47 millions de dollars plus tard, Trois-Rivières a un problème de communication
Le Pôle robotique +, c’est officiel depuis l’automne dernier. 47 millions, financés à parts presque égales par Québec, Ottawa et le privé. Le Cégep de Trois-Rivières y met ses labos, ses profs, et une promesse : former 500 étudiants par an en automatisation, IA, robotique industrielle. Sur le papier, c’est beau. Dans les faits, c’est plus compliqué.
Pourquoi 47 millions ? Parce que c’est le chiffre que tout le monde répète, comme un mantra. Pourtant, personne ne vous explique vraiment ce que ça va changer pour les 130 000 habitants de la ville. Est-ce que ça va créer des emplois ? Oui, mais pas ceux qu’on croit. Est-ce que ça va sauver l’économie locale ? Peut-être, mais pas tout de suite. Et surtout, est-ce que les gens d’ici vont en profiter ? Là, c’est moins sûr.
Le problème, c’est que Trois-Rivières a déjà vécu ça. Dans les années 80, on leur a vendu la diversification industrielle comme la solution miracle. Résultat ? Des usines qui ferment, des emplois qui partent, et une ville qui se retrouve avec des bâtiments vides et des dettes. Alors quand on leur parle de robotique aujourd’hui, certains haussent les épaules. Ils ont entendu ce discours avant.
Les anciens de la papeterie ne croient pas aux promesses des robots
Jean-Marc, 58 ans, a passé 30 ans chez Kruger. Il vous le dit cash : « Moi, les robots, je les vois dans les films. Pas dans mon portefeuille. » Il n’est pas le seul. Dans les bars du centre-ville, on entend souvent la même chose. Les ouvriers de la papeterie, ceux qui ont vu leur usine fermer ou réduire la voilure, ne voient pas comment un bras articulé va leur donner un salaire.
Le Pôle robotique + mise sur la formation. Logique. Mais former qui ? Les jeunes, bien sûr. Ceux qui sortent du cégep, qui ont déjà un pied dans le numérique. Pas Jean-Marc. Pas les gars de 50 ans qui ont passé leur vie à faire tourner des machines à papier. Pour eux, c’est trop tard. Ou alors, il faudrait un vrai plan de reconversion. Pas juste des discours sur l’innovation.
Et puis, il y a un autre problème. Les emplois en robotique, c’est bien, mais c’est souvent des contrats précaires. Des start-ups qui lèvent des fonds, qui embauchent à tour de bras pendant deux ans, puis qui licencient quand l’argent vient à manquer. Trois-Rivières a déjà connu ça avec les techno-parcs des années 2000. Des promesses, des emplois, et puis plus rien.
Le Cégep de Trois-Rivières joue gros, mais est-ce que ça va suffire ?
Le cégep est au cœur du projet. Sans lui, pas de Pôle robotique +. Ils ont investi dans des labos, recruté des profs, et mis en place des programmes accélérés. L’idée ? Former une main-d’œuvre qualifiée pour attirer les entreprises. Sauf que ça prend du temps. Beaucoup de temps.
Prenez l’exemple de Kinova, une boîte de robotique basée à Boisbriand. Ils ont mis dix ans à devenir rentables. Dix ans. Et ils sont encore loin d’embaucher à grande échelle. Alors imaginez une ville comme Trois-Rivières, où le tissu industriel est fragile. Est-ce que les entreprises vont vraiment venir s’installer ici ? Ou est-ce qu’elles vont préférer Montréal, où il y a déjà des talents, des infrastructures, et un écosystème solide ?
Le cégep mise sur l’attractivité. Ils parlent de « hub technologique », de « synergies », de « partenariats ». Mais derrière les mots, il y a une réalité : Trois-Rivières part de loin. Très loin. Et si les entreprises ne suivent pas, tout ça risque de rester un beau projet sur papier. Comme avant.
Les entreprises locales regardent, mais n’investissent pas
Il y a des boîtes à Trois-Rivières qui pourraient profiter de ce pôle. Des PME qui font de l’automatisation, de la maintenance industrielle, des logiciels. Mais elles ne sautent pas sur l’occasion. Pourquoi ? Parce qu’elles n’ont pas les moyens.
Prenez Mecfor, une entreprise spécialisée dans les équipements pour l’industrie papetière. Ils pourraient se diversifier, se mettre à la robotique. Mais ça coûte cher. Très cher. Et puis, ils ont déjà leurs clients, leurs habitudes. Pourquoi prendre le risque ?
Même chose pour les start-ups. Il y en a quelques-unes qui émergent, comme Robotiq, qui fabrique des pinces robotisées. Mais elles sont petites, fragiles. Et elles ont besoin de fonds pour grandir. Pas juste de promesses.
Le Pôle robotique + pourrait être un accélérateur. Mais pour l’instant, c’est surtout un pari. Un pari risqué, parce que si les entreprises ne suivent pas, tout ça va retomber comme un soufflé.
Ce que personne ne vous dit : la robotique, c’est pas magique
On vous vend la robotique comme la solution à tous les problèmes. Moins de pénurie de main-d’œuvre, plus de productivité, des emplois mieux payés. Sauf que c’est pas si simple.
D’abord, les robots, ça coûte cher. Très cher. Une entreprise qui veut automatiser doit investir des centaines de milliers de dollars. Et encore, ça ne suffit pas. Il faut aussi former les employés, adapter les processus, gérer les pannes. Parce que oui, les robots, ça tombe en panne. Et quand ça arrive, il faut des gens pour les réparer. Des gens qualifiés. Des gens qui coûtent cher.
Ensuite, il y a le problème de la dépendance. Plus une entreprise automatise, plus elle dépend de ses fournisseurs. Si un robot tombe en panne et que la pièce de rechange met trois mois à arriver, c’est toute la production qui s’arrête. Et ça, personne ne vous le dit.
Enfin, il y a la question des emplois. Oui, la robotique crée des emplois. Mais pas les mêmes. Avant, il fallait des ouvriers pour faire tourner les machines. Maintenant, il faut des ingénieurs pour les programmer. Des techniciens pour les réparer. Des commerciaux pour les vendre. Mais les ouvriers, eux, ils restent sur le carreau.
Trois-Rivières a-t-elle vraiment le choix ?
La ville n’a pas le choix. C’est ça, la vérité. Le papier, c’est fini. Les usines ferment, les emplois partent. Alors oui, la robotique, c’est un pari. Un pari risqué. Mais c’est le seul qu’il reste.
Est-ce que ça va marcher ? Personne ne le sait. Mais une chose est sûre : si Trois-Rivières ne tente rien, elle va continuer à décliner. Et ça, c’est pas une option.
Le Pôle robotique +, c’est une chance. Une petite chance. Mais c’est tout ce qu’ils ont. Alors ils y vont. Même si c’est pas parfait. Même si ça prend du temps. Parce que dans une ville comme Trois-Rivières, on n’a pas le luxe d’attendre que les solutions tombent du ciel.
Et puis, il y a un espoir. Celui de voir émerger une nouvelle génération d’entrepreneurs. Des jeunes qui vont créer des boîtes, innover, exporter. Des jeunes qui vont peut-être sauver la ville. Mais pour ça, il faut que le Pôle robotique + tienne ses promesses. Et ça, c’est pas gagné.
La vraie question : qui va payer l’addition ?
47 millions, c’est beaucoup d’argent. Surtout pour une ville comme Trois-Rivières, où les finances publiques sont serrées. Alors la question se pose : qui va payer ?
Les contribuables, bien sûr. Mais aussi les entreprises qui vont profiter du pôle. Sauf qu’elles ne sont pas pressées de mettre la main à la poche. Elles attendent de voir. Elles veulent des garanties. Des résultats.
Et puis, il y a les anciens. Ceux qui ont travaillé dans les usines, qui ont vu leur ville décliner. Eux, ils ne croient plus aux promesses. Ils veulent des actes. Des emplois. Des salaires. Pas des discours.
Alors oui, le Pôle robotique +, c’est une bonne idée. Mais si ça ne crée pas d’emplois, si ça ne redynamise pas l’économie locale, si ça ne profite qu’à une poignée d’entreprises, alors ce sera un échec. Un échec coûteux.
Et Trois-Rivières n’a pas les moyens de se payer un échec de plus.