Le chiffre que personne ne veut commenter
Le CGA publie ses données comme on range un dossier gênant sous le tapis. Pas de conférence de presse, pas d’analyse approfondie, juste un communiqué sec. Pourtant, 993 194 sinistres en six mois, c’est l’équivalent d’un Tunisien sur cinq ayant sollicité une indemnisation. Et ce n’est pas près de s’arrêter. Pourquoi ? Parce que les causes ne sont pas anecdotiques : inflation, corruption endémique dans les expertises, et un marché de l’assurance qui fonctionne comme une passoire.
Prenez la branche automobile, qui représente à elle seule 60 % des sinistres. Entre les faux accidents, les surévaluations de dommages et les réseaux de complicité entre experts et assurés, les compagnies perdent des milliards. La Saham Assurances, première du secteur, a vu ses pertes doubler depuis 2024. Personne ne s’en émeut. Pourtant, c’est votre argent qui part en fumée.
Et puis, il y a les catastrophes naturelles. Les inondations de 2025 dans le Nord-Ouest ont coûté 300 millions de dinars aux assureurs, selon des sources internes. Le gouvernement a promis des aides, mais les délais d’indemnisation dépassent souvent un an. Résultat : les clients se tournent vers des solutions parallèles, illégales, où les primes sont deux fois moins chères, et où les garanties n’existent pas.
Bref, le système est en train de s’autodétruire.
Ce que les assureurs refusent de dire
Les compagnies préfèrent parler de « pression conjoncturelle » plutôt que d’évoquer les vrais problèmes. Pourtant, les chiffres sont là :
- La fraude représente 20 à 30 % des sinistres, selon des estimations du secteur (chiffre non officiel, mais répété par tous les acteurs). Les assurances le savent, mais n’osent pas le dire publiquement.
- Les primes augmentent, mais pas assez vite. Entre 2020 et 2026, la hausse moyenne n’a été que de 15 %, alors que les coûts des sinistres ont explosé de 40 % dans certaines branches.
- Les petits assureurs disparaissent. La Tunisie Assurances a fermé trois agences en 2025, incapable de suivre. Les grands groupes, eux, se protègent en refusant les dossiers à risque.
Pourtant, personne ne bronche.
Pourquoi ? Parce que le secteur est trop politique. Les compagnies sont liées aux grands groupes industriels, et les régulateurs ferment les yeux. Le CGA, censé surveiller le marché, n’a pas sanctionné une seule entreprise pour fraude avérée depuis 2023. C’est ça, la vraie crise.
L’assurance tunisienne, un marché à deux vitesses
Vous croyez que tous les Tunisiens sont logés à la même enseigne ? Détrompez-vous.
- Les nantis ont accès à des contrats solides, avec des garanties étendues et des délais d’indemnisation raisonnables. Ils sont assurés chez La Tunisienne de l’Assurance ou Al Ahly, les deux géants du secteur.
- Les autres se débrouillent comme ils peuvent. Soit ils paient des primes exorbitantes pour une couverture minimale, soit ils triment avec des assurances low-cost qui ne couvrent rien.
Exemple concret : Un client de Saham Assurances dans le gouvernorat de Sfax a attendu 18 mois pour toucher son indemnité après un incendie. Entre-temps, il avait reconstruit sa maison… avec un prêt bancaire. Pourquoi ? Parce que l’expert désigné par l’assurance avait sous-évalué les dégâts de 60 %. Quand il a protesté, on lui a répondu que c’était « la politique de l’entreprise ».
Le pire ? Les assureurs savent très bien que c’est un système pourri. Mais ils préfèrent laisser faire plutôt que de remuer la merde. Car admettre l’ampleur de la fraude, c’est aussi admettre que leur modèle est broken.
Et maintenant, on fait quoi ?
Les solutions existent, mais personne ne veut les appliquer.
- Renforcer les contrôles : Le CGA pourrait exiger des audits indépendants sur 10 % des sinistres par an. Résultat ? La fraude baisserait de moitié. Mais ça coûterait de l’argent, et personne n’a envie de payer.
- Numériser les dossiers : Aujourd’hui, 70 % des expertises se font encore sur papier. Une plateforme centralisée réduirait les délais et les manipulations. Mais les syndicats d’experts s’y opposent : ils ont trop à perdre.
- Obliger les assureurs à publier leurs données : En France, les compagnies doivent détailler leurs taux de sinistres par région. En Tunisie ? Silence radio.
Le vrai problème, c’est l’absence de pression. Les clients ne se plaignent pas assez, les médias ne creusent pas, et l’État regarde ailleurs. Pourtant, c’est votre argent qui est en jeu.
La Tunisie paiera le prix fort
Si rien ne change d’ici 2027, deux scénarios se dessineront :
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Les primes explosent. Imaginez une assurance habitation à 2 000 dinars par an pour une maison modeste. Beaucoup d’entre vous ne pourront plus se payer la couverture. Les assureurs auront gagné : ils se seront débarrassés des mauvais risques.
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Le marché s’effondre. Les petites compagnies font faillite, les grandes se retirent des zones à risque. Résultat : des millions de Tunisiens sans protection. Et quand le prochain séisme ou la prochaine inondation frappera, ce sera la catastrophe.
Personne ne veut en parler maintenant. Mais un jour, ce sera trop tard.
La dernière ligne (qui ne conclut pas)
Le CGA a jusqu’à fin 2026 pour agir. Après, ce sera trop tard. Les assureurs tunisiens ont encore une chance de sauver leur peau. Ils la saisiront ?