18 mois de trêve, et les États-Unis n’ont toujours pas gagné

Washington et Pékin repoussent encore l’échéance des sanctions douanières. Mais derrière les sourires diplomatiques, la guerre économique continue, plus sournoise que jamais. Voici pourquoi cette pause cache un échec stratégique américain, et ce qui va se passer quand elle prendra fin.

Publié le 24 septembre 2026 à 14:03
18 mois de trêve, et les États-Unis n’ont toujours pas gagné

Pourquoi cette trêve est un leurre depuis le début

La Chine et les États-Unis ont signé leur accord en octobre 2025 après des mois de négociations tendues. Objectif officiel : éviter une escalade qui aurait pu faire imploser les chaînes d’approvisionnement mondiales. Résultat ? Une trêve qui ressemble à une pause café entre deux rounds de boxe. Personne ne croit à la paix. Personne, sauf peut-être les lobbies qui vendent des assurances contre les risques géopolitiques.

En réalité, cette prolongation n’est qu’un pansement sur une jambe de bois. Les droits de douane sur l’acier chinois restent en place. Les restrictions sur les semi-conducteurs, elles, sont toujours là. Et surtout, le vrai conflit, celui des technologies critiques, des subventions déguisées, des cyberattaques, n’a jamais été réglé. Le secrétaire au Trésor, Janet Yellen, a parlé d’un « cessez-le-feu ». C’est un euphémisme. Un cessez-le-feu, ça s’arrête quand les deux camps sont épuisés. Là, ils le prolongent parce qu’ils n’ont pas le choix.

Le chiffre qui résume l’échec américain : 365 milliards. C’est le montant des droits de douane que les États-Unis ont imposés à la Chine depuis 2018, selon le Peterson Institute for International Economics. Résultat ? Les prix ont augmenté, les entreprises ont délocalisé… mais la Chine exporte toujours plus. Parce que ses usines tournent à plein régime, ses subventions étouffent les concurrents étrangers, et ses entreprises d’État, comme BYD ou Huawei, écrasent la concurrence sur les marchés émergents. La trêve ne change rien à ça. Elle ne fait que reporter l’affrontement.

Ce que Washington ne dit pas sur les vraies raisons de la prolongation

Officiellement, c’est pour « donner plus de temps aux négociations ». Officieusement, c’est parce que personne ne veut assumer les conséquences d’une rupture. Imaginez : si les États-Unis relancent les sanctions en janvier, Pékin riposte en ciblant les exportations de soja ou de Boeing. Les États du Midwest, déjà en crise, s’embrasent. Les marchés s’affolent. Et Trump ? Il se retrouve avec une économie en lambeaux à six mois des primaires. Personne n’a intérêt à ce scénario.

Pourtant, il y a une autre raison, plus sournoise. Les États-Unis misent sur l’usure. En attendant, ils ont le temps de renforcer leurs alliances, avec le Japon, l’Inde, l’UE, pour isoler la Chine économiquement. Mais attention : cette stratégie a un nom. Ça s’appelle containment. Et ça marche… jusqu’à ce que la Chine trouve des contournements. Or, elle en a déjà. Ses routes commerciales avec la Russie, ses partenariats en Afrique, ses investissements en Amérique latine. La trêve, c’est aussi le temps pour Pékin de consolider son réseau sans se faire griller.

Le détail qui en dit long : le silence de Xi Jinping. Depuis l’annonce, le président chinois n’a pas pipé mot. À quoi ça sert de prolonger une trêve si c’est pour continuer à serrer les boulons ? Sauf si… sauf si Pékin attend quelque chose. Peut-être une division plus profonde entre les démocrates et les républicains aux États-Unis. Peut-être une fatigue électorale qui affaiblira la position de Washington. Ou simplement le temps que les entreprises américaines, épuisées par les incertitudes, plient bagage et délocalisent définitivement.

Les secteurs qui paient déjà le prix de cette attente

Pendant que les diplomates se serrent la main, d’autres trimbalent la facture. Prenez l’agriculture américaine. Le soja et le maïs chinois, deux piliers des exportations américaines, sont toujours sous le coup de restrictions douanières déguisées. Résultat ? Les fermiers du Midwest vendent à perte. Selon le USDA, les exportations de soja vers la Chine ont chuté de 12 % en un an. Les prix s’effondrent. Les fermes ferment. Et personne ne propose de solution, parce que personne ne veut braquer Pékin avant les élections.

Autre secteur en première ligne : les semi-conducteurs. Les États-Unis ont tenté d’étouffer Huawei et SMIC en coupant l’accès à des technologies clés. Bilan ? Les Chinois ont contourné le blocus en développant leurs propres puces, souvent moins chères, souvent aussi performantes. Aujourd’hui, 40 % des serveurs utilisés par les banques européennes sont fabriqués en Chine, selon Counterpoint Research. Et devinez quoi ? Les Européens ne bronchent pas. Parce qu’ils ont besoin de ces composants. Parce qu’ils ont peur des représailles. Parce que, comme les Américains, ils attendent que quelqu’un d’autre prenne les décisions.

Le piège ? Plus on attend, plus les dépendances s’enracinent. Plus les entreprises s’adaptent à la nouvelle donne. Et plus il sera difficile, un jour, de faire machine arrière.

Ce qui se passe quand les marchés ferment les yeux

Les Bourses, elles, ne s’inquiètent pas. Pourquoi ? Parce qu’elles parient sur l’immobilisme. Tant que la trêve tient, les investisseurs continuent de miser sur la Chine. Les actions des géants tech chinois, Alibaba, Tencent, Meituan, ont bondi depuis l’annonce. Les fonds spéculatifs achètent à tour de bras, convaincus que Pékin ne lâchera rien sur ses subventions. Et les banques centrales ? Elles ferment les yeux, parce que les risques sont trop gros pour les assumer.

Mais il y a un problème. Ce krach n’est pas une question de si, mais de quand. Parce que la Chine ne va pas laisser les États-Unis dicter sa politique économique indéfiniment. Et quand la trêve prendra fin, en janvier 2026, ou plus tard, ce ne sera pas une escalade progressive. Ce sera un coup de massue.

Le scénario le plus probable ? Pékin frappe là où ça fait mal : les exportations agricoles, les technologies critiques, les chaînes d’approvisionnement européennes. Les États-Unis ripostent en durcissant les restrictions sur les investissements chinois. Et les entreprises ? Elles se retrouvent avec deux choix : soit elles capitulent et délocalisent, soit elles paient le prix de la guerre.

Pourquoi cette trêve est un cadeau empoisonné pour Trump

Donald Trump adore les guerres commerciales. C’est son arme favorite, son argument préféré. « Je vais les écraser ! » répétait-il en 2018. Sauf que trois ans plus tard, il a perdu. Parce que les droits de douane, ça ne marche pas quand l’adversaire a les poches pleines et les réserves de change à hauteur de 3 000 milliards de dollars (FMI, 2025).

Aujourd’hui, prolonger la trêve, c’est lui tendre un piège. Si les sanctions reprennent en 2026 et que l’économie américain s’effondre, ce sera sa faute. S’il ne les relance pas, les faucons républicains lui reprocheront sa mollesse. Et si, par miracle, il parvient à négocier un accord ? Les Chinois se moqueront de lui en interne, et les États-Unis auront cédé sur des points clés, comme les transferts de technologies, ou l’accès au marché chinois.

La vraie question, c’est : qui va payer ? Pas les dirigeants, bien sûr. Pas les lobbies. Pas les banques. Ce seront les citoyens américains, écrasés par des prix plus élevés, des emplois qui partent, et une économie qui stagne. Pendant ce temps, la Chine continue de grignoter des parts de marché, de dominer les technologies de demain, et de préparer son heure.

Ce qui va se passer quand la trêve prendra fin

Janvier 2026. Trois mois. C’est le temps qu’il reste avant que cette mascarade ne se termine. Et quand elle le fera, ce ne sera pas une négociation qui reprendra. Ce sera une guerre économique à ciel ouvert.

Voici ce qui nous attend :

  • Des représailles ciblées : La Chine va frapper là où les États-Unis sont vulnérables. Pas les voitures de luxe, mais le soja, le pétrole, les produits agricoles. Les États du Midwest vont hurler.
  • Un durcissement technologique : Les restrictions sur les semi-conducteurs vont s’étendre. Les entreprises américaines qui collaborent avec la Chine, comme Nvidia ou Intel, vont se faire griller. Et les Chinois ? Ils continueront à innover, parce qu’ils n’ont pas le choix.
  • Une course aux alliances : L’Europe va devoir choisir. Soit elle se range du côté américain et risque des représailles chinoises sur ses exportations. Soit elle tente de jouer les médiateurs, et se fait avoir des deux côtés.
  • Un marché en crise : Les Bourses vont chuter. Les investisseurs vont paniquer. Et les gouvernements ? Ils feront semblant de s’indigner, avant de sortir les plans de relance.

La seule certitude ? Personne ne gagnera. Sauf peut-être la Chine, qui aura encore une fois gagné du temps pour devenir la première économie mondiale. Et les États-Unis ? Ils auront prouvé une fois de plus qu’ils sont incapables de mener une guerre économique sans se tirer une balle dans le pied.

La dernière carte à jouer : et si personne ne bougeait ?

Parce que c’est aussi une option. Et la plus probable. Après tout, pourquoi prendre le risque d’une escalade quand on peut reporter le problème ? Les États-Unis et la Chine savent tous les deux que la guerre n’est pas gagnable. Alors ils jouent la montre. Ils attendent. Ils laissent les autres, l’Europe, le Japon, les entreprises, payer le prix de leur impuissance.

Le vrai danger, ce n’est pas la guerre. C’est l’immobilisme. Parce que tant qu’ils ne bougent pas, la Chine avance. Et quand ils bougeront enfin, il sera trop tard.

La trêve se termine dans trois mois. Mais la guerre, elle, ne fait que commencer.

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R Galaxie Rédaction

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