Un appareil qui mesure l’invisible
Le FeNO, c’est un petit boîtier qui analyse l’oxyde nitrique dans l’air expiré. Un marqueur de l’inflammation des voies respiratoires, souvent lié à l’asthme. « Avant, on se basait sur des symptômes, des tests de fonction pulmonaire, des hypothèses », explique le Dr Gagnon. « Maintenant, on a un chiffre. 50 ppb, c’est normal. Au-dessus de 50, ça commence à être suspect. »
Sauf que. Les chiffres, ça se discute. Une étude de l’American Journal of Respiratory and Critical Care Medicine (2018) montre que le FeNO seul ne suffit pas à poser un diagnostic. « C’est un outil complémentaire, pas une baguette magique », précise une pneumologue de Montréal qui refuse de citer son nom. « Si un patient a un FeNO élevé mais pas de symptômes, est-ce de l’asthme ? Un reflux ? Une allergie ? On ne sait pas toujours. »
Pourtant, la Fondation Hôpital de La Malbaie a déboursé 12 000 $ pour cet appareil, sans compter la formation du personnel. « On ne va pas se mentir, c’est un investissement qui vise aussi à attirer des patients », reconnaît une responsable administrative sous couvert d’anonymat. « Les gens entendent ‘diagnostic plus précis’, et ça fait vendre. »
Mais est-ce que ça change vraiment les choses pour les patients ?
Pas forcément. « Un diagnostic d’asthme, ça se fait encore souvent à l’instinct », lance une infirmière en pneumologie qui travaille depuis 20 ans dans la région. « Un médecin voit un patient qui tousse, il a un antécédent d’allergie, il prescrit un inhalateur. Point. Le FeNO, ça peut confirmer, mais ça ne remplace pas l’expérience. »
Et puis, il y a le piège des faux négatifs. « Un patient peut avoir un FeNO normal mais souffrir d’asthme », rappelle une étude de l’European Respiratory Journal. « À l’inverse, un FeNO élevé peut correspondre à une bronchite chronique, pas à de l’asthme. » Donc oui, l’appareil aide. Non, il ne suffit pas.
Le vrai problème, c’est l’usage
Le FeNO est déjà utilisé dans plusieurs hôpitaux québécois, dont ceux de Québec et de Montréal. « Le problème, c’est que beaucoup de médecins ne l’utilisent pas comme ils devraient », dénonce une biologiste médicale qui a formé des dizaines de cliniciens. « Ils voient un chiffre, ils concluent. Sans prendre le temps d’écouter le patient. »
À La Malbaie, on assure que la formation sera rigoureuse. « On ne va pas se contenter de brancher l’appareil et dire ‘voilà’ », promet le Dr Gagnon. « Mais est-ce que tout le monde va s’y conformer ? » Il hausse les épaules. « Comme pour tout. »
Ce que ça change pour vous
Si vous avez des symptômes d’asthme et que vous consultez à La Malbaie, vous avez maintenant une chance de plus que votre diagnostic soit juste. « Mais attention : un FeNO normal ne signifie pas que vous n’avez pas d’asthme », insiste le pneumologue. « Et un FeNO élevé ne signifie pas que vous en avez forcément. »
Alors oui, c’est un progrès. Mais pas une révolution. « La médecine, ce n’est pas une science exacte », rappelle l’infirmière. « Même avec des machines, on reste des humains. »
Et après ?
La fondation a-t-elle prévu d’autres investissements dans des outils de diagnostic ? « Pas pour l’instant », répond-on évasivement. « On évalue les besoins au cas par cas. »
Le FeNO est un début. Mais si les médecins ne l’utilisent pas correctement, il ne servira à rien. « Le vrai défi, ce n’est pas la technologie, c’est la formation et la discipline », conclut le Dr Gagnon. « Et ça, ça ne coûte pas cher. »
La dernière question
Est-ce que cet appareil va réduire le nombre de diagnostics erronés ? Peut-être. Est-ce que ça va sauver des vies ? « Pas tout seul », répond une pneumologue sans hésiter. « Mais c’est un pas. »
Le reste, ça dépend de ceux qui s’en servent.