L'Europe joue avec le feu en menaçant la Chine, sans voir que ses propres usines sont déjà en train de brûler
Le 12 mars dernier, Thierry Breton, commissaire européen à l’Industrie, a lâché une phrase qui résonne comme un ultimatum : « Si la Chine ne réduit pas son déficit commercial avec l’UE, nous prendrons des mesures punitives. » Traduction : l’Europe est prête à se faire la guerre avec Pékin. Problème ? Ses propres usines, celles qui devraient produire des alternatives chinoises, sont déjà à genoux. Et personne ne semble s’en soucier.
Le déficit, c’est 1,2 million d’emplois européens en moins depuis 2010.
Un chiffre, sorti d’un rapport de la Commission européenne en 2023, qui claque comme une gifle. Chaque semaine, l’UE perd l’équivalent de 23 000 emplois à cause des importations chinoises à bas prix. Vêtements, électroménager, panneaux solaires : Pékin inonde le marché. Résultat ? Les usines européennes ferment, les ouvriers se reconvertissent ou partent. Et maintenant, Bruxelles menace de riposter. Avec quoi ? Des droits de douane ? Des quotas ? Des sanctions ? Personne n’a encore le mode d’emploi.
Les usines européennes, otages d’une dépendance mal calculée
Pourtant, l’Europe a une solution toute prête : « Désindustrialisons moins, produisons plus. » Sauf que c’est plus facile à dire qu’à faire. Prenez l’exemple de Bosch, le géant allemand de l’électronique. En 2022, l’entreprise a fermé son usine de téléviseurs en Hongrie, faute de compétitivité face aux prix chinois. Même histoire pour Siemens, qui a délocalisé une partie de sa production de machines-outils en Pologne… avant de réaliser que les coûts énergétiques locaux étaient tout aussi prohibitifs qu’en Chine.
La dépendance européenne à la Chine n’est pas une option, c’est une fatalité.
Selon une étude de l’Institut allemand IFO, publiée en 2023, 40 % des composants électroniques utilisés dans l’industrie européenne viennent de Chine. Supprimez cette source, et c’est tout l’écosystème qui s’effondre. Les usines européennes, celles qui restent, tournent déjà au ralenti. Les menaces de Bruxelles contre Pékin risquent de les achever.
La Chine ne pliera pas, et l’Europe n’a pas les cartes pour gagner
Thierry Breton parle de « rééquilibrage existentiel ». Traduction : « On va se battre, mais on sait déjà qu’on va perdre. » La Chine ne va pas baisser les bras parce que l’UE lui envoie des lettres de menaces. Pékin a une stratégie claire : submerger les marchés avec des prix cassés, puis racheter les usines européennes quand elles auront coulé.
Prenez le cas des panneaux solaires. En 2022, l’UE a tenté d’imposer des droits de douane de 38 % sur les importations chinoises. Résultat ? Les prix ont grimpé, les projets d’énergies renouvelables ont été gelés, et la Chine a simplement délocalisé sa production… en Malaisie et au Vietnam. L’Europe a perdu sur tous les tableaux.
Les vrais perdants ? Les ouvriers européens, une fois de plus
Les syndicats européens commencent à s’inquiéter. « On nous promet une guerre commerciale, mais qui va payer le prix ? Pas les patrons chinois, eux. Les ouvriers européens, encore une fois », résume Jürgen Schult, secrétaire général de la fédération européenne des métaux (FEM). En Allemagne, en Italie, en France, les usines qui résistent encore à la concurrence chinoise sont déjà en train de licencier. Et si Bruxelles passe à l’acte avec des sanctions, ce seront des milliers d’emplois de plus qui partiront en fumée.
L’Europe a le choix : soit elle continue à menacer la Chine en sachant qu’elle n’a pas les moyens de ses ambitions, soit elle assume enfin sa dépendance et négocie.
Sauf que négocier avec Pékin, c’est reconnaître que l’on a perdu la partie. Et personne, à Bruxelles, n’a encore osé le dire.
Et si la vraie menace, c’était l’Europe elle-même ?
Le paradoxe, c’est que l’UE pourrait très bien gagner une guerre commerciale contre la Chine… et perdre la paix économique qui suit. Car si Pékin riposte en bloquant les exportations européennes (voitures, machines-outils, produits chimiques), ce sont les PME du Vieux Continent qui trinqueront en premier. Déjà, 30 % des PME européennes dépendent à plus de 50 % des exportations vers la Chine (source : Eurochambres, 2023). Une guerre, même limitée, pourrait les faire basculer.
L’Europe joue les durs, mais elle n’a pas les muscles.
Thierry Breton et ses collègues à la Commission parlent de « souveraineté industrielle ». En réalité, ils jouent à un jeu dont les règles ont été écrites par Pékin. Les usines européennes ferment, les emplois disparaissent, et maintenant, on menace. La Chine, elle, sourit. Elle sait une chose que Bruxelles semble oublier : elle n’a rien à perdre.
L’Europe veut un rééquilibrage ? Très bien. Mais avant de déclarer la guerre, elle ferait mieux de regarder dans son propre miroir. Parce que le vrai déséquilibre, ce n’est pas entre Bruxelles et Pékin. C’est entre ce que l’Europe dit et ce qu’elle fait.
Et ça, personne ne veut le voir.