Un retour qui ne passe pas inaperçu, mais sans suite
Le 12 mars dernier, Santé publique France publiait un rapport sec : augmentation des cas de fièvre typhoïde chez les voyageurs de retour du Sénégal. Pas une alerte médiatique, pas un communiqué tonitruant. Juste des chiffres. Et pourtant, entre 2022 et 2023, les laboratoires franciliens ont identifié 17 souches de Salmonella Typhi liées à des séjours en Afrique de l’Ouest. Le Sénégal en tête.
Pourtant, personne ne bronche. Pas de rappel vaccinal obligatoire pour les voyageurs. Pas de campagne ciblée vers les aéroports. Juste un conseil vague sur mesvaccins.net : « Vaccination recommandée, mais pas obligatoire ». Comme si le choix appartenait aux voyageurs, et non à l’État qui les expose.
Pourquoi la France traîne-t-elle les pieds ?
La typhoïde, c’est l’oublié des maladies tropicales. Moins médiatique que le paludisme ou le choléra, elle tue quand même. 12 millions de cas par an dans le monde, selon l’OMS. Et en France, les cas importés augmentent. Entre 2018 et 2022, 350 cas déclarés, dont 80 % liés à l’Afrique subsaharienne. Le Sénégal, pays où l’accès à l’eau potable reste un combat quotidien, est un terreau idéal pour la bactérie.
Alors pourquoi cette inertie ?
D’abord, le vaccin existe, mais il coûte. Le Typhim Vi (vaccin injectable) est remboursé à 65 %, mais à 50 euros la dose. Un prix qui décourage. Le vaccin oral, moins cher, est quasi introuvable en pharmacie française. Résultat : seuls 10 % des voyageurs se vaccinent avant de partir, selon une étude de l’Institut Pasteur publiée en 2021.
Ensuite, l’administration française a d’autres priorités. La typhoïde ne fait pas de morts spectaculaires en France métropolitaine. Pas de clusters médiatisés, pas de scandales sanitaires. Juste des cas éparpillés, des hospitalisations évitables. Le dernier rapport de l’ANSES sur les maladies importées date de 2019. Quatre ans sans mise à jour.
Ce que les voyageurs ignorent (et que personne ne leur dit)
La typhoïde ne se déclare pas à l’aéroport. Elle s’installe deux semaines après le retour. Fièvre, maux de tête, diarrhée… Les symptômes ressemblent à une gastro, sauf que là , sans traitement, le taux de mortalité atteint 10 %. Et même avec des antibiotiques, les séquelles (troubles neurologiques, complications cardiaques) peuvent durer des années.
Pourtant, les conseils officiels restent flous. Le site de l’Assurance Maladie recommande « une vigilance particulière » sans préciser quoi faire. Les médecins généralistes, eux, prescrivent rarement le vaccin. « Trop cher, trop peu rentable », avoue un infectiologue parisien sous couvert d’anonymat. « On traite après, pas avant. »
Le Sénégal, pays de transit pour une maladie française
Ironie du sort : le Sénégal dépense 10 millions d’euros par an pour vacciner sa population contre la typhoïde, via des campagnes massives. En France, zéro euro n’est alloué à une stratégie similaire pour les voyageurs. Pourtant, les aéroports franciliens (Orly, Roissy) enregistrent 2 millions de passagers par an en provenance d’Afrique de l’Ouest.
Et puis, il y a le lobby pharmaceutique. Le vaccin contre la typhoïde n’est pas un best-seller. Contrairement au vaccin contre l’hépatite A ou les encéphalites, il ne génère pas de revenus massifs. Résultat : peu de promotion, peu de stocks. Les pharmacies en commandent rarement.
Ce que les autorités devraient faire (mais ne feront pas)
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Rendre le vaccin obligatoire pour les voyages en zone à risque. Comme pour la fièvre jaune. Sauf que là , aucune pression politique. Le Sénégal, pays francophone, n’a pas le poids diplomatique du Brésil ou de la République démocratique du Congo.
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Lancer une campagne ciblée dans les aéroports. Des affiches, des distributeurs de vaccins à prix réduit. Comme pour la grippe saisonnière, mais en version tropicale.
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Former les médecins à la détection précoce. Aujourd’hui, 40 % des cas sont diagnostiqués trop tard, selon les données de l’AP-HP.
La vraie question : qui paiera la note ?
La typhoïde, c’est l’histoire d’une négligence organisée. Une maladie évitable, mais dont les coûts (hospitalisations, séquelles) seront payés… par les contribuables.
Et pendant ce temps, les voyageurs continuent de rapporter la bactérie. Sans que personne ne semble s’en offusquer.
Le dernier mot : une maladie qui attend son scandale
Il faudra un mort médiatisé. Un enfant, peut-être. Ou un cluster dans un lycée parisien. Parce que tant que la typhoïde ne fait pas la une, personne ne bougera.