Lecornu promet un temps de démocratie lycéenne, les syndicats éclatent de rire

Trois jours pour « banaliser les emplois du temps » et organiser un « temps de démocratie interne » dans les lycées. Une annonce de Sébastien Lecornu qui sent le coup de communication. Les syndicats, eux, parlent de « cirque » et de « déni de réalité ». Pourquoi cette mesure tombe à plat, et ce qu’elle révèle des tensions dans l’Éducation nationale.

Publié le 7 octobre 2026 à 10:01
Lecornu promet un temps de démocratie lycéenne, les syndicats éclatent de rire

Trois jours pour sauver la face ?

Le gouvernement a sorti son joker. Trois jours. C’est tout ce qu’il faut à Sébastien Lecornu pour transformer l’agitation sociale dans les lycées en une « démocratie interne » improvisée. Une opération de communication qui sent le coup de poker désespéré. Les syndicats, eux, ont réagi comme on s’y attendait : en riant jaune. « Un temps de démocratie ? Avec quel budget ? Avec quels moyens ? », lance un représentant de la FSU, avant d’ajouter, cinglant : « C’est du jamais vu. Et c’est surtout du jamais fait. »

Le ministère de l’Éducation nationale a annoncé, ce jeudi, une « banalisation complète des emplois du temps » pour ces trois prochains jours. Objectif ? Permettre aux élèves et aux personnels de discuter, de débattre, de s’organiser. En théorie. En pratique, ça ressemble à une blague. Les lycées sont déjà à la bourre, les profs en grève, les CPE surchargés. Et là, on leur demande de faire du syndicalisme express en 72 heures ?

Un chiffre pour comprendre l’absurdité de l’exercice : selon une étude de l’Observatoire national du suicide (ONSDRS), 30 % des lycéens déclarent souffrir de stress chronique lié à la pression scolaire. Et maintenant, le gouvernement veut ajouter une couche de « démocratie participative » en urgence, comme si on pouvait régler des années de tensions en trois jours de discussion improvisée.

Le timing est une insulte

Pourquoi ces trois jours, et pas avant ? Parce que le gouvernement est dos au mur. Les mouvements de grève s’enchaînent, les occupations de lycées se multiplient, et l’image de l’Éducation nationale est plus dégradée que jamais. En 2023, 1 lycéen sur 4 a manqué au moins une semaine de cours à cause des grèves, selon le ministère lui-même. Et cette année, avec la réforme des retraites et les tensions sur les salaires des enseignants, la poudre est mouillée.

Alors Lecornu sort son « temps de démocratie interne ». Un concept flou, une mesure sans moyens, un coup de com pour montrer que le gouvernement « écoute ». Sauf que personne n’est dupe. « C’est une mascarade », grogne un professeur de Seine-Saint-Denis, qui a déjà annulé trois séances de cours cette semaine à cause des grèves. « On nous demande de faire des AG en urgence alors qu’on n’a même pas les locaux pour ça. »

Et puis, il y a le détail qui tue : personne n’a été consulté avant l’annonce. Pas les chefs d’établissement, pas les syndicats, pas les associations de parents d’élèves. Juste un communiqué ministériel tombant comme un cheveu sur la soupe. « On nous impose une décision sans concertation, et après on nous demande de faire de la démocratie ? », raille un membre du SNES-FSU.

Ce que cette mesure cache : un gouvernement qui improvise

Derrière l’annonce de Lecornu, il y a une réalité bien moins reluisante : l’Éducation nationale n’a plus les moyens de ses ambitions. Les lycées manquent de tout : personnel, locaux, matériel. Et maintenant, on veut ajouter une couche de « participation citoyenne » en urgence ? C’est comme si on demandait à un hôpital saturé d’organiser un concours de danse pour détourner l’attention des urgences.

Le vrai problème, c’est que cette mesure arrive trop tard. Les lycéens ne veulent pas de trois jours de discussion. Ils veulent des réponses concrètes : plus de moyens, des salaires décents pour les profs, la fin des réformes à la va-vite. Et le gouvernement, au lieu de régler ces problèmes structurels, sort un coup de com qui ressemble à du bricolage.

Un exemple parmi d’autres : le lycée Henri-IV, à Paris, où les grèves se multiplient depuis des mois. « On a déjà perdu deux semaines de cours cette année », explique une élève en terminale. « Trois jours de démocratie interne, ça ne changera rien. On veut que le gouvernement arrête de nous prendre pour des idiots. »

Les syndicats ne sont pas dupes : ils parlent de « manipulation »

La FSU, le SNES, l’UNEF… Tous ont réagi avec la même ironie. « Un temps de démocratie ? Avec quel budget ? Avec quels locaux ? Avec quels animateurs ? », répète-t-on chez les syndicats. Le ministère n’a même pas précisé comment ces trois jours seraient organisés. Est-ce que ce sera en présentiel ? En visio ? Qui animera ces discussions ? Qui paiera les heures supplémentaires des profs qui devront encadrer ça ?

« C’est du jamais vu, et c’est surtout du jamais fait », insiste un responsable syndical. « Le gouvernement joue avec les mots pour masquer son incapacité à agir. »

Et puis, il y a la question de la fiabilité de ces « temps de démocratie ». Comment garantir que ces discussions ne seront pas récupérées par le ministère pour faire taire les critiques ? « Si le gouvernement veut vraiment écouter, il faut commencer par arrêter les réformes qui pourrissent les lycées », lance un enseignant en grève depuis trois semaines.

Ce que ça révèle : un système à bout de souffle

Cette mesure en trois jours, c’est le symptôme d’un système qui ne sait plus comment gérer les crises. L’Éducation nationale est en mode survie, et le gouvernement, au lieu de prendre des décisions structurelles, sort des coups de com pour gagner du temps. Le problème, c’est que le temps, justement, c’est ce qui manque.

Les lycéens sont en colère. Les profs sont épuisés. Les parents sont inquiets. Et le gouvernement propose… trois jours de discussion improvisée. C’est comme si on soignait une jambe cassée avec un pansement.

Le vrai enjeu, c’est ça : cette mesure ne changera rien. Mais elle montre à quel point le gouvernement est décalé par rapport à la réalité du terrain. Les lycéens ne veulent pas de trois jours de débat. Ils veulent des actes. Et pour l’instant, ils n’en voient aucun.

La dernière question qui tue

Si Lecornu veut vraiment un « temps de démocratie interne », pourquoi ne pas commencer par donner la parole aux acteurs de terrain ? Pourquoi ne pas leur demander ce qu’ils veulent vraiment, au lieu de leur imposer une mesure de dernière minute qui ressemble à du théâtre ?

La réponse est simple : parce que le gouvernement n’a pas de réponse. Et trois jours de discussion improvisée, ça ne suffira pas à masquer ça.

Et après ?

Les trois jours seront passés. Les lycéens retourneront en cours (si les grèves le permettent). Et le gouvernement aura encore gagné un peu de temps. Mais la crise, elle, ne sera pas réglée.

Le vrai problème, c’est que personne ne croit plus aux annonces du ministère. Plus aux promesses. Plus aux « temps de démocratie » improvisés. Ce que les lycéens veulent, c’est du concret. Et pour l’instant, ils n’en voient toujours pas.

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R Galaxie Rédaction

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