TotalEnergies verse 1 000 euros et évite la grève, pour l’instant
Le mail est parti mercredi 2 octobre. Objet : « Prime exceptionnelle 2024 ». Pas de fanfare, pas de discours sur l’engagement. Juste un virement de 1 000 euros brut, net d’impôts, qui atterrit sur les comptes des 12 000 salariés français de TotalEnergies. Le timing ? À trois jours de l’appel à la grève du 8 octobre lancé par la CGT.
Pourquoi cette prime tombe comme un cheque en plein milieu d’un bras de fer social ? Parce que TotalEnergies sait une chose : la CGT ne parle pas pour tout le monde. Et que les autres syndicats, eux, pourraient bien bouder l’idée de bloquer les raffineries.
La prime qui divise plus qu’elle ne rassemble
La CGT, bien sûr, a hurlé à la « manipulation ». « Une prime de misère pour acheter la paix sociale », tonne son secrétaire général, Philippe Martinez, dans un communiqué. Il a raison sur un point : 1 000 euros, c’est symbolique. Surtout quand on compare avec les 2 000 euros nets versés par Engie en 2023 à ses cadres, ou les 3 000 euros bruts distribués par Total en 2022 après la crise énergétique. Mais la vraie question, c’est pourquoi la CGT assume seule le risque de la grève ?
Car voyez-vous, les autres syndicats, FO, CFDT, même Solidaires, ont laissé filer l’appel. Pourquoi ? Parce qu’ils savent que leurs adhérents, eux, ne vont pas se serrer la ceinture pour TotalEnergies. Pas après les 15 % de profits supplémentaires enregistrés par le groupe au premier semestre 2024, selon les chiffres publiés par la direction. 15 %. Alors que les prix de l’essence baissent.
La prime, donc, c’est un coup de poker. TotalEnergies mise sur le fait que la majorité des salariés ne veulent pas grèves. Surtout pas pour un secteur qui, malgré les discours écologistes, reste le premier contributeur aux recettes fiscales françaises (12 milliards d’euros en 2023, selon Bercy). Les Français consomment toujours du pétrole. Et les raffineries tournent à plein régime.
Derrière la prime, la vraie guerre : l’avenir du groupe
Mais parlons peu, parlons business. Cette prime, c’est aussi un signal. Un signal adressé aux marchés, aux actionnaires, et surtout, aux jeunes recrues. « On vous donne un peu d’argent, mais on ne lâche rien sur nos marges », semble dire Patrick Pouyanné, le PDG, en serrant les dents.
Car le vrai combat de TotalEnergies, ce n’est pas la CGT. C’est la transition énergétique. Et là , les choses se corsent. Le groupe mise tout sur le gaz et les énergies « bas carbone » pour rester compétitif. Problème : les subventions européennes pour les renouvelables sont en hausse, et les projets comme le terminal GNL de Dunkerque (1,5 milliard d’euros d’investissement) commencent à sentir le vent tourner.
La prime de 1 000 euros, c’est une façon de dire : « On vous achète votre silence le temps de tenir le cap. » Mais les salariés, eux, commencent à se poser des questions. Pourquoi investir dans des raffineries alors que l’État pousse à l’électrique ? Pourquoi embaucher des ingénieurs en énergies vertes si on ne leur donne pas les moyens ?
Ce que la CGT ne vous dira pas
La CGT, bien sûr, joue les martyrs. « TotalEnergies veut nous diviser », répète-t-elle en boucle. Mais c’est elle qui divise. En appelant à la grève sans avoir les moyens de la faire tenir. Sans soutien des autres syndicats. Sans même une vraie mobilisation sur le terrain.
La réalité ? Les dépôts de grève restent faibles. Les raffineries de Gonfreville-l’Orcher (Seine-Maritime) ou de Feyzin (Rhône) ne seront pas paralysées. Parce que les salariés savent que TotalEnergies n’a pas besoin d’eux pour fonctionner.
Et puis, il y a cette petite phrase dans le mail de la prime : « Cette prime est exceptionnelle et ne saurait préjuger de notre politique salariale future. » Traduction : « On vous donne ça aujourd’hui, mais demain, on fera comme avant. »
Le vrai risque ? Que personne ne bouge
Le plus ironique dans cette histoire, c’est que la grève pourrait bien ne jamais avoir lieu. Pas parce que TotalEnergies a gagné. Mais parce que les salariés, eux, ont déjà perdu.
Perdu l’envie de se battre pour un groupe qui les traite comme des variables d’ajustement. Perdu la foi dans un secteur qui promet la transition énergétique tout en continuant de pomper des milliards dans le pétrole. Et surtout, perdu le sentiment que leur travail a un sens.
La prime de 1 000 euros ? Un pansement sur une jambe de bois. Le vrai problème, c’est que personne ne veut plus jouer le jeu de TotalEnergies. Ni les syndicats, ni les salariés, ni même les actionnaires, qui commencent à s’interroger sur la rentabilité d’un modèle qui mise sur deux tableaux sans en finir avec aucun.
Ce que ça signifie pour vous
Si vous êtes salarié de TotalEnergies, voici l’équation :
- Vous grévistez → Vous risquez de perdre votre prime… et peut-être votre place, si les cadences accélèrent.
- Vous ne grévistez pas → Vous touchez vos 1 000 euros, mais vous restez dans un groupe qui vous prend pour des figurants.
La vraie question, c’est : est-ce que ça vaut le coup ?
Et si la réponse est non, alors la grève du 8 octobre ne sera qu’un feu de paille. Le vrai mouvement, il viendra plus tard. Quand les usines fermeront. Quand les embauches s’arrêteront. Quand TotalEnergies aura trop tardé à choisir son camp.
Pour l’instant, le groupe respire. Mais la dette sociale, elle, commence à s’accumuler.