de campagnes organisées par les cantons. Si les doses tardent, c’est elles qui trinquent en premier.
- Les médecins généralistes doivent gérer des patients pressés, des dossiers médicaux, et maintenant, des vaccins qui arrivent par vagues. Qui va s’en occuper en priorité ?
- Les enfants et les adolescents, souvent oubliés dans les campagnes, pourraient être les grands perdants. Pourtant, eux aussi attrapent la grippe, et ils la transmettent.
Et puis, il y a le facteur psychologique. Si les vaccins mettent des semaines à arriver, une partie de la population va se dire : « À quoi bon ? De toute façon, ça va être trop tard. » Or, la grippe ne se contrôle pas avec des équations. C’est une saloperie imprévisible.
Pourquoi personne ne tire la sonnette d’alarme ?
Sanofi et consorts ont des contrats, des quotas, des pénalités si les livraisons dérapent. Mais personne ne leur demande des comptes. Les autorités suisses préfèrent sourire et dire que « tout est sous contrôle ». Sauf que non.
Prenez le canton de Vaud : seulement 35% des doses commandées sont arrivées à temps. À Genève, c’est à peine mieux. Et les cantons ne communiquent pas. Pourquoi ? Parce que reconnaître un échec, c’est admettre qu’on a mal géré.
Pourtant, il y a des solutions.
- Acheter plus tôt, même si ça coûte plus cher.
- Prioriser les groupes à risque sans attendre que tout le monde soit servi.
- Communiquer clairement au lieu de faire semblant que tout va bien.
Mais non. On préfère jouer les autruches. Comme si la grippe était une option.
Ce que ça veut dire pour vous
Vous avez plus de 65 ans ? Vérifiez auprès de votre médecin si votre dose est arrivée. Vous avez un enfant asthmatique ? Appeler votre pédiatre maintenant, pas dans trois semaines. Vous êtes en bonne santé ? La grippe ne vous épargnera pas pour autant.
Le vrai problème, ce n’est pas le retard. C’est l’arrogance de croire qu’on peut gérer une épidémie à coups de communiqués rassurants. La grippe n’est pas un jeu. Et les retards non plus.
La dernière question qui tue
Si les vaccins arrivent en décembre, quand est-ce que la grippe va frapper ? En novembre, probablement. Donc qui va se faire vacciner en urgence, sous la pluie, dans le froid, parce que les stocks seront enfin là ? Personne. Sauf ceux qui auront anticipé.
La Suisse a les moyens de faire mieux. Elle choisit de ne pas le faire.