Le piège des chiffres qui mentent
UNICs, c’est quoi ? Un réseau de microfinance qui prêchait la solidarité, l’inclusion financière, le « petit à petit » pour les exclus du système bancaire classique. Sur le papier, ça marchait : des prêts à taux raisonnables, des services accessibles, une image de « banquier des pauvres ». Sauf que les pauvres, justement, ne sont pas les seuls à y laisser des plumes. Les chiffres officiels ? Ils parlent d’un trou de plusieurs milliards de FCFA, personne ne précise exactement combien, mais les rumeurs courent entre 20 et 30 milliards. Un montant qui fait sourire les économistes : « Avec ce genre de dette, même une recapitalisation ne suffira pas si les causes ne sont pas traitées », lance un ancien cadre de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), sous couvert d’anonymat. Parce que le vrai problème, ce n’est pas l’argent. C’est la façon dont il a été géré.
Et puis il y a les actionnaires. Ceux qui détiennent des parts, ceux qui ont cru au modèle, ceux qui vont devoir mettre la main au portefeuille. Parmi eux, des institutions, des particuliers, des coopératives. Certains ont déjà perdu. D’autres risquent de tout perdre. La question n’est pas si UNICs va tenir, mais comment elle va tenir. Et surtout, à quel prix pour les clients ?
Parce que voici le scénario catastrophe que personne n’évoque ouvertement : si la recapitalisation échoue, ou si elle se fait aux dépens des dépôts, c’est votre argent qui sera réquisitionné. Pas une expropriation brutale, non. Juste une inflation des frais, une baisse des taux de rendement, des reports de remboursement… jusqu’à ce que le système étouffe tout le monde, y compris ceux qui avaient tout misé sur UNICs.
La Commission bancaire a déjà fait son travail. Elle a pointé les dysfonctionnements : des prêts non performants, une gestion opaque, des risques mal évalués. Mais une chose frappe : personne n’a été sanctionné. Pas un seul responsable n’a été écarté. Pas une seule pratique contestable n’a été remise en cause. Juste une mise sous tutelle, le temps de « redresser la barre ». Sauf que quand on navigue en eaux troubles, redresser la barre, c’est d’abord identifier qui a ouvert les vannes.
Et puis il y a les autres. Les concurrents. Les banques classiques qui regardent UNICs se débattre en se frottant les mains. Parce qu’un système de microfinance en crise, ça ouvre des brèches. Ça donne une excuse pour durcir les conditions d’accès au crédit. Ça permet de dire : « Vous voyez, la microfinance, c’est du risque. Restez avec nous, nous, on est solides. » Sauf que les « solides », souvent, c’est ceux qui refusent les dossiers les plus risqués au départ. Ceux qui trient. Ceux qui laissent sur le carreau ceux que UNICs prétendait sauver.
Alors, que faire ?
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Si vous êtes actionnaire : préparez-vous à perdre. Pas tout, peut-être, mais une partie. Et surtout, exigez des garanties. Pas des promesses. Des engagements écrits sur la protection de vos fonds. Parce que si UNICs coule, ce sont vos économies qui feront les frais des erreurs des autres.
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Si vous êtes client (épargnant ou emprunteur) : retirez votre argent. Maintenant. Avant qu’un plan de sauvetage ne vienne le geler sous prétexte de « stabiliser le système ». Les banques centrales ont l’habitude de protéger les actionnaires avant les petits porteurs. Ne comptez pas sur elles pour faire exception.
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Si vous êtes un entrepreneur qui a un prêt en cours : commencez à négocier des reports. Parce que les remboursements vont devenir une priorité pour UNICs, et que si vous ne pouvez pas payer, vous serez le premier bouc émissaire.
Derrière UNICs, c’est tout le secteur de la microfinance qui est en jeu. Et si ce réseau s’effondre, ce ne sont pas que quelques milliers de personnes qui trinqueront. C’est un modèle entier qui vacille. Celui qui prétendait que les pauvres pouvaient aussi épargner, emprunter, se construire. Sauf que les pauvres, souvent, n’ont pas les moyens de se permettre des erreurs de gestion. Et UNICs, aujourd’hui, en a fait une montagne.
Le 7 octobre, les actionnaires vont décider. Mais la vraie question, c’est : qui paiera l’addition ? Pas ceux qui ont fait les erreurs. Ceux qui n’avaient pas le choix.
Et si UNICs tombe, ce ne sera pas une faillite de plus. Ce sera un avertissement.
Pour les autres.