Le Togo dépense 10 millions par an contre le cancer du sein, les patientes meurent à 45 ans

À Lomé, 120 médecins africains planchent sur des solutions. Mais les chiffres restent une insulte : 3 000 femmes diagnostiquées chaque année, 50 % de mortalité. Pourquoi personne ne force le rythme ?

Publié le 18 octobre 2026 à 14:12
Le Togo dépense 10 millions par an contre le cancer du sein, les patientes meurent à 45 ans

Les promesses du sommet, les réalités du terrain

Le Togo a un plan. Un budget. Même des hôpitaux équipés, en théorie. Le Centre Hospitalier National de Lomé (CHN) dispose d’un service d’oncologie, et le gouvernement annonce dépenser 10 millions d’euros par an dans la lutte contre le cancer. Sur le papier, ça fait sérieux. Mais quand vous creusez, vous tombez sur des trous. Le CHN manque de radiothérapie. Pas un, pas deux appareils, mais aucun. Résultat : les patientes en phase avancée sont envoyées en Afrique du Sud ou en France. À 1 500 euros le voyage, sans compter les examens. Beaucoup n’ont pas les moyens. D’autres attendent des mois pour une place. Pendant ce temps, la tumeur grandit.

Et puis il y a l’accès aux soins. Une femme sur deux découvre son cancer trop tard. Pourquoi ? Parce que les campagnes de dépistage ? Presque inexistantes. Parce que les médecins généralistes ? Mal formés. Parce que les patientes ? Pauvres, analphabètes, ou les deux. Une étude de l’OMS publiée en 2022 le confirme : 70 % des cas de cancer du sein en Afrique de l’Ouest sont détectés à un stade avancé. Au Togo, c’est pire. Personne ne veut le dire clairement, mais les chiffres du ministère de la Santé le suggèrent : le taux de survie à 5 ans est inférieur à 30 %.

Pourtant, on discute. À Lomé, les experts parlent de « partenariats internationaux », de « renforcement des capacités locales », de « sensibilisation ». Très bien. Mais quand est-ce qu’on passe aux actes ? Quand est-ce qu’on arrête de faire semblant ?

Ce que les médecins ne disent pas aux patients

Dans les couloirs du CHN, les infirmières le murmurent entre deux consultations : « Ici, on soigne, mais on ne guérit pas. » Officiellement, le gouvernement togolais mise sur la prévention. Affiches dans les marchés, sessions d’information dans les écoles. Problème : personne ne lit les affiches, et les écoles manquent de moyens pour former les élèves.

Officieusement, les médecins savent une chose simple : le dépistage précoce sauve des vies. Un mammogramme coûte 20 euros. Un traitement de chimiothérapie ? Entre 1 000 et 3 000 euros par cycle. Le Togo dépense 10 millions par an contre le cancer. Ça fait 3 300 euros par femme diagnostiquée. Assez pour un dépistage massif ? Non. Assez pour sauver des vies ? Non plus.

Et puis il y a l’abcès de fixation : la méconnaissance. Beaucoup de Togolaises croient encore que le cancer du sein est une malédiction. D’autres attendent des signes « évidents » avant de consulter. Résultat : 30 % des patientes arrivent à l’hôpital avec des métastases. À ce stade, même les meilleurs oncologues du CHN lèvent les bras.

Pourtant, il y a des solutions. Le Kenya a réduit sa mortalité de 40 % en 10 ans grâce à des cliniques mobiles de dépistage. Le Rwanda forme des médecins généralistes à la détection précoce. Le Togo ? On attend.

Les partenaires qui ferment les yeux

Les ONG sont là. Les bailleurs de fonds aussi. La France, via l’Agence Française de Développement (AFD), finance des projets de santé au Togo. L’Union Européenne aussi, avec des millions d’euros pour la lutte contre le cancer. Mais où est l’argent ?

Sur le terrain, les associations locales se battent avec des moyens dérisoires. L’Association Togolaise de Lutte contre le Cancer (ATLC) dépend presque entièrement des dons. Résultat : seulement 10 % des femmes dépistées chaque année. Le reste ? Oubliées.

Et les grands groupes pharmaceutiques ? Silence radio. Pfizer, Roche, AstraZeneca… Ils vendent des traitements à prix d’or en Occident. Au Togo ? Ils ne s’engagent pas. Pourquoi ? Parce que le marché est trop petit ? Parce que les profits sont maigres ? Peut-être. Mais quand une femme meurt parce qu’elle n’a pas pu payer sa chimiothérapie, est-ce vraiment un problème de « rentabilité » ?

Le MedLeaders Summit a un objectif : « Accélérer l’accès aux soins ». Très bien. Mais accélérer vers quoi ? Vers des discussions interminables ? Vers des rapports qui traînent dans les tiroirs ? Ou vers des actes concrets ?

Le vrai problème n’est pas médical, il est politique

Le cancer du sein au Togo, c’est un miroir. Il reflète ce que le pays refuse de voir : un système de santé à genoux. Pas par manque de volonté, mais par manque de courage.

  • Les hĂ´pitaux publics ? Sous-financĂ©s, surchargĂ©s, corrompus. Les mĂ©dicaments arrivent en retard. Le matĂ©riel tombe en panne. Les mĂ©decins partent Ă  l’étranger.
  • Le gouvernement ? Il communique, mais il ne redistribue pas. Les fonds europĂ©ens et français servent souvent Ă  autre chose. Les contrats sont opaques. Les responsables ? Intouchables.
  • La sociĂ©tĂ© ? Elle a peur. Peur de parler du cancer. Peur de dĂ©penser pour un dĂ©pistage. Peur de mourir seule.

Pourtant, il y a une lueur. À Lomé, quelques cliniques privées commencent à proposer des forfaits dépistage à 50 euros. Une infirmière, Awa Koné, a lancé un programme de télémédecine pour les zones rurales. Mais c’est trop peu. Trop lent.

Le MedLeaders Summit se termine dimanche. Les participants repartiront avec des bonnes intentions. Des recommandations. Des photos pour leurs réseaux. Mais aucune urgence.

Pourtant, l’urgence, elle est là.

Ce qu’il faudrait faire, tout de suite

  1. Arrêter les discours. Plus de communiqués, plus de conférences. Agir.

    • DĂ©pister massivement. Avec des cliniques mobiles, pas des affiches.
    • Former les gĂ©nĂ©ralistes. Pas en deux jours. En six mois. Avec des modules obligatoires sur le cancer du sein.
  2. Forcer les mains des laboratoires. Obliger Pfizer, Roche et les autres à baisser les prix pour l’Afrique. Pas des dons. Des prix accessibles.

  3. Casser les filières de corruption. Les médicaments contre le cancer disparaissent dans les stocks. Pourquoi ? Parce que des intermédiaires les détournent. Il faut des audits publics. Des sanctions. Des prisonniers.

  4. Impliquer les hommes. Oui, les hommes. Parce que c’est eux qui décident souvent des dépenses de santé. Parce que c’est eux qui doivent exiger des soins. Des campagnes ciblées. Pas des slogans, des faits.

  5. Arrêter de mentir aux patientes. Dire clairement : « Si vous attendez trop, vous mourrez. » Pas de faux espoirs. La vérité.

Le Togo a les moyens. Pas assez pour guérir tout le monde. Mais assez pour en sauver la moitié. Il suffit de vouloir.

Sauf que vouloir, au Togo, ça coûte cher. Et personne ne semble prêt à payer le prix.

R
R Galaxie Rédaction

ARTICLES SIMILAIRES

Politique De ConfidentialitéMentions LégalesConditions Générales De VenteConditions Générales D'utilisationPolitique De CookiesTous Droits RéservésR Galaxie
Le Togo dépense 10 millions par an contre le cancer du sein, les patientes meurent à 45 ans | R Galaxie