L’avion qui dérange trop pour Trump
Bombardier a un problème. Pas celui qu’on croit. Pas les retards sur le CSeries, ni les coûts qui grimpent. Non, son vrai problème, c’est Donald Trump. Et cette fois, le président américain ne joue plus. Il menace directement les ventes de ses avions aux États-Unis, alors que le Canada, via Ottawa, vient d’imposer des surtaxes sur les produits américains, dont les Boeing et les produits agricoles. Une escalade qui sent le coup bas calculé.
Pourquoi Bombardier ? Parce que le CSeries, ce petit avion long-courrier, bouscule l’empire Boeing. Pas assez pour le faire tomber, mais assez pour énerver. Assez pour que Trump, toujours en mode America First, sorte les gros canons. Et cette fois, c’est personnel.
Le 7 septembre, alors que les nouvelles tarifs douaniers canadiens entrent en vigueur, Trump balance une menace en pleine conférence de presse : « Si le Canada ne baisse pas ses tarifs, nous allons imposer des droits de 200% sur les avions Bombardier vendus aux États-Unis. » Simple, brutal. Pas de négociation, pas de demi-mesure. Juste un ultimatum.
Le Canada répond par des surtaxes, Trump contre avec des bombes économiques.
C’est une guerre commerciale déguisée en dispute aéronautique. Le CSeries, ce bijou d’ingénierie québécoise, devient l’otage d’un conflit bien plus large. Bombardier, lui, se retrouve coincé entre deux feux : d’un côté, un président américain qui voit rouge, de l’autre, un gouvernement canadien qui refuse de plier.
Et le pire ? Personne ne sait vraiment qui va gagner.
Le CSeries, ce petit avion qui fait trop de bruit
Le CSeries, c’est l’histoire d’un pari fou. Bombardier a misé gros sur ce projet : 12 milliards de dollars, des usines à Montréal et Mirabel, des milliers d’emplois. L’objectif ? Conquérir le marché des avions de 100 à 150 sièges, là où Boeing et Airbus dominent sans partage.
Sauf que Boeing ne l’a pas pris en reste. Dès 2017, l’avionneur américain obtient une subvention de 15 milliards de dollars pour développer son 737 MAX. Trump, alors candidat, avait promis de bloquer les aides étrangères. Il a menti. Ou plutôt, il a changé d’avis quand il a vu que Boeing était en train de couler.
Boeing a eu son chèque, Bombardier se retrouve seul face au loup.
Résultat : les ventes du CSeries stagnent. Les commandes se font rares, les coûts explosent. Et maintenant, Trump menace de tout faire sauter. « Si Bombardier ne réduit pas ses prix, nous allons imposer des droits de 200%, a-t-il prévenu. Personne ne veut ça. »
Personne, vraiment ? Les clients américains, peut-être. Les actionnaires de Bombardier, non. Les travailleurs québécois, encore moins.
Le Canada joue les durs, mais à quel prix ?
Ottawa a sorti l’artillerie lourde. Dès le 7 septembre, des surtaxes de 25% frappent les produits américains, des motos Harley-Davidson aux whisky bourbon en passant par les avions Boeing. Une réponse directe aux tarifs douaniers imposés par Trump sur l’acier et l’aluminium canadien.
Sauf que cette fois, Trump ne lâche rien. Il contre-attaque en visant Bombardier, un symbole. Parce que l’avionneur canadien, c’est l’exception qui dérange : une entreprise qui réussit sans aide massive de l’État, qui vend des avions compétitifs, et qui pique des parts de marché à Boeing.
Trump ne supporte pas ça.
« On a donné des milliards à Boeing, et maintenant on veut faire la même chose avec Bombardier ? Non. » La logique est simple : si Bombardier prospère, c’est parce que le Canada a triché. Même si, en réalité, Bombardier a investi des milliards de ses propres fonds.
Le problème, c’est que cette guerre a un goût amer. Les États-Unis sont le premier marché de Bombardier. Bloquer les ventes là-bas, c’est signer un arrêt de mort. Et Ottawa, en ripostant, s’enfonce dans une logique de l’escalade sans issue.
Les perdants ? Les travailleurs, comme toujours
Derrière les chiffres et les menaces, il y a des vies. À Mirabel, à Montréal, à Toronto, des milliers d’emplois sont en jeu. Le CSeries, c’est 15 000 postes directs et indirects au Canada. Si Trump passe à l’acte, ce sont des usines qui ferment, des licenciements, des villes qui saignent.
Bombardier a déjà réduit ses effectifs. Les retards sur le CSeries ont coûté cher. Une nouvelle crise, et c’est la faillite assurée.
Le Canada a le choix : plier ou se battre. Mais dans les deux cas, ce sont les travailleurs qui paieront.
Et pendant ce temps, Trump, lui, regarde ailleurs. Il a déjà gagné. Parce que peu importe l’issue, il aura montré qu’aucune entreprise étrangère ne peut défier l’Amérique sans en payer le prix.
Le vrai jeu : qui contrôle l’aviation mondiale ?
Boeing et Airbus se partagent le monde. Les deux géants, protégés par leurs États respectifs, dictent les règles. Bombardier, lui, est un outsider. Un perturbateur.
Trump ne supporte pas les perturbateurs. Il les écrase.
Le CSeries, c’est plus qu’un avion. C’est un symbole. Celui d’une entreprise qui a osé rivaliser avec les titans. Celui d’un pays, le Canada, qui refuse de se soumettre.
Mais dans cette guerre, Bombardier n’a aucune chance.
Trump a les cartes en main. Il peut écraser l’avionneur canadien en un claquement de doigts. Et personne, à Washington, ne bougera pour l’arrêter.
Le Canada peut crier à la vengeance, imposer des tarifs, menacer de représailles. Ça ne changera rien. Parce que quand Trump décide de frapper, il frappe fort.
Et cette fois, Bombardier est dans la ligne de mire.
La dernière question, la seule qui compte : jusqu’où irait Trump pour faire tomber Bombardier ?
La réponse, on la connaît déjà. Assez loin.