Le Sénégal repousse l'échéance du cancer

Le gouvernement sénégalais actualise enfin son plan national contre le cancer, mais les familles savent déjà que le délai du 31 décembre ne changera rien à leur combat quotidien. Entre promesses et réalités, le décalage est criant.

Publié le 15 octobre 2026 à 12:07
Le Sénégal repousse l'échéance du cancer

Le Sénégal repousse l'échéance du cancer

À Dakar, dans le service d’oncologie du CHU Le Dantec, les lits sont toujours pleins. Trop pleins. Les patients attendent des mois pour un scanner, des semaines pour une chimiothérapie. Pourtant, le gouvernement vient d’annoncer qu’il actualiserait son plan national contre le cancer avant le 31 décembre. Une date qui sonne comme une blague pour ceux qui galèrent déjà dans les couloirs des hôpitaux.

Pourquoi ce délai ? Parce que les chiffres, eux, ne mentent pas. Selon l’OMS, le Sénégal compte plus de 17 000 nouveaux cas de cancer par an, et seulement 3 centres spécialisés pour tout le pays. Trois. Trois centres pour un pays de 17 millions d’habitants. Les autres ? Ils se débrouillent comme ils peuvent, entre cliniques privées hors de prix et hôpitaux publics saturés.

Le plan qui n’en est pas un

Le dernier plan national contre le cancer datait de 2017. Quatre ans plus tard, il était obsolète. Les traitements ont évolué, les coûts aussi. Mais le gouvernement a traîné. Pourquoi ? Parce que parler de cancer, c’est parler d’argent. Parce que soigner, c’est investir. Et investir, au Sénégal, c’est souvent reporter.

En 2022, le ministère de la Santé a lancé un appel à projets pour moderniser les équipements. Résultat ? Seulement 20 % des fonds ont été débloqués, selon des sources internes. Les machines commandées traînent dans les entrepôts. Les spécialistes, eux, partent. Comme ce docteur sénégalais formé en France, qui a choisi de rester à Paris : « Ici, on me propose 3 fois moins que ce que je gagne là-bas. Et encore, si j’ai de la chance. »

Le nouveau plan promet des « avancées significatives ». Traduction : plus de dépistages, plus de formations, peut-être un quatrième centre. Peut-être. Mais les familles de patients savent une chose : les promesses, ça se paie en médicaments. Et les médicaments, au Sénégal, coûtent une fortune.

Ce que le plan ne dit pas

Prenez le cas de Aïssata, 42 ans, diagnostiquée avec un cancer du sein en 2023. Son traitement ? 6 cycles de chimiothérapie à 200 000 FCFA par cycle (environ 300 euros). Sans mutuelle, sans aide de l’État. Sa famille a vendu des terres pour payer. « On nous dit que le plan va s’améliorer, mais moi, je veux savoir : quand est-ce que je pourrai faire mon dépistage sans vendre ma maison ? »

Le problème, c’est que le Sénégal dépense moins de 5 % de son budget santé pour le cancer. Pour comparaison, la France en dépense 12 %. Et encore, là-bas, les patients ont accès à des soins gratuits sous conditions. Ici, même les examens de base coûtent une fortune. Un mammogramme ? 15 000 FCFA (23 euros). Un scanner ? 50 000 FCFA (76 euros). Des sommes astronomiques pour des familles qui vivent avec moins de 50 000 FCFA par mois.

Le vrai combat : l’accès aux soins

Le gouvernement parle de « renforcement des capacités diagnostiques ». Très bien. Mais quand ? Parce que pour l’instant, les listes d’attente s’allongent. À l’hôpital Aristide Le Dantec, il faut 3 à 6 mois pour obtenir une IRM. Trois à six mois. Pendant ce temps, les tumeurs grossissent. Les métastases aussi.

Et puis, il y a le problème des médicaments. Le Sénégal dépend à 80 % des importations pour ses traitements anticancéreux. Résultat : les ruptures de stock sont fréquentes. En 2022, le centre de lutte contre le cancer de Dakar a manqué de docétaxel pendant 4 mois. Quatre mois. Quatre mois pendant lesquels des patients ont dû interrompre leur traitement.

Le nouveau plan prévoit « un approvisionnement sécurisé ». Super. Mais comment, quand les laboratoires pharmaceutiques préfèrent vendre à des pays où l’argent coule à flots ?

Ce qui ne changera pas en 2025

Le Sénégal a un atout : une génération de médecins compétents, formés à l’étranger. Le problème, c’est qu’ils reviennent rarement. Parce que les salaires sont dérisoires. Parce que les conditions de travail sont inhumaines. Parce que l’État ne les retient pas.

En 2021, le gouvernement a lancé un « plan de rétention des cadres ». Résultat ? Seulement 15 % des médecins formés à l’étranger sont revenus exercer. Les autres ? Ils ont choisi l’exil. Parce que soigner le cancer au Sénégal, c’est souvent soigner avec les mains vides.

La vraie question n’est pas « quand » le plan sera appliqué, mais « comment » il sera financé.

Le Sénégal a les moyens ? Non. Pas vraiment. Mais il a les ressources. 1,5 milliard de dollars de recettes pétrolières attendues d’ici 2025. Assez pour équiper les hôpitaux ? Assez pour former des spécialistes ? Assez pour éviter que des familles ne vendent leurs terres pour sauver un proche ?

Pour l’instant, les promesses restent des promesses. Et les patients, eux, continuent d’attendre. Dans des couloirs qui sentent l’antiseptique et le désespoir.

Le gouvernement a jusqu’au 31 décembre pour actualiser son plan. Mais le vrai délai, c’est celui des familles qui comptent les jours avant que la maladie ne les rattrape.

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R Galaxie Rédaction

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