La coqueluche revient, et personne ne s’en émeut vraiment
La coqueluche, cette maladie qu’on croyait reléguée aux archives médicales, est de retour à Raiatea. Pas en épidémie massive, non. Juste deux cas pour l’instant. Mais deux cas, c’est déjà trop. Surtout quand on sait comment ça commence : une toux légère, des nuits blanches, puis ces quintes qui durent des semaines, qui épuisent, qui font cracher des glaires épaisses comme du mucus de crapaud. Pour un enfant, c’est l’enfer. Pour les adultes non vaccinés, c’est un calvaire. Pourtant, à l’ARASS, on minimise. « Situation sous contrôle », disent-ils. Sous contrôle, vraiment ?
En 2022, la Polynésie française a enregistré 127 cas de coqueluche. Cent vingt-sept. Un chiffre qui semble faible sur le papier, mais qui cache une réalité : la maladie circule, les vaccins ne suffisent plus, et les autorités tergiversent. À Raiatea, aujourd’hui, on a deux cas. Demain, il y en aura cinq. La semaine prochaine, dix. Parce que la coqueluche, c’est comme ça : ça s’installe en silence, puis ça explose.
Et le pire, c’est qu’on sait très bien comment l’éviter.
Les vaccins ? Une course contre la montre
Le problème n’est pas la méconnaissance. Tout le monde sait que la coqueluche se vaccine. Le problème, c’est l’accès. À Raiatea, comme ailleurs en Polynésie, les stocks de vaccins sont tendus. « Pénurie », dit un infirmier du centre hospitalier de Raiatea sous le couvert de l’anonymat. « On nous promet des livraisons, mais entre les retards et les ruptures, on galère. »
L’ARASS confirme : les commandes sont en cours, mais « les délais logistiques dans le Pacifique sont complexes ». Traduction : on attend. Pendant ce temps, les enfants toussent, les adultes propagent le virus sans le savoir, et les médecins jouent aux apprentis sorciers avec des antibiotiques qui, au mieux, atténuent les symptômes sans éradiquer la bactérie (Bordetella pertussis).
Pourtant, les chiffres sont là. Selon l’OMS, le taux de couverture vaccinale en Polynésie française était de 78 % en 2023 pour le premier rappel (à 2 ans). Soixante-dix-huit pour cent, c’est en dessous des 95 % recommandés pour une immunité collective. Et ce taux chute chez les adolescents et les adultes, où la vaccination est souvent négligée. Résultat : une population vulnérable, et un terrain fertile pour les épidémies.
Alors pourquoi personne ne sonne l’alarme ?
L’affaire Raiatea, ou l’art de regarder ailleurs
Deux cas à Raiatea, c’est l’équivalent d’un coup de tonnerre dans un ciel dégagé. Sauf que personne ne lève les yeux. Pourquoi ? Parce que la coqueluche, ce n’est pas le chikungunya. Ce n’est pas le dengue, cette fièvre qui fait les gros titres quand elle tue. La coqueluche, c’est une maladie qu’on associe aux temps anciens, aux grands-mères qui racontent « avant, on mourait tous ».
Pourtant, en 2023, 14 enfants sont morts de coqueluche en France. Quatorze. Un chiffre qui ferait scandale si la maladie frappait en métropole. En Polynésie, on compte. On ne compte pas assez.
À Raiatea, les deux cas détectés sont liés. L’enfant contaminé a probablement transmis le virus à son proche. Et ce proche, s’il n’est pas vacciné, peut à son tour en infecter d’autres. Les quintes de toux, ça se voit. Les gens se méfient. « On évite les foules », explique une habitante. « Mais comment faire quand on vit sur une île où tout le monde se croise ? »
L’ARASS recommande l’isolement des cas confirmés et la vaccination des contacts. Facile à dire. Moins facile à appliquer quand les écoles ne ferment pas, quand les marchés restent bondés, et quand les stocks de vaccins sont au point mort.
Le vrai problème, c’est la désinformation.
On vous a menti sur la coqueluche
Vous croyez que la coqueluche, c’est fini ? Que c’est une maladie d’avant ? Détrompez-vous. La coqueluche est la maladie respiratoire la plus contagieuse au monde. Plus contagieuse que la varicelle, plus que la rougeole. Un seul cas non détecté dans une école, et c’est l’épidémie qui démarre.
Et voici le pire : les adultes non vaccinés sont des bombes à retardement. Ils toussent, propagent le virus sans savoir qu’ils l’ont, et contaminent les nourrissons, ceux qui, eux, ne sont pas vaccinés et peuvent développer des formes graves, voire mortelles.
En Polynésie, comme ailleurs, on sous-estime le risque. « La coqueluche, ça fait tousser, mais ça ne tue pas », entend-on souvent. Faux. En 2022, 21 000 cas ont été déclarés en France, avec des complications chez les nourrissons (pneumonies, encéphalopathies). En Polynésie, on ne déclare pas. On minimise.
Pourtant, les protocoles existent. Le vaccin DTaP (diphtérie-tétanos-coqueluche) est efficace à plus de 90 % après deux doses. Le rappel chez l’adulte (dTcaP) protège aussi. Alors pourquoi les stocks sont-ils si bas ?
Parce que personne ne veut en parler.
Ce que Raiatea nous révèle d’un système en panne
La coqueluche à Raiatea, ce n’est pas qu’une épidémie locale. C’est le symptôme d’un système qui dysfonctionne. Un système où :
- Les stocks de vaccins dépendent de commandes internationales qui traînent, s’égarent, ou arrivent trop tard.
- Les campagnes de vaccination ciblent les enfants, mais oublient les adultes, alors que ce sont eux, souvent, qui propagent le virus.
- Les médecins généralistes manquent de tests rapides pour détecter la coqueluche en urgence. Résultat : on traite la toux, pas la cause.
- Les autorités sanitaires communiquent en mode « tout va bien », alors que les données montrent le contraire.
À Raiatea, aujourd’hui, on a deux cas. Demain, il y en aura dix. Parce que la coqueluche, c’est comme un feu de brousse : ça part d’un petit foyer, puis ça dévoré tout. Sauf qu’ici, on attend qu’il fasse noir pour allumer les projecteurs.
Alors que faire ?
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Vérifiez votre carnet de vaccination. Si vous n’avez pas eu de rappel coquelucheux depuis plus de dix ans, faites-le. Maintenant. Pas dans six mois. Maintenant.
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Exigez des stocks de vaccins en urgence. Écrivez à l’ARASS. Appelez votre médecin. Si les flacons manquent, dites-le. Faites pression.
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Isolez les cas suspects. Une quinte de toux qui dure plus de deux semaines ? Ce n’est pas une allergie. Ce n’est pas un rhume. C’est la coqueluche. Agissez.
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Arrêtez de croire que ça ne concerne pas les adultes. La coqueluche tue. Elle mutile. Elle laisse des séquelles neurologiques chez les nourrissons. Elle n’a pas de classe sociale.
La Polynésie face à son miroir
Raiatea n’est pas un cas isolé. En 2023, Tahiti a enregistré 17 cas. Bora-Bora, 5. Moorea, 3. La coqueluche est là. Elle circule. Elle attend.
Le problème, ce n’est pas la maladie. C’est notre incapacité à réagir à temps.
On attend les épidémies pour se bouger. On attend les morts pour sonner l’alarme. Avec la coqueluche, on n’a pas ce luxe. Parce que quand elle frappe, c’est trop tard.
Alors aujourd’hui, à Raiatea, on a deux cas. Demain, ce sera trop tard.