Le 12 mars, à 9h47, le rapport de Barclays a atterri dans les boîtes mail des traders. Swedbank, cette banque suédoise que personne ne regarde vraiment, venait d’être propulsée en « surpondérer ». Un statut réservé aux valeurs que les analystes considèrent comme des coups sûrs. Sauf que Swedbank, c’est l’histoire d’une banque qui a frôlé la banqueroute il y a cinq ans, qui traîne encore des dossiers de fraude en Estonie, et qui navigue dans un marché bancaire nordique où la concurrence est féroce. Pourtant, Barclays mise sur elle. Avec un objectif de cours à 467 couronnes suédoises, soit près de 20 % de plus que le prix actuel (347 couronnes). Pourquoi ce pari ? Et surtout, est-ce que ça tient debout ?
Barclays mise sur un rebond qui sent le calcul
D’abord, parlons chiffres. 467 couronnes, c’est le prix que Barclays estime « juste » pour Swedbank. Pour y arriver, il faut croire que la banque va enfin tourner la page sur ses problèmes passés. En 2019, Swedbank a été condamnée à payer 3,8 milliards de couronnes (345 millions d’euros) pour avoir aidé des clients russes à blanchir de l’argent via des comptes en Estonie. Un scandale qui a ébranlé sa réputation. Depuis, la direction a juré avoir nettoyé ses processus. Mais les régulateurs finaux ont toujours un mot à dire. Et puis, il y a la Russie. Swedbank a réduit son exposition au marché russe, mais elle reste présente. Barclays semble parier que cette exposition sera gérable, que les sanctions ne s’étendront pas plus qu’elles ne l’ont déjà fait. Un pari risqué, mais pas impossible.
Le marché nordique, ce terrain de jeu impitoyable
Swedbank opère dans un écosystème bancaire où les marges sont serrées et où les erreurs se paient cash. En Suède, on a Nordea, SEB, Handelsbanken, des géants qui écrasent la concurrence. En Finlande, OP et Sampo se partagent le gâteau. En Estonie, LHV et SEB dominent. Dans ce contexte, Swedbank mise sur trois leviers :
- La digitalisation. La banque a investi des centaines de millions dans ses outils en ligne. Résultat : elle est l’une des mieux notées en Europe pour son service client digital. Les Suédois, habitués à gérer leur argent depuis leur téléphone, lui sont fidèles.
- Les coûts maîtrisés. Swedbank a réduit ses effectifs de 15 % depuis 2018. Moins de salaires, moins de risques. Une stratégie qui paie, surtout quand les taux d’intérêt montent.
- L’international. Malgré la Russie, Swedbank reste active en Baltique, en Pologne et même en Allemagne. Un filet de sécurité si un marché se grippe.
Pourtant, ces atouts ne suffisent pas à eux seuls. Barclays mise aussi sur un facteur externe : la faiblesse des autres banques scandinaves. Nordea, par exemple, a vu son cours chuter de 30 % depuis 2021 à cause de ses problèmes en Allemagne. SEB, elle, traîne des pieds sur la transition écologique. Swedbank, en se positionnant comme une banque « propre » et « efficace », pourrait profiter de ce vide.
Le vrai problème : personne ne sait vraiment ce que vaut Swedbank
Voilà le hic. Les analystes adorent les histoires claires : une banque qui se refait une santé, un marché qui la récompense. Sauf que Swedbank, c’est une histoire à trous. Personne ne sait vraiment si ses problèmes de compliance sont derrière elle. Personne ne sait non plus si son modèle économique tient sur le long terme dans un environnement où les taux pourraient redescendre.
Prenez le cas de la Finlande. Swedbank y est présente, mais son activité reste marginale. En Estonie, où elle a été au cœur du scandale, sa part de marché a fondu. Et en Suède, ses concurrents ne dorment pas. Handelsbanken, par exemple, a racheté en 2023 une banque régionale pour renforcer sa position dans le nord du pays, exactement là où Swedbank est forte.
Barclays, en relevant Swedbank, joue gros. Soit la banque suédoise va enfin décoller, soit elle va continuer à trimballer ses vieux démons. Le problème, c’est que personne ne peut prédire laquelle de ces deux options va l’emporter.
Et si c’était juste une question de timing ?
Les marchés adorent les histoires de rebond. Après une crise, après un scandale, après une longue période de doutes, une valeur peut devenir « attractive » du jour au lendemain. C’est ce qui est en train de se passer avec Swedbank. Les investisseurs ont besoin de valeurs qui montent. Swedbank, avec son cours encore bas et son potentiel (théorique) de croissance, correspond à ce profil.
Mais attention : le timing, c’est une arme à double tranchant. Si les taux baissent trop vite, si la croissance européenne se grippe, si la Russie décide de faire des vagues supplémentaires… Swedbank pourrait se retrouver à nouveau dans le collimateur. Et là , 467 couronnes, ce sera une blague.
Ce que Barclays ne dit pas
Les rapports d’analystes aiment les chiffres, les graphiques et les projections. Ce qu’ils aiment moins, ce sont les zones d’ombre. Barclays mentionne à peine trois risques majeurs pour Swedbank :
- La concurrence accrue en Suède et en Finlande.
- Les coûts de conformité qui pourraient exploser si les régulateurs estoniennes ou suédoises décident de serrer la vis.
- L’exposition résiduelle à la Russie, même réduite.
Mais il y a un quatrième risque, bien plus gênant : la confiance des clients. Après le scandale de 2019, beaucoup de Suédois et d’Estoniens ont transféré leur argent vers des banques perçues comme plus sûres. Swedbank a beau avoir nettoyé ses processus, la méfiance reste. Et en banque, la confiance, ça ne se reconstruit pas en un an.
Alors, faut-il suivre Barclays ?
Si vous êtes un investisseur à la recherche d’un pari spéculatif, Swedbank peut avoir du sens. Le cours est bas, le potentiel (sur le papier) est là . Mais si vous voulez un placement sûr, avec des dividendes réguliers et une croissance stable, Swedbank reste une valeur à haut risque.
Barclays mise sur un rebond. Moi, je mise sur le fait que les banques nordiques, ça ne pardonne pas les erreurs. Swedbank a eu sa chance. Maintenant, il faut voir si elle la mérite vraiment.
Dernier mot : Les marchés aiment les histoires simples. Swedbank en est une. Mais les histoires simples finissent souvent mal.