1 200 suppressions, un chiffre qui claque comme un coup de masse sur une enclume. Swiss Steel, le sidérurgiste suisse, vient d’annoncer une restructuration en Allemagne qui va coûter 1 200 emplois. Frank Koch, le patron, assume : « C’est une décision douloureuse, mais nécessaire. » Traduction : les pertes s’accumulent, et le groupe n’a plus le choix. Sauf que personne ne parle des 300 millions de francs perdus en 2022. Ni des 200 millions supplémentaires prévus cette année. Alors oui, c’est « nécessaire », mais pour qui ? Pas pour les ouvriers de Duisburg ou de Salzgitter, ça non. Eux, ils vont devoir serrer la ceinture pendant que les actionnaires regardent ailleurs. **La sidérurgie allemande, déjà à l’agonie, vient de perdre un de ses derniers remparts. Et personne ne bronche vraiment. Pourquoi ? Parce que l’acier, aujourd’hui, ça se fabrique surtout en Chine. Et là-bas, les ouvriers ne manifestent pas devant les portes des usines. Ils meurent en silence, dans des hôpitaux saturés par la pollution. Mais ça, ce n’est pas notre problème. Le nôtre, c’est de comprendre comment un groupe suisse peut encore tenir debout en Europe alors que le marché s’effondre sous les coups de boutoir de Pékin. Spoiler : ce n’est pas grâce à la qualité suisse. C’est parce que les subventions pleuvent encore, même si de moins en moins. Et que les États, trop occupés à se regarder le nombril, ferment les yeux. Swiss Steel n’est qu’un symptôme. Le vrai cancer, c’est l’Europe qui ne veut pas voir que son industrie sidérurgique est un cadavre qu’on maquille depuis des années. --- ### L’Allemagne, terrain de jeu pour une multinationale suisse qui n’a plus rien à perdre Swiss Steel, c’est une success story suisse… jusqu’à ce que ça ne le soit plus. Fondé à Lucerne en 1856, le groupe a grandi en rachetant des aciéries en Allemagne, en France, en Autriche. Résultat ? Aujourd’hui, 60 % de son chiffre d’affaires vient du Vieux Continent, et l’Allemagne représente près de la moitié de ses activités. Sauf que l’Allemagne, c’est aussi le pays où les coûts énergétiques explosent, où les normes environnementales étouffent les usines, et où les clients se font rares. En 2022, le groupe a perdu 300 millions de francs. En 2023, il en perdra probablement 200 millions de plus. Les causes ? La demande qui s’effondre, la concurrence chinoise qui inonde le marché à prix cassés, et des coûts de production qui grimpent comme jamais. Le patron, Frank Koch, a un seul mot d’ordre : « Réduire les coûts. » Traduction : licencier. 1 200 emplois en moins en Allemagne d’ici 2025. Pas des petits contrats précaires, non. Des ouvriers qualifiés, des ingénieurs, des techniciens. Des gens qui savent ce qu’ils font. Et qui vont se retrouver à la rue parce qu’un conseil d’administration a décidé que « la rentabilité passe avant tout ». Mais à quel prix ? À celui des villes fantômes industrielles. À celui des régions qui misaient sur ces usines pour survivre. À celui des familles qui vont devoir déménager parce que plus personne n’embauche. L’Allemagne, pays des usines, devient le cimetière des sidérurgistes. --- ### Pourquoi personne ne sauve plus les aciéries européennes ? Parce que c’est trop tard. Parce que les subventions publiques ne suffisent plus. Parce que l’Europe a abandonné son industrie lourde depuis des années. En 2010, l’UE a lancé un plan de sauvetage pour la sidérurgie. Résultat ? Des milliards dépensés, des usines modernisées… et une dépendance encore plus forte à la Chine. Aujourd’hui, la Chine produit 50 % de l’acier mondial. Et elle le vend à perte pour écraser la concurrence. En Europe, les aciéries ferment une à une. ArcelorMittal a déjà supprimé des milliers d’emplois en France et en Belgique. ThyssenKrupp a réduit la voilure en Allemagne. Swiss Steel n’est qu’un maillon de plus dans cette chaîne de suppressions. Alors pourquoi personne ne réagit ? Parce que les gouvernements européens ont peur de se faire taxer de « protectionnistes ». Parce que les lobbies chinois sont partout. Parce que les politiques préfèrent fermer les yeux plutôt que d’affronter Pékin. Et parce que, au fond, personne ne croit plus à un redressement de l’industrie européenne. Les chiffres sont têtus. En 2023, la production d’acier en Europe a chuté de 12 %. La Chine, elle, a augmenté la sienne de 5 %. Résultat : les prix s’effondrent, les marges disparaissent, et les patrons n’ont plus le choix que de licencier. Swiss Steel n’est pas une exception. C’est la règle. --- ### Ce que les ouvriers allemands vont payer, encore Les 1 200 suppressions annoncées par Swiss Steel, ça ne concerne pas que des chiffres. Ça concerne des visages. À Duisburg, près de 500 emplois sont menacés. À Salzgitter, c’est une centaine. Ces ouvriers ont souvent travaillé 30, 40 ans dans la même usine. Ils connaissent les machines par cœur. Ils savent réparer une panne en plein milieu de la nuit. Et demain ? Demain, ils devront se reconvertir. Problème : à 50 ans, avec un métier ultra-spécialisé, ça ne se fait pas en six mois. Les plans sociaux, c’est bien. Les formations, c’est très bien. Mais quand bien même Swiss Steel propose des aides à la reconversion, combien d’anciens sidérurgistes vont devenir commerciaux ou techniciens ? Pas beaucoup. Parce que le marché ne veut pas d’eux. Parce que les entreprises préfèrent embaucher des jeunes, moins chères. Alors ces 1 200 personnes vont se retrouver au chômage, avec des indemnités qui ne suffiront pas à vivre. Et l’État allemand ? Il va leur tendre la main… après les avoir laissés tomber pendant des années. Parce que l’Allemagne, c’est le pays où les usines ferment, mais où les politiques ne font rien pour les sauver. Où les subventions arrivent trop tard. Où les promesses de relocalisation restent des vœux pieux. Swiss Steel, c’est le miroir brisé de l’industrie européenne. --- ### La vraie question : et après ? Après les suppressions, après les fermetures, après les villes vidées de leurs usines, qu’est-ce qui reste ? Rien. Parce que personne ne veut plus produire en Europe. Parce que c’est trop cher. Parce que les normes sont trop strictes. Parce que la Chine inonde le marché. Alors Swiss Steel va continuer à saigner. ArcelorMittal aussi. ThyssenKrupp. Toutes ces usines vont fermer, une à une. Et après ? Après, il ne restera que des déserts industriels. Des villes fantômes. Des ouvriers âgés qui n’auront plus rien à faire. L’Europe va-t-elle enfin se réveiller ? Pas sûr. Parce que le vrai problème, ce n’est pas Swiss Steel. C’est l’Europe qui a abandonné son industrie. Et qui continue de regarder ailleurs pendant que le continent se vide de ses usines, de ses emplois, de son avenir. Le dernier mot, il est pour les ouvriers allemands. Ceux qui, demain, devront choisir entre partir ou crever sur place. Parce que c’est ça, la réalité. Pas les beaux discours sur la transition écologique ou la modernisation. La réalité, c’est une enclume qui tombe. Encore et toujours. Sur les mêmes épaules.