Quand des voleurs transformaient les camions en courses-poursuites à 90 km/h

Des hommes sautant sur des capots à pleine vitesse pour piller des remorques. La police a enfin coincé quatre de ces « voltigeurs », mais le préjudice dépasse les 200 000 euros. Pourquoi personne n’avait rien vu avant ?

Publié le 7 octobre 2026 à 10:01
Quand des voleurs transformaient les camions en courses-poursuites à 90 km/h

Les voltigeurs de l’autoroute

Imaginez un camion roulant à 90 km/h sur l’autoroute A26, près de Lille. Dans le noir. Et quatre types accrochés au capot, comme des cascadeurs en manque, qui sautent dans la remorque pour vider son chargement. Pas de la drogue. Pas de l’argent. Des produits multimédias. Des DVD, des jeux vidéo, des consoles. Rien de très excitant, en somme. Juste assez pour justifier un braquage à haut risque, avec un préjudice qui frôle les 200 000 euros.

La police les a enfin attrapés. Quatre hommes. Des « voltigeurs », comme ils se surnommaient entre eux, semble-t-il. Des pros, ou des fous. Ou les deux. Parce que voler un camion en marche à cette vitesse, c’est pas du cinéma. C’est du suicide en slow motion. Et pourtant, ils l’ont fait. Plusieurs fois. Pendant des mois, peut-être des années. Personne n’a rien dit. Personne n’a rien vu.

Le business des produits multimédias, un trou noir logistique

Pourquoi personne n’a rien vu ? Parce que personne ne regarde. Les produits multimédias, c’est le parent pauvre de la logistique. Pas de la drogue, pas de l’électronique high-tech, pas des médicaments. Juste des boîtes en plastique remplies de DVD et de jeux vidéo. Des trucs qui ne valent pas cher, mais qui s’additionnent. Et qui, surtout, circulent la nuit, dans des remorques mal surveillées.

Prenez DHL Supply Chain, par exemple. Ils transportent ce genre de marchandises. Des milliers de colis, des centaines de camions, des trajets qui s’étendent sur des centaines de kilomètres. Et dans ce circuit, il y a des failles. Des failles que ces quatre-là ont exploitées. Pas des failles techniques. Des failles humaines. Parce que personne ne vérifie vraiment. Personne ne contrôle. Personne ne se dit : « Et si on perdait un camion ? »

Selon les chiffres de la Fédération Française de la Logistique (FFL), les vols de marchandises en France représentent environ 1,5 milliard d’euros par an. Mais personne ne parle des vols de DVD. Personne ne fait de communiqués de presse. Personne ne lance d’enquêtes. Parce que c’est trop chiant. Trop insignifiant.

La méthode : sauter sur un camion à 90 km/h

Alors comment ils faisaient, ces quatre-là ?

Ils repéraient les camions. Pas n’importe lesquels. Ceux qui roulent la nuit, ceux qui sont mal éclairés, ceux dont les remorques ont des failles de sécurité. Ensuite, ils attendaient. Pas devant le dépôt. Pas près du point de chargement. Sur l’autoroute. À 90 km/h.

Un témoin a décrit la scène : « On a vu quatre types accrochés au capot d’un camion, comme des singes. Puis ils ont sauté à l’intérieur. Le chauffeur a rien remarqué. » Rien. Parce que quand vous roulez à cette vitesse, vous ne regardez pas dans le rétro. Vous regardez la route. Vous pensez à autre chose. Vous ne pensez pas à quatre mecs qui viennent de cambrioler votre remorque.

La police a retrouvé des traces d’ADN, des empreintes, des témoignages. Assez pour les coincer. Mais assez aussi pour se demander : « Comment ils ont fait pour passer à travers les mailles du filet pendant si longtemps ? »

Le vrai problème : l’indifférence

Le vrai problème, ce n’est pas ces quatre-là. C’est que personne ne s’en soucie. Les vols de DVD, c’est comme les vols de vélos. Ça existe. Ça arrive. Mais ça ne fait pas la une. Personne ne fait de reportage. Personne ne lance d’alerte. Personne ne se dit : « Et si c’était notre enfant qui se faisait braquer comme ça ? »

Pourtant, ces vols, ils existent. Et ils coûtent cher. Très cher. Parce que derrière chaque camion volé, il y a une entreprise qui perd de l’argent. Il y a des employés qui se font licencier. Il y a des clients qui se font arnaquer. Et il y a des voleurs qui s’en sortent parce que personne ne les cherche vraiment.

Ce que ça dit de nous

Ce que cette histoire dit de nous, c’est que certaines choses ne méritent pas qu’on s’en préoccupe. Que certaines victimes ne comptent pas. Que certains crimes ne sont pas assez graves pour justifier une enquête approfondie.

Ces quatre-là, ils sont en prison maintenant. Mais combien d’autres font la même chose, ailleurs ? Combien de camions sont volés chaque nuit, sans que personne ne lève le petit doigt ?

La réponse, vous la connaissez déjà. Parce que vous le savez, vous aussi. Quand un camion est volé, personne ne crie au scandale. Personne ne fait de manifestation. Personne ne descend dans la rue.

C’est ça, le vrai problème.

Et après ?

La police a fait son travail. Les voleurs sont derrière les barreaux. Les camions continuent de rouler. Les produits multimédias continuent d’être transportés. Et les failles restent.

Parce que personne ne veut vraiment régler le problème. Personne ne veut dépenser l’argent nécessaire pour sécuriser les remorques. Personne ne veut embaucher plus de gardes. Personne ne veut installer des caméras.

Alors les voleurs continueront. Parce que c’est plus facile comme ça.

Et nous, on fera semblant de ne rien voir.

R
R Galaxie Rédaction

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