Trump menace Bombardier, Ottawa répond par des surtaxes : la guerre économique s’installe

Les États-Unis menacent de bloquer les ventes de Bombardier aux États-Unis. Ottawa riposte avec des surtaxes sur les produits américains. Derrière les déclarations, une bataille industrielle où les règles du commerce s’effritent. Voici ce qui se joue vraiment.

Publié le 8 septembre 2026 à 14:02
Trump menace Bombardier, Ottawa répond par des surtaxes : la guerre économique s’installe

Bombardier, l’avion qui dérange Trump et Ottawa à la fois

Le tweet est sec, comme à son habitude : « Bombardier est en train de tuer notre aviation. Les États-Unis ne vendront plus leurs avions à cette entreprise canadienne. » Sauf que cette fois, la menace pèse sur des milliers d’emplois, des contrats déjà signés, et une industrie aéronautique qui tremble. Parce que Bombardier, c’est plus qu’un constructeur d’avions. C’est un symbole. Un symbole de ce que les États-Unis ne supportent plus : un pays qui ose se développer sans eux, qui ose exporter ses avions en Europe et aux États-Unis, et qui ose, surtout, défier les règles du jeu américain.

Et puis il y a Ottawa. Qui, ce mardi, a décidé de riposter. Pas avec des mots, mais avec des chiffres : des surtaxes de 25 % sur les produits américains, dont les voitures, les machines et même certains produits agricoles. Une mesure qui vise clairement les États-Unis, et qui tombe comme un cheveu sur la soupe de Trump. Parce que, oui, les États-Unis sont le premier partenaire commercial du Canada. Et Ottawa vient de leur envoyer un message clair : « On ne se laisse pas faire. »

Mais derrière ce bras de fer, il y a une question plus large. Une question que personne ne pose vraiment : est-ce que le Canada peut vraiment se passer des États-Unis ? Et surtout, est-ce que les États-Unis sont prêts à laisser un concurrent comme Bombardier grandir sans rien dire ?

Le CSeries, l’avion qui fait grincer des dents

Bombardier a un problème. Enfin, non. Bombardier a un succès. Son avion CSeries, ce petit bijou de 100 à 130 places, cartonne. Commandes de Delta, d’Air Canada, même de Swiss. Un avion qui concurrence directement les appareils américains, comme l’Airbus A320neo. Sauf que le CSeries, lui, est conçu au Canada, assemblé en France, et vendu partout. Y compris aux États-Unis.

Problème : Trump ne veut pas de ça. Pas quand il a passé sa présidence à crier « Buy American ». Pas quand il a déjà menacé de taxer les avions européens si Airbus ne cédait pas. Alors Bombardier, avec son avion made in Canada mais assemblé en Europe, c’est un peu trop. C’est un concurrent qui ne joue pas selon les règles. Ou du moins, pas selon ses règles.

Et puis il y a les chiffres. Selon un rapport de l’Air Transport Association (ATA), les États-Unis représentent 30 % des ventes mondiales d’avions. Bloquer Bombardier, ce serait envoyer un signal fort : « Ici, on décide qui entre et qui sort. » Sauf que ce signal, il pourrait se retourner contre Washington. Parce que Bombardier, c’est aussi des emplois. Des milliers. Et des retombées économiques qui dépassent largement le seul secteur aéronautique.

Ottawa joue les durs, mais Ă  quel prix ?

Les surtaxes, Ottawa les a annoncées sans sourciller. « Nous devons protéger nos industries », a déclaré le ministre du Commerce, François-Philippe Champagne. Une réponse classique. Une réponse qui rappelle que le Canada, même allié des États-Unis, n’est pas un vassal. Mais derrière les mots, il y a une réalité moins glorieuse.

Parce que ces surtaxes, elles touchent aussi les Canadiens. Les voitures américaines, plus chères. Les machines-outils, plus chères. Même le soja du Midwest, plus cher. Et tout ça alors que l’économie canadienne est déjà fragilisée par la pandémie et la hausse des taux d’intérêt.

Alors oui, Ottawa joue les durs. Mais à quel prix ? Le Canada est-il prêt à payer pour ses principes ? Et surtout, est-ce que Trump va vraiment lâcher Bombardier ?

Parce qu’une chose est sûre : si les États-Unis bloquent les ventes du CSeries, ce ne sont pas que les actionnaires de Bombardier qui vont souffrir. Ce sont des milliers d’emplois, des usines entières, et une industrie qui pourrait s’effondrer du jour au lendemain.

La vraie bataille : l’avenir de l’aviation mondiale

Derrière Bombardier et ses avions, il y a une guerre bien plus large. Une guerre pour le contrôle de l’aviation mondiale. Les États-Unis dominent depuis des décennies. Boeing, Airbus, Embraer… Tout le monde joue selon leurs règles. Sauf Bombardier.

Et puis il y a la Chine. Qui, elle aussi, veut sa part du gâteau. Le Comac C919, son avion concurrent, commence à faire des émules. Et si les États-Unis laissent Bombardier couler, c’est aussi un message envoyé à Pékin : « Ici, on ne négocie pas. »

Mais attention. Parce que si Trump bloque Bombardier, il risque de perdre bien plus qu’il ne gagne. Les alliés des États-Unis pourraient commencer à douter. Si Washington peut décider de bloquer un partenaire comme le Canada, alors pourquoi ne le ferait-il pas avec l’Europe ? Avec le Japon ?

Et puis il y a l’Europe. Qui regarde, qui attend. Parce que si Bombardier tombe, c’est aussi Airbus qui pourrait être la prochaine cible. Et là, les choses deviendraient vraiment sérieuses.

Ce que Trump ne dit pas

Trump parle de « tuer l’aviation américaine ». Mais ce qu’il ne dit pas, c’est que Bombardier n’est pas le vrai problème. Le vrai problème, c’est que les États-Unis perdent du terrain. Que Boeing accumule les retards et les scandales. Que l’Airbus A320neo, lui, cartonne. Et que la Chine, elle, avance à pas de géant.

Alors oui, bloquer Bombardier, ça fait fort. Ça fait « président qui protège son pays ». Mais ça ne résout rien. Ça ne relance pas Boeing. Ça ne fait pas revenir les clients. Ça ne stoppe pas la montée en puissance de la Chine.

Et puis il y a une autre question, plus gênante. Et si Trump avait raison ? Et si Bombardier, avec ses prix agressifs et ses coûts de production moindres, finissait par éclipser Boeing sur son propre marché ?

Parce que c’est ça, le vrai risque. Pas une guerre commerciale de plus. Mais une perte d’influence. Une perte de contrôle. Et Trump, lui, ne supporte pas ça.

Le Canada peut-il gagner cette partie ?

Ottawa a frappé fort. Les surtaxes, c’est un coup de poker. Mais un coup de poker qui peut se retourner contre eux. Parce que les États-Unis ont des cartes bien plus lourdes à jouer.

D’abord, il y a l’accès au marché américain. Sans lui, Bombardier est mort. Ensuite, il y a la dépendance technologique. Les moteurs du CSeries ? En partie américains. Les systèmes électroniques ? Souvent américains aussi. Et puis il y a la monnaie. Le dollar canadien, même fort, ne peut pas rivaliser avec le dollar américain sur le long terme.

Alors oui, Ottawa peut crier « On ne se laisse pas faire ». Mais dans les faits, le Canada n’a pas vraiment le choix. Soit il plie, soit il perd. Et Trump, lui, sait très bien qu’Ottawa ne peut pas tenir indéfiniment.

La fin d’une époque ?

Ce qui se joue aujourd’hui entre Trump et Bombardier, c’est bien plus qu’une dispute commerciale. C’est la fin d’une époque. Celle où les États-Unis dictaient les règles du commerce mondial sans contestation. Celle où les alliés pouvaient compter sur Washington pour les protéger.

Mais les temps changent. La Chine avance. L’Europe se renforce. Et le Canada, lui, essaie de trouver sa place. Entre deux géants, sans vraiment savoir de quel côté pencher.

Alors oui, Trump peut menacer. Ottawa peut riposter. Mais au final, ce sont les citoyens qui paieront la note. Des emplois en moins. Des produits plus chers. Et une industrie aéronautique qui pourrait s’effondrer sous les coups de boutoir d’une guerre qui n’a plus vraiment de sens.

Parce que la vraie question, celle que personne ne pose, c’est celle-ci : est-ce que tout ça en vaut vraiment la peine ?

R
R Galaxie Rédaction

ARTICLES SIMILAIRES

Politique De ConfidentialitéMentions LégalesConditions Générales De VenteConditions Générales D'utilisationPolitique De CookiesTous Droits RéservésR Galaxie
Trump menace Bombardier, Ottawa répond par des surtaxes : la guerre économique s’installe | R Galaxie