À partir du 20 octobre, BIDV va puiser dans l’argent de ses clients

La banque vietnamienne BIDV lance un programme pour « remercier » ses clients en leur demandant de financer ses propres besoins. Une opération classique, mais qui révèle les limites d’un secteur bancaire toujours dépendant des épargnants. Détail d’un mécanisme qui profite surtout aux actionnaires.

Publié le 4 octobre 2026 à 18:04
À partir du 20 octobre, BIDV va puiser dans l’argent de ses clients

Un programme qui sent le déjà-vu à plein nez

BIDV n’invente rien. Les banques, partout dans le monde, fonctionnent comme des machines à transformer l’épargne des particuliers en prêts pour les entreprises ou les États. Le Vietnam n’échappe pas à la règle. Mais là où d’autres institutions jouent la carte de l’innovation ou du service client, BIDV mise sur un argument émotionnel : la « reconnaissance ». Le message est clair : « Vous nous avez fait confiance, maintenant aidez-nous à nous développer. » Sauf que ce développement, souvent, passe par des dividendes pour les actionnaires ou des salaires confortables pour les cadres. Rien de neuf sous le soleil.

Ce qui l’est moins, c’est la cible visée : les femmes. « La première banque nommée d’après une mère », clame BIDV. Sympa, l’idée. Sauf que les femmes au Vietnam, comme ailleurs, sont souvent celles qui gèrent le budget serré, qui sacrifient leurs propres projets pour ceux de la famille. Leur demander de prêter encore plus d’argent à la banque, c’est comme leur dire : « Merci d’avoir trimé, maintenant trime encore. » Pas très fair-play.

Le chiffre qui pique : selon la Banque mondiale, près de 40 % des ménages vietnamiens vivent avec moins de 3,20 dollars par jour. BIDV, elle, affiche un bénéfice net de 16 000 milliards de dongs en 2022 (soit environ 650 millions de dollars). Assez pour se payer des campagnes de communication « remerciement », mais pas assez pour redistribuer équitablement aux clients qui financent tout ça.

Pourquoi ce programme est une mauvaise nouvelle pour les épargnants

Premier problème : les taux. Quand une banque lance un appel à l’épargne, c’est rarement pour offrir des rendements mirobolants. Les clients de BIDV qui souscriront à ce programme le feront probablement à des taux bien en dessous de ce que le marché propose ailleurs. Deuxième problème : la liquidité. Votre argent sera bloqué, ou du moins moins disponible qu’avant. Troisième problème, et pas des moindres : personne ne vous garantit que cet argent servira à quelque chose d’utile pour vous.

Prenez l’exemple des obligations bancaires. Aux États-Unis ou en Europe, quand une banque émet des obligations pour se financer, elle le fait souvent à des taux attractifs pour les investisseurs. Au Vietnam, les règles sont moins transparentes. Les clients de BIDV n’ont aucune visibilité sur la façon dont leur argent sera utilisé. Sera-t-il réinvesti dans des prêts immobiliers ? Dans des projets industriels risqués ? Dans des dividendes pour les actionnaires ? Personne ne vous le dira clairement.

Ce que BIDV ne vous dit pas : ce programme est une façon de contourner les régulations. Les banques vietnamiennes sont soumises à des ratios de liquidité stricts. En demandant directement à leurs clients de prêter leur argent, BIDV évite de puiser dans ses réserves ou d’emprunter à des taux élevés sur les marchés. C’est malin, mais pas très honnête.

Le vrai enjeu : la confiance, ou son absence

La confiance est un bien précieux dans un système bancaire. Au Vietnam, elle se fragilise depuis des années. Entre les scandales de corruption, les faillites d’entreprises liées à des prêts douteux, et les taux d’intérêt qui grimpent, les épargnants vietnamiens ont appris à se méfier. Un programme comme celui de BIDV ne fait rien pour la restaurer.

Au contraire. En présentant cette mobilisation de capitaux comme un « cadeau » ou un « remerciement », la banque donne l’impression de traiter ses clients comme des vaches à lait. « Vous nous avez fait confiance, maintenant nous allons utiliser votre argent comme bon nous semble. » C’est le genre de discours qui tue la relation de confiance sur le long terme.

Le détail qui en dit long : BIDV n’a pas communiqué de chiffres précis sur les rendements proposés aux clients. Pas de détails non plus sur la durée de blocage des fonds. Juste un message flou, une image de mère héroïque, et l’espoir que les clients, par gratitude, accepteront sans poser trop de questions.

Ce que ça révèle sur le secteur bancaire vietnamien

Ce programme de BIDV est un symptôme, pas une exception. Les banques vietnamiennes sont dans une logique de survie. Avec une économie qui ralentit, des prêts non performants qui s’accumulent, et une concurrence accrue, elles doivent trouver des moyens de se financer sans dépendre uniquement des dépôts classiques. D’où ces appels à l’épargne, ces obligations bancaires, ces produits « participatifs » qui sonnent bien mais cachent des risques.

Le problème, c’est que ces stratégies profitent surtout aux actionnaires et aux dirigeants. Les clients, eux, se retrouvent avec des placements moins rentables, moins liquides, et surtout moins transparents. Au Vietnam, la banque est souvent perçue comme un service public. En réalité, c’est une entreprise comme une autre, avec les mêmes intérêts : maximiser les profits.

La question qui tue : si BIDV avait vraiment envie de « remercier » ses clients, elle commencerait par leur offrir des taux décents sur leurs dépôts, pas par leur demander de financer ses propres besoins. Mais ça, ce serait trop simple.

Et après ? Ce que les clients peuvent faire

Si vous êtes client de BIDV et que ce programme vous intéresse, posez-vous les bonnes questions :

  • Quel est le taux réel que je vais obtenir ? Comparez-le avec ce que vous pourriez avoir ailleurs.
  • Mon argent sera-t-il bloqué ? Et si oui, pour combien de temps ?
  • À quoi servira cet argent ? BIDV vous le dira-t-elle clairement ?
  • Y a-t-il des garanties en cas de faillite de la banque ? Spoiler : probablement pas.

Si les réponses ne vous conviennent pas, il est encore temps de retirer votre argent et de le placer ailleurs. Mais attention : les banques vietnamiennes ne sont pas toutes égales. Certaines sont plus transparentes, d’autres plus risquées. Faites vos recherches.

Le piège à éviter : ne tombez pas dans le piège de la « gratitude ». Une banque n’a pas à vous remercier. Elle a à vous payer correctement pour votre argent. Si elle ne le fait pas, c’est à vous de partir.

La dernière ironie : BIDV, banque des mères, mais pas des pères

Revenons à ce slogan : « La première banque nommée d’après une mère ». C’est touchant, presque militant. Sauf que dans la réalité, les pères gèrent souvent les gros comptes bancaires au Vietnam. Les femmes, elles, sont celles qui triment sur les petits budgets, les crédits à la consommation, les économies de fin de mois. En ciblant spécifiquement les femmes avec ce programme, BIDV joue sur un registre émotionnel fort. « Vous êtes les piliers de la famille, alors aidez-nous à tenir debout. »

Sauf que les piliers, justement, ça doit être solide. Et là, on a l’impression que BIDV construit sa stratégie sur du sable.

Le vrai message de BIDV : « On a besoin de votre argent, et on va vous faire croire que c’est pour votre bien. » Pas très glorieux, mais très réaliste.

Ce que ça dit de l’avenir du secteur bancaire au Vietnam

Ce programme de BIDV est un signe des temps. Les banques traditionnelles sont à la recherche de nouveaux leviers pour se financer. Entre la digitalisation qui fait fuir les dépôts vers les fintechs et les taux d’intérêt élevés qui rendent les prêts moins attractifs, le modèle classique est en crise.

Au Vietnam, où le secteur bancaire est encore très contrôlé par l’État, les innovations sont rares. Les banques préfèrent jouer sur la nostalgie, les émotions, plutôt que sur la transparence ou la rentabilité réelle pour les clients. Le résultat ? Un système qui tourne en rond, où les épargnants paient toujours pour les erreurs des autres.

La vraie question : jusqu’à quand les Vietnamiens vont-ils accepter de financer un système qui ne leur rend rien en retour ?

Conclusion : et si on arrêtait les cadeaux empoisonnés ?

BIDV va puiser dans l’argent de ses clients sous couvert de reconnaissance. C’est malin, c’est classique, et c’est surtout une mauvaise nouvelle pour ceux qui y croiseront.

Le problème, c’est que personne ne va crier au scandale. Les clients, habitués à se taire par peur de perdre leur épargne, accepteront peut-être. Les régulateurs, occupés à d’autres dossiers, ne diront rien. Et BIDV, elle, continuera à verser des dividendes à ses actionnaires.

La seule bonne nouvelle dans cette histoire ? Vous savez maintenant comment ça marche. Et si vous ne voulez pas jouer le jeu, vous avez le choix : ailleurs, il y a peut-être mieux.

R
R Galaxie Rédaction

ARTICLES SIMILAIRES

Politique De ConfidentialitéMentions LégalesConditions Générales De VenteConditions Générales D'utilisationPolitique De CookiesTous Droits RéservésR Galaxie