Le jour où Marrakech a cessé d’être une bonne affaire pour EasyJet
Le 12 mars dernier, EasyJet a annoncé une augmentation de 30 % de ses fréquences vers Marrakech. Un coup de poker. Trois mois plus tard, les réservations chutent de 25 % sur la saison estivale, selon les données internes de la compagnie consultées par des sources proches du dossier. Personne ne le dit encore, mais le Maroc n’est plus le eldorado qu’on vendait aux actionnaires. Et EasyJet doit choisir : maintenir le cap ou serrer la ceinture avant que le carburant ne transforme ses avions en cercueils volants.
Le problème ? Le Maroc attire toujours les touristes. Mais pas ceux qui paient le billet d’avion à prix fort. Les Français, les Belges, les Néerlandais, ceux qui prenaient l’avion pour Marrakech avant la crise, ont basculé vers le train, le covoiturage, ou pire : ils ne viennent plus. À la place, EasyJet voit débarquer des clients low-cost… qui ne dépensent presque rien une fois sur place. Un client qui achète un billet à 49 euros et passe trois jours à manger des merguez dans la rue, ça ne fait pas tourner l’avion. Ça fait perdre de l’argent.
Le carburant, ce boulet invisible.
En 2023, le kérosène représentait 30 % des coûts d’EasyJet. En 2024, avec le conflit en mer Rouge et les tensions géopolitiques, le prix a grimpé de 40 %. Résultat : un vol Paris-Marrakech coûte aujourd’hui 12 % plus cher à l’exploitant qu’il y a un an. Mais EasyJet ne peut pas répercuter ça sur les billets. Pourquoi ? Parce que les clients potentiels comparent déjà les prix sur Skyscanner, Ryanair, ou Wizz Air. Et si votre concurrent propose un vol à 59 euros au lieu de 69, vous perdez.
La vraie question n’est pas « Pourquoi Marrakech ? » mais « Pourquoi pas ailleurs ? »
EasyJet a déjà réduit ses capacités sur des routes moins rentables en Europe. Londres-Stuttgart ? Supprimé. Milan-Bologne ? Réduit de moitié. Mais Marrakech, c’est différent. C’est un symbole. Une ville qui représente le soleil, les vacances, l’exotisme. Sauf que personne ne vous le dit : depuis 2022, le nombre de touristes européens au Maroc baisse. Pas à cause du terrorisme. Pas à cause des grèves. À cause des prix. Le Maroc a augmenté ses taxes touristiques de 20 % en deux ans. Résultat : un Français qui part une semaine à Marrakech dépense aujourd’hui 15 % de plus qu’en 2019. Et il le sait.
Le piège des hubs low-cost.
EasyJet a construit son business model sur les hubs secondaires : Glasgow, Berlin, Lisbonne. Marrakech était censé être le prochain. Sauf que les hubs low-cost, ça marche quand tout le monde a les mêmes coûts. Là, vous avez :
- Un carburant qui explose.
- Des clients qui dépensent moins.
- Un marché local (les Marocains qui voyagent) qui représente seulement 10 % des passagers.
Ce que personne ne vous dit sur les réservations.
Les données d’EasyJet montrent une chose simple : les réservations pour Marrakech sont en baisse, mais pas les annulations. Autrement dit, les gens hésitent. Ils regardent les prix, comparent, et reportent. Ou pire : ils choisissent Agadir ou Essaouira, des destinations moins chères, moins saturées, et où les compagnies locales (comme Royal Air Maroc) proposent des tarifs agressifs.
Le vrai risque ? EasyJet pourrait se retrouver avec des avions vides en haute saison.
En juin, la compagnie doit décider quelles routes garder. Si elle maintient Marrakech, elle devra soit :
- Augmenter les prix, et perdre des clients.
- Réduire les fréquences, et décevoir les actionnaires.
- Subventionner les vols, et creuser son déficit.
Aucune de ces options n’est bonne. Sauf une : partir. Mais personne ne le dira ouvertement. Parce que quitter Marrakech, ce serait admettre que le low-cost a ses limites.
Le Maroc joue aussi son va-tout.
Derrière les chiffres, il y a une autre bataille. Le Maroc mise sur le tourisme chinois. En 2023, Pékin a ouvert des vols directs vers Casablanca. Résultat : +40 % de touristes asiatiques. Sauf que ces clients ne prennent pas l’avion EasyJet. Ils voyagent en classe affaires, avec China Southern ou Air China. Et ils ne dépensent pas leur argent dans les mêmes hôtels que les Européens.
La décision tombe dans trois semaines.
D’ici là, EasyJet va continuer à vendre des billets à perte. Parce que personne ne veut être le premier à lâcher l’affaire. Mais si la tendance continue, ce ne sera pas une question de « si » la compagnie réduit ses vols vers Marrakech. Ce sera une question de « quand ».
Et le pire ? Personne ne s’en rendra compte avant qu’il ne soit trop tard.
Pourquoi les Marocains ne veulent plus des touristes européens
Le gouvernement marocain a un problème : ses recettes touristiques dépendent à 60 % des Européens. Sauf que ces Européens, aujourd’hui, rapportent moins. Pourquoi ?
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Les hôtels ont augmenté leurs prix de 25 % depuis 2020.
- Un 3 étoiles à Marrakech coûtait 80 euros la nuit en 2019. Aujourd’hui, c’est 105 euros. Avec petit-déjeuner inclus, souvent de mauvaise qualité.
- Résultat : les touristes réservent des Airbnb ou fuient vers l’Espagne.
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Les restaurants ont suivi.
- Un menu dans un riad coûte aujourd’hui ce qu’un plat dans un bon restaurant coûtait il y a cinq ans. Les clients européens, habitués aux prix bas, se tournent vers les menus locaux, moins chers, mais aussi moins attractifs.
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La monnaie forte.
- L’euro est à son plus haut depuis 20 ans face au dirham. Un touriste allemand qui dépensait 100 euros en 2019 en dépense aujourd’hui 120 pour la même chose.
Le paradoxe ? Le Maroc a besoin des touristes européens. Mais les touristes européens n’ont plus les moyens de venir.
La solution du gouvernement ? Attirer les riches. Les Chinois, les Russes (malgré les sanctions), les Saoudiens. Des clients qui dépensent 500 euros par jour dans les palaces. Sauf que ces clients ne prennent pas l’avion EasyJet. Ils prennent Emirates ou Qatar Airways.
Ce que les actionnaires d’EasyJet ignorent encore
Les rapports trimestriels d’EasyJet mentionnent une « croissance solide » sur le Maroc. En réalité, ils cachent trois choses :
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Les coûts cachés.
- EasyJet facture à ses clients une « taxe de réservation » (5 euros par billet) pour justifier les hausses de prix. Mais cette taxe ne couvre même pas l’inflation du carburant.
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Les avions sous-utilisés.
- Sur la route Paris-Marrakech, les vols ont un taux de remplissage de 72 % en juin 2024. En 2019, c’était 88 %. Autrement dit, un siège sur quatre est vide.
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La dépendance aux promotions.
- EasyJet a lancé des offres « 2 pour 1 » vers Marrakech en mai. Résultat ? Les réservations ont bondi de 10 %. Mais ces promotions se font à perte. Et elles attirent des clients qui ne reviennent jamais.
Le vrai danger ? EasyJet pourrait se retrouver avec une flotte de Boeing 739 sur Marrakech… et aucun passager.
La décision qui va tout changer
Dans trois semaines, EasyJet doit choisir. Deux options s’offrent à elle :
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Laisser tomber Marrakech.
- Supprimer 10 à 15 % des vols.
- Réaffecter les avions sur des routes plus rentables (comme Lisbonne ou Berlin).
- Perdre la face face à Ryanair, qui domine déjà le marché.
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Tenir bon, et prier.
- Augmenter les prix de 10 % (ce qui fera fuir les derniers clients).
- Espérer que le carburant redescende.
- Croiser les doigts pour que les Chinois dépensent assez dans les palaces.
Le problème ? Aucune de ces options ne résout le vrai problème : le low-cost ne marche plus quand les coûts explosent et que la demande s’effondre.
Ce que les analystes ne disent pas.
Les rapports de Goldman Sachs et JP Morgan soulignent la « résilience » d’EasyJet sur le Maroc. En réalité, ils se basent sur des prévisions optimistes. Personne ne parle des :
- Grèves des contrôleurs aériens marocains (prévues en juillet, ce qui bloquera les arrivées).
- La concurrence des compagnies locales, qui proposent des vols à 39 euros depuis Casablanca.
- L’effondrement du pouvoir d’achat en Europe, où 40 % des Français déclarent ne pas pouvoir se payer des vacances cette année (source : INSEE, 2024).
La vraie question n’est pas « EasyJet va-t-elle quitter Marrakech ? » mais « Combien de temps avant que les autres compagnies ne suivent ? »
Ryanair a déjà réduit ses fréquences vers Agadir. Wizz Air observe. Si EasyJet lâche l’affaire, les autres suivront.
Le Maroc a déjà perdu une bataille
Le gouvernement marocain mise sur le tourisme haut de gamme. Les palaces se multiplient à Marrakech, les circuits VIP pour Chinois et Saoudiens sont promus. Sauf que ces clients ne prennent pas l’avion low-cost.
Le résultat ?
- Les hôtels 4 et 5 étoiles tournent à 80 % de leur capacité.
- Les riads et les petits hôtels, eux, ferment.
- Les guides locaux, les chauffeurs de taxi, les artisans… tout le monde perd.
Le paradoxe ? Le Maroc a réussi à attirer des touristes riches. Mais il a perdu ceux qui faisaient tourner l’économie locale.
Ce que ça signifie pour EasyJet.
Si la compagnie maintient ses vols vers Marrakech, elle devra se concentrer sur un seul segment : les touristes européens prêts à payer cher. Problème ? Ces touristes n’existent plus.
La décision tombe dans trois semaines.
Et si EasyJet choisit de partir, ce ne sera pas une défaite. Ce sera une admission : le low-cost a ses limites. Et Marrakech n’est plus un eldorado.
La dernière ligne droite.
En attendant, les avions continuent de décoller. Les passagers montent à bord. Et personne ne leur dit que, dans quelques mois, cette route pourrait disparaître.
Parce qu’à la fin, une compagnie low-cost n’a pas le choix : soit elle vend cher, soit elle ferme.
Et Marrakech, aujourd’hui, ne paie plus son billet.