22 % de plus le dimanche, les supermarchés belges ont tout gagné

Les chiffres sont là : +22 % de chiffre d'affaires dominical en Belgique depuis l'ouverture systématique des supermarchés. Mais derrière les caisses qui sonnent, c'est une autre histoire. Celle des employés épuisés, des commerces de proximité étouffés, et d'un modèle économique qui mise sur la fatigue des consommateurs. On vous explique pourquoi cette victoire a un goût amer.

Publié le 14 septembre 2026 à 20:07
22 % de plus le dimanche, les supermarchés belges ont tout gagné

Ce que les chiffres ne disent pas sur les caisses qui sonnent trop fort

Colruyt, Delhaize, Aldi, Lidl… Tous ont joué le jeu. Tous ont gagné. Mais pas tout le monde. Prenez la boulangerie Au Vieux Four à Bruxelles, fermée le dimanche depuis 1987. Son patron, Jean-Marc, a vu ses ventes chuter de 35 % depuis l’ouverture des supermarchés. « Avant, les gens venaient pour le pain, le vrai, celui qui a du goût. Maintenant, ils passent devant pour aller chercher leur pack de six au Carrefour. Et ils ne reviennent plus. » Il a dû licencier sa dernière employée. Pas de subventions, pas d’aide. Juste un marché qui a décidé que le dimanche, c’était bon pour les géants, pas pour les petits.

Pourtant, les études le montrent : les consommateurs achètent plus le dimanche, mais moins bien. Ils grignotent, ils prennent des produits bas de gamme, ils remplissent leurs chariots avec des promotions douteuses. Résultat ? Le panier moyen a augmenté, mais la qualité moyenne a chuté. Et les supermarchés s’en fichent. Leur seul objectif : écouler. Peu importe comment.

Et puis, il y a le personnel. Les entrepôts de Delhaize à Vilvorde tournent à plein régime le dimanche. « On nous demande de faire 30 % de plus en 8 heures, avec les mêmes effectifs », témoigne Sophie, employée depuis 12 ans. « Les pauses ? On les prend en silence, parce que si tu parles, on te regarde comme si tu avais volé quelque chose. » En Belgique, 40 % des employés du secteur déclarent souffrir de burn-out, selon une enquête interne de la FGTB. Mais personne ne ferme. Parce que les actionnaires veulent leurs 22 %.

Pourquoi les politiques ferment les yeux sur ce business

En 2020, la Région wallonne avait tenté d’imposer des quotas d’embauche le dimanche. Objectif : limiter les abus. Résultat ? Les lobbies ont fait pression, les amendements ont été édulcorés, et aujourd’hui, la loi ne s’applique presque plus. « On nous a vendu du rêve : ‘Vous allez créer des emplois !’ » raille un syndicaliste de la CSC. « En réalité, ils ont juste externalisé les coûts. Les salaires sont compressés, les contrats précaires, et l’État ne voit rien. »

Pourtant, les arguments ne manquent pas. Les supermarchés emploient plus de monde, disent-ils. Vrai, mais à quel prix ? Une étude de l’UCL en 2023 révélait que 78 % des nouveaux embauches dans la grande distribution étaient des CDD ou des temps partiels subis. Autrement dit : des emplois, oui, mais pas ceux qu’on vous décrit.

Et puis, il y a l’argument économique. « Sans l’ouverture dominicale, les supermarchés auraient dû licencier », assure un porte-parole de Delhaize. Sauf que les chiffres ne suivent pas. Entre 2018 et 2024, le nombre d’employés dans le secteur a augmenté de 12 %, selon les données de l’ONSS. Pas de crise, donc. Juste une stratégie.

Le vrai problème : on a normalisé l’épuisement

Le pire, c’est que plus personne ne bronche. Les consommateurs sont habitués. Les employés aussi. « Au début, c’était choquant, maintenant, c’est juste la vie », confie une caissière d’Aldi à Gand. Les syndicats protestent, mais mollement. Les politiques tergiversent. Et les supermarchés, eux, continuent de rouler.

Pourquoi ? Parce que le dimanche, ce n’est plus un jour de repos. C’est un jour de consommation forcée. Un jour où on vous dit : « Vous êtes fatigué ? Parfait, on a tout ouvert. » Un jour où le marché decide que votre temps a un prix, et que vous n’avez pas le choix.

Et le pire, c’est que ça marche. Les gens viennent. Ils achètent. Ils repartent, épuisés, avec l’impression d’avoir mal négocié. Parce que c’est le cas.

Ce que personne ne veut admettre : le dimanche, c’est fini

En France, en Allemagne, même combat. Les supermarchés ont étendu leurs horaires, les lois se sont assouplies, et les consommateurs ont cédé. « On a perdu la guerre des temps de travail », reconnaît un responsable de la FGB. « Maintenant, il faut juste gérer les conséquences. »

Le problème, c’est que ces conséquences, on les paie tous. Les employés, avec leur santé. Les petits commerces, avec leur survie. Et les consommateurs, avec leur portefeuille, et leur dignité.

Parce que derrière les 22 % de CA en plus, il y a une question simple : qui a vraiment gagné ?

Pas les employés. Pas les voisins. Pas les villes qui voient leurs centres-villes se vider. Juste les actionnaires. Et encore, pas tous. Juste ceux qui ont su jouer les règles.

Le dimanche, on vous a vendu du bonheur. En réalité, c’est une usine à cash. Et comme souvent, ceux qui trinquent sont ceux qui ne peuvent pas refuser l’invitation.

R
R Galaxie Rédaction

ARTICLES SIMILAIRES

Politique De ConfidentialitéMentions LégalesConditions Générales De VenteConditions Générales D'utilisationPolitique De CookiesTous Droits RéservésR Galaxie