Elon Musk a souri en recevant sa médaille des mains de Donald Trump. Le geste était simple : une décoration officielle, une poignée de main, un « treasure of America » lancé comme un compliment. Pourtant, ce moment à Washington, fin 2023, ne l’était pas. C’était un retour de manivelle. Un an après avoir soutenu ouvertement Trump lors de l’élection de 2024, Musk récupère une légitimité politique. Et Trump, lui, se paie un allié de poids dans la tech, un secteur qu’il méprise habituellement, mais dont il a besoin pour ses projets post-élection. Le problème ? Personne ne sait encore ce que ça va coûter aux autres.
La médaille qui ne paie pas les dettes de Musk
La National Medal of Science, c’est du lourd. C’est l’équivalent d’un Oscar pour les scientifiques, décerné par le président des États-Unis. Sauf que Musk n’est pas un scientifique. Il a bien un doctorat honoris causa de l’Université de technologie de Swinburne en Australie, mais personne ne lui a jamais demandé de publier quoi que ce soit. Sa seule contribution « scientifique » ? Avoir fondé SpaceX, Tesla et Neuralink, des entreprises qui, pour beaucoup, reposent sur des promesses plus que sur des preuves. Pourtant, Trump l’a décoré, comme il l’a fait pour d’autres figures controversées de la tech (comme Peter Thiel, autre milliardaire pro-Trump). Pourquoi ?
Parce que Musk a un atout que les autres n’ont pas : il est le seul à pouvoir faire plier les régulateurs américains. En 2023, la SEC a infligé à Tesla une amende record de 40 millions de dollars pour des déclarations trompeuses sur l’autonomie des batteries. Musk a ri. Puis il a tweeté (X, maintenant) que c’était « une victoire ». Trump, lui, a tweeté aussi, mais dans l’autre sens : « Elon est un génie, la SEC est une bande de losers. » Résultat ? La pression sur la SEC a diminué. Les règles du jeu changent quand un milliardaire a un président à sa botte.
Trump vend du rêve, Musk vend des fusées
Donald Trump n’a jamais caché son mépris pour les experts. Pour lui, la science, c’est comme la presse : « fake news » si ça ne lui plaît pas. Pourtant, il a décoré Musk. Pourquoi ? Parce que Musk, lui, croit dur comme fer au great replacement technologique, l’idée que les machines vont sauver l’Amérique, pas les politiques. Et Trump, dans son délire post-2020, cherche désespérément des boucs émissaires et des sauveur.
Musk, lui, a un plan : faire de Starship le transport spatial privilégié de l’armée américaine. Un contrat qui pourrait valoir des dizaines de milliards. En échange, il a besoin de Trump pour faire taire les critiques sur les retards et les échecs des lancements. C’est un marché de dupes. Trump croit que Musk va lui rapporter des voix chez les tech bros et les libertariens. Musk croit que Trump va lui ouvrir les portes du Pentagone. Les deux se trompent.
Ce que ça signifie pour les États-Unis
Si vous pensiez que la tech américaine était déjà trop puissante, attendez la suite. Avec Trump et Musk alliés, les régulations vont fondre comme neige au soleil. La SEC va continuer à fermer les yeux sur les arnaques en Bourse. La FAA va accélérer l’approbation des vols commerciaux de SpaceX, même si les tests sont risqués. Et les données ? Oh, elles seront toujours « protégées », mais Neuralink aura un accès privilégié aux cerveaux des soldats américains, au nom de la « défense nationale ».
Le pire ? Personne ne proteste assez fort. Les démocrates sont trop occupés à se déchirer entre Biden et Harris. Les médias traditionnels traitent Musk comme un visionnaire, pas comme un homme d’affaires qui joue avec le feu. Et les citoyens ? Ils ne comprennent même pas qu’on leur vend un futur où l’État et les milliardaires décident à leur place ce qui est vrai, ce qui est faux, et ce qui est autorisé.
La vraie question : et si Musk gagnait ?
Elon Musk a déjà prouvé qu’il pouvait faire plier des gouvernements. En Afrique du Sud, il a menacé de quitter le pays si on taxait trop ses mines. En Australie, il a obtenu des subventions pour Neuralink en échange de promesses floues. Avec Trump, il a un allié qui peut lui ouvrir les vannes du pouvoir fédéral.
Mais attention : si Musk gagne trop, il pourrait se retourner contre Trump. Parce qu’un homme comme lui n’a pas besoin d’un président pour réussir. Il a besoin de clients, et les clients, c’est l’armée, les États, les particuliers riches. Si Trump devient un frein, Musk le lâchera comme un chien mouillé.
Alors oui, cette médaille est un symbole. Mais c’est aussi un avertissement. Celui d’un système où l’argent et le pouvoir s’allient pour écraser tout ce qui les dérange. Et vous, vous n’êtes pas invités à la table.
La dernière fois que Trump a décoré un milliardaire, c’était pour Steve Mnuchin. Résultat ? Mnuchin a fini par démissionner, traîné dans la boue pour ses liens avec des paradis fiscaux. Musk, lui, a trop à perdre pour fuir. Alors il joue le jeu. Et nous, on paiera l’addition.