2024 pourrait marquer la fin du statut d'Indien au Canada

Le projet de loi S-2 vise Ă  supprimer des rĂšgles discriminatoires de la *Loi sur les Indiens*. À Odanak, les PremiĂšres Nations attendent des changements concrets. Mais derriĂšre les promesses, des blocages persistent. Voici pourquoi cette rĂ©forme divise encore.

Publié le 17 octobre 2026 à 22:02
2024 pourrait marquer la fin du statut d'Indien au Canada

Un dossier qui traüne depuis 1985 et qu’on enterre en 2024 ? Non, ça ne passe pas comme ça à Odanak.

Le 1er janvier 2024, le gouvernement canadien a promis de faire table rase. Enfin. Du moins, c’est ce que disent les communiquĂ©s. En rĂ©alitĂ©, le projet de loi S-2, censĂ© mettre fin aux mesures discriminatoires de la Loi sur les Indiens (une loi de 1876, oui, vous avez bien lu), ne change pas grand-chose pour les PremiĂšres Nations. À Odanak, en Abitibi-TĂ©miscamingue, on sait trĂšs bien que le statut d’Indien ne se dĂ©fait pas par dĂ©cret.

Le problĂšme ? La loi S-2 ne touche pas aux racines du systĂšme. Elle supprime quelques obstacles techniques, comme les restrictions sur la transmission du statut aux enfants nĂ©s de femmes autochtones mariĂ©es Ă  des non-Autochtones, but elle laisse intacte la structure coloniale qui dĂ©finit qui est un Indien et qui ne l’est pas. À Odanak, on a l’impression qu’on vous donne un couteau rouillĂ© pour couper un arbre.

Pourquoi Odanak rĂ©siste encore Ă  l’idĂ©e de disparaĂźtre des registres fĂ©dĂ©raux

En 2021, le gouvernement Trudeau a annoncĂ© que l’objectif Ă©tait simple : *« qu’on n’existe plus » en tant qu’Indiens sous la loi fĂ©dĂ©rale. Traduction : on veut que les PremiĂšres Nations se gĂšrent elles-mĂȘmes, sans le poids de la Loi sur les Indiens. Sauf que pour les membres d’Odanak, cette loi reste un outil, mĂȘme imparfait, pour accĂ©der Ă  des services, des terres, des droits rĂ©servĂ©s. Supprimez-la, et vous supprimez aussi les protections.

Prenez l’exemple de Marie-Kim, 32 ans, mĂšre de deux enfants. Sa fille aĂźnĂ©e a hĂ©ritĂ© du statut grĂące Ă  une modification de 1985 (aprĂšs des dĂ©cennies de luttes). Sans cette loi, elle n’aurait rien eu. « On nous dit : ‘DĂ©barrassez-vous de ce statut, il vous encombre.’ Mais dĂ©barrassez-vous aussi de mes droits, alors. » Le ton est sec. Odanak a vu des familles se faire refuser l’accĂšs Ă  des programmes sociaux parce que des membres n’étaient plus « officiellement » Indiens aux yeux d’Ottawa.

Le chiffre qui rĂ©sume tout : Selon l’AssemblĂ©e des PremiĂšres Nations, plus de 300 000 personnes au Canada ont perdu leur statut depuis 1985 Ă  cause des rĂšgles discriminatoires. À Odanak, on en compte une cinquantaine. Pas des milliers, mais assez pour que le dĂ©bat soit vif.

La loi S-2, ou l’art de ne pas tout rĂ©gler

Le gouvernement mise sur deux arguments. D’abord, la fin des discriminations sexistes : avant 1985, une femme autochtone mariĂ©e Ă  un non-Autochtone transmettait son statut Ă  ses enfants, mais un homme dans la mĂȘme situation, non. La S-2 comble cette faille. Sauf que ça ne suffit pas.

Ensuite, Ottawa promet une « autonomie gouvernementale » accrue. « On veut que les PremiĂšres Nations gĂšrent leurs propres affaires », rĂ©pĂšte-t-on. Sauf qu’à Odanak, comme ailleurs, les infrastructures manquent. Les hĂŽpitaux sont sous-financĂ©s, les Ă©coles aussi. Sans la loi fĂ©dĂ©rale, qui paie ?

Le vrai blocage ? La Loi sur les Indiens n’est qu’un symptĂŽme. Le problĂšme, c’est le systĂšme. Les PremiĂšres Nations n’ont pas les moyens de remplacer ce que l’État leur retire. À Odanak, on parle de « dĂ©colonisation », mais en pratique, ça ressemble Ă  un transfert de responsabilitĂ© sans transfert de pouvoir.

Ce que le gouvernement ne dit pas sur les terres

VoilĂ  le point noir. La S-2 ne touche pas aux terres rĂ©servĂ©es. Or, pour Odanak comme pour d’autres communautĂ©s, ces terres sont la base de leur Ă©conomie, de leur culture, de leur survie. Si le statut disparaĂźt, mais pas les terres, qui les gĂšre ? Qui paie pour les protĂ©ger ?

Le gouvernement parle de « partenariats ». En clair : « Vous vous dĂ©brouillez. » À Odanak, on a dĂ©jĂ  essayĂ©. En 2019, la communautĂ© a tentĂ© de nĂ©gocier un accord avec QuĂ©bec pour gĂ©rer ses propres services. RĂ©sultat ? Un budget serrĂ©, des promesses non tenues, et une dĂ©pendance accrue aux subventions fĂ©dĂ©rales. « On nous dit : ‘Soyez autonomes.’ Mais avec quoi ? » lance un conseiller municipal, exaspĂ©rĂ©.

Le paradoxe ? Plus Odanak veut se libĂ©rer de la loi fĂ©dĂ©rale, plus elle dĂ©pend des fonds fĂ©dĂ©raux. C’est le serpent qui se mord la queue.

Pourquoi cette rĂ©forme divise mĂȘme Ă  Odanak

Pas tout le monde est contre la S-2. Certains y voient une avancĂ©e. « Enfin, on nous traite comme des citoyens Ă  part entiĂšre », dit Jean, 50 ans, qui a militĂ© pour la rĂ©forme. Mais d’autres y voient une trahison.

Le chef de la communautĂ©, Ghislain Picard (de l’AssemblĂ©e des PremiĂšres Nations), a prĂ©venu : « Si on enlĂšve le statut sans remplacer les protections, on crĂ©e un chaos juridique. » À Odanak, on craint surtout une chose : que les jeunes gĂ©nĂ©rations se retrouvent sans filet.

Prenez le cas des Ă©tudiants. Beaucoup bĂ©nĂ©ficient de bourses rĂ©servĂ©es aux Autochtones. Sans statut, ces bourses disparaissent. « Mes enfants ont le droit d’étudier, mais pas si on leur retire leur identitĂ© lĂ©gale », rĂ©sume une mĂšre de famille. Le statut, c’est aussi un passeport vers l’éducation.

2024, année zéro ou année de plus ?

Officiellement, la S-2 entre en vigueur en 2024. Officieusement, personne ne sait vraiment ce qui va changer. À Odanak, on attend. On observe. On se mĂ©fie.

Le vrai dĂ©fi ? Ce n’est pas la loi. C’est la volontĂ© politique. Le gouvernement a pris des mesures symboliques, comme supprimer le terme « Indien » dans certains documents, but il n’a pas touchĂ© aux mĂ©canismes qui maintiennent les PremiĂšres Nations sous tutelle. La S-2, c’est un pansement sur une jambe de bois.

À Odanak, on ne croit plus aux promesses. On veut des actes. Pas des dĂ©clarations. Pas des communiquĂ©s. Des terres sĂ©curisĂ©es. Des Ă©coles financĂ©es. Une justice qui fonctionne.

Le projet de loi S-2 est un dĂ©but. Mais un dĂ©but qui ne mĂšne nulle part si personne ne force Ottawa Ă  tenir ses engagements. En 2024, on n’a pas fini d’en parler. Et c’est tant mieux.

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R Galaxie Rédaction

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