Le jour où Bruxelles a décidé sans vous que vos hôpitaux seraient fusionnés comme des Lego sous stéroïdes
C’est officiel : à partir du 1er janvier, Erasme, Bordet, Saint-Pierre, l’Hôpital des Enfants et Iris Sud ne feront plus qu’un. Les « Hôpitaux Universitaires de Bruxelles » (HUB) seront nés, sans vote, sans concertation publique, et surtout sans que personne ne sache vraiment si c’était une bonne idée. Le Collège réuni de la Commission communautaire française (Cocof) et le gouvernement bruxellois ont donné leur feu vert, comme on signe un chèque en blanc. Etterbeek, le quartier où siège la Cocof, a validé ça sans sourciller.
Pourtant, sur le terrain, les soignants grognent. Les patients s’interrogent. Et les chiffres, eux, ne mentent pas toujours : en 2022, le taux d’attente pour une consultation en oncologie à Erasme dépassait les 6 semaines (source : rapport annuel de l’Institut pour un développement durable). Une fusion censée optimiser les coûts et les ressources… mais qui risque de tout compliquer pour ceux qui comptent : les malades.
Pourquoi cette fusion sent le coup de force administratif
D’abord, parce que personne n’a vraiment demandé l’avis des patients. Les associations de malades ont été consultées en passant, comme un détail. Les médecins ? Certains y voient une rationalisation utile, d’autres un saupoudrage de poudre aux yeux. Le vrai problème, c’est que cette fusion répond à une logique comptable, pas médicale.
Ensuite, parce que les hôpitaux bruxellois ne sont pas tous sur le même pied. Bordet, spécialisé en cancérologie, a des moyens que Saint-Pierre, plus généraliste, ne peut pas égaler. Erasme, lui, est un mastodonte universitaire avec ses propres enjeux de recherche. Les fusionner, c’est comme mélanger une Ferrari, une Twingo et un tracteur sans savoir qui va conduire.
Et puis, il y a le problème des locaux. Iris Sud, à Forest, et Erasme, à Uccle, sont à des kilomètres l’un de l’autre. Comment on gère les urgences quand les ambulances mettent 20 minutes à relier les deux sites ? La réponse officielle : « On optimisera les flux. » Traduction : on verra bien.
Ce que les politiques ne disent pas sur les économies réalisées
Le discours officiel ? « Cela permettra des économies d’échelle et une meilleure coordination. » Sauf que les économies promises sont souvent des mirages. En 2018, la fusion des hôpitaux de Charleroi avait été vendue comme une révolution. Résultat : des suppressions de lits, des départs de médecins, et une file d’attente pour les urgences qui s’allongeait (source : enquête de L’Echo, 2020).
À Bruxelles, les chiffres manquent encore. Mais une chose est sûre : les fusions d’hôpitaux ne sauvent pas les budgets, elles les reportent. Les économies réalisées sur les doublons sont souvent avalées par la complexité du nouveau système. Et cette fois, c’est 20 000 employés qui vont devoir s’adapter à une nouvelle organisation, avec tout ce que ça implique de stress et d’incertitudes.
Le vrai jeu : qui contrôle le géant HUB ?
Derrière cette fusion, il y a une question qui fâche : qui va tirer les ficelles du nouveau mastodonte ? Les universitaires d’Erasme veulent garder la main sur la recherche. Les gestionnaires de Bordet misent sur l’efficacité administrative. Et les politiques ? Ils se lavent déjà les mains.
Le risque ? Un monstre bureaucratique où les décisions se prennent à des étages que les soignants ne voient même plus. Déjà, à l’ULB (l’université liée à Erasme), certains craignent que la recherche ne soit pas assez priorisée. Parce qu’un hôpital, ce n’est pas qu’une question de lits et de machines. C’est aussi une question de culture.
Ce que ça change pour vous, patient ou proche
Si vous pensiez que votre médecin de famille à Erasme aurait toujours accès à vos dossiers après la fusion, détrompez-vous. Les systèmes informatiques ne sont pas compatibles entre tous les hôpitaux. Résultat : des délais supplémentaires pour accéder à votre dossier, des erreurs possibles, et une coordination qui peut vite devenir un casse-tête.
Et pour les urgences ? Attendez-vous à des files d’attente plus longues, le temps que le nouveau système trouve ses marques. Parce que oui, fusionner cinq hôpitaux, ça ne se fait pas en claquant des doigts. Ça prend des années, et en attendant, ce sont les patients qui trinquent.
La dernière question, celle qu’on n’ose pas poser
Pourquoi maintenant ? Parce que Bruxelles n’a plus le choix. Les hôpitaux bruxellois sont sous pression financière depuis des années. Les budgets sont serrés, les salaires des soignants ne suivent pas, et les gouvernements successifs ont préféré la facilité : fusionner plutôt que réformer.
Mais une fusion, ça ne règle pas les problèmes de fond. Ça les enterre sous une montagne de procédures.
Alors, les Hôpitaux Universitaires de Bruxelles seront-ils un géant médical… ou un nouveau symbole de l’impuissance politique ? La réponse, vous la connaîtrez dans cinq ans. Quand les listes d’attente auront encore grossi, et que les économies promises seront toujours aussi lointaines.