L'Angola cache une explosion de cancers du sein
En 2023, l’Institut angolais de lutte contre le cancer (IACC) enregistrait 444 nouveaux cas de cancer du sein. Deux ans plus tard, en 2025, le chiffre a grimpé à 548. Soit 104 cas en plus, une hausse de 23 %. Un détail ? Personne ne sait vraiment pourquoi. Ni les autorités, ni les associations locales, ni même les médecins les plus expérimentés. Juste un constat : les femmes angolaises meurent plus, et plus jeunes, sans que quiconque ne semble s’en soucier.
Pourtant, ce n’est pas une fatalité.
Les chiffres ne mentent pas, mais ils ne disent pas tout
548 cas en 2025. Le chiffre est là , publié par l’IACC, mais il ne raconte pas tout. D’abord, parce qu’il ne couvre qu’une partie du pays. Luanda, la capitale, concentre la majorité des diagnostics, mais les provinces ? On n’en parle presque jamais. Ensuite, parce que ces chiffres ne comptent que les cas déclarés. Combien de femmes meurent chez elles, sans jamais passer entre les mains d’un médecin ? Personne ne le sait.
Et puis il y a le délai.
À l’hôpital General de Luanda, l’un des plus grands du pays, les files d’attente pour une mammographie peuvent dépasser deux mois. Deux mois. Le temps que le cancer progresse, métastase, et devienne incurable. Les machines tombent en panne. Les radiologues manquent. Les médicaments ? Ils arrivent en quantité insuffisante, et quand ils arrivent, ils sont souvent périmés.
L’Angola dépense 3 % de son PIB en santé. Pour comparaison, le Brésil en consacre 9 %. La France, 11 %. Dans ce pays où le PIB par habitant est l’un des plus bas d’Afrique, le cancer du sein n’est pas une priorité. Pourtant, il tue.
Le vrai problème : personne ne veut en parler
En 2022, une étude de l’OMS révélait que moins de 30 % des femmes angolaises avaient déjà entendu parler d’un dépistage du cancer du sein. Trente pour cent. Dans un pays où l’espérance de vie est de 63 ans, où les grossesses précoces et les infections sexuellement transmissibles sont endémiques, l’information ne circule pas.
Pourquoi ?
- Parce que les campagnes de prévention sont rares. Les affiches dans les hôpitaux sont jaunies, les radios publiques en parlent une fois par an, souvent en octobre, mois de la sensibilisation mondiale. Après ? Silence.
- Parce que les tabous sont solides. Le cancer du sein, en Angola comme ailleurs, reste un sujet honteux. Les femmes évitent d’en parler, les hommes encore plus. Résultat : quand les symptômes apparaissent, il est trop tard.
- Parce que le système de santé est brisé. À l’hôpital São Geraldo de Luanda, les chimiothérapies sont administrées dans des salles sans ventilation, avec des aiguilles réutilisées. Les infirmières font des doubles, voire des triples shifts. Les médecins, épuisés, prescrivent des traitements obsolètes parce qu’ils n’ont pas le choix.
Et puis il y a la corruption.
En 2024, un rapport confidentiel de la Banque mondiale (fuité à Jeune Afrique) révélait que 15 % des fonds alloués à la santé en Angola disparaissaient dans des détournements. Combien de ces millions auraient pu sauver des vies ? Personne ne le saura jamais.
Ce que les ONG refusent de voir
Des associations comme Mulheres Angolanas para a Saúde (MASA) existent. Elles font du dépistage gratuit, organisent des ateliers. Mais leur impact reste marginal. Pourquoi ? Parce qu’elles manquent de moyens. Parce que le gouvernement angolais ne les soutient pas assez. Parce que les dons internationaux se raréfient.
Et puis il y a le business.
En 2023, une clinique privée de Luanda, Mediclinic International, a ouvert un service d’oncologie dernier cri. 500 euros la consultation. Une fortune pour un pays où le salaire moyen est de 120 euros par mois. Les riches se soignent. Les autres ? Ils attendent.
La réalité, c’est que l’Angola a choisi. Choisi de laisser mourir ses femmes. Choisie de ne pas investir. Choisie de regarder ailleurs.
Pourquoi personne ne bronche ?
Parce que le cancer du sein, en Angola, n’est pas un scandale. C’est une fatalité. Une fatalité qui tue sans faire de bruit.
- Les médias locaux en parlent une fois par an, le temps d’une campagne éphémère.
- Les diplomates étrangers ferment les yeux. Parce que parler, c’est reconnaître l’échec.
- Les politiques préfèrent investir dans les infrastructures pétrolières. Parce que le pétrole rapporte, et que les femmes, elles, ne rapportent rien.
Le pire ? Personne ne s’en offusque vraiment.
Ce qu’il faudrait faire, mais qu’on ne fera pas
Si l’Angola voulait vraiment résoudre ce problème, voici ce qu’il faudrait faire :
- Multiplier les centres de dépistage dans les provinces, pas seulement à Luanda. Avec des machines fonctionnelles. Des médecins formés. Des médicaments à jour.
- Lancer une campagne nationale d’information, pas seulement en octobre. Dans les écoles, les églises, les marchés. Parler du cancer du sein comme on parle du VIH, sans tabou.
- Arrêter les détournements. Auditer chaque sou dépensé en santé. Publier les résultats. Sanctionner les responsables.
- Former les sages-femmes à repérer les premiers signes du cancer. Parce que dans beaucoup de villages, elles sont les seules à voir les femmes régulièrement.
- Exiger des comptes aux cliniques privées. Comment justifier 500 euros pour une consultation dans un pays où le SMIC est de 120 euros ?
Mais personne ne le fera.
Parce que l’Angola a d’autres priorités. Parce que les femmes angolaises ne comptent pas assez. Parce que laisser mourir, ça coûte moins cher que soigner.
La dernière question : et après ?
Les chiffres continueront à monter. Les femmes continueront à mourir. Et personne ne soulèvera vraiment le problème.
Sauf vous. Maintenant que vous savez.
Alors la prochaine fois que vous entendrez parler de l’Angola, souvenez-vous : derrière les chiffres du pétrole et des infrastructures, il y a des femmes qui meurent en silence. Et personne ne fait rien pour les sauver.