La Ville de Québec accélère sans vérifier les conséquences

Les chiffres explosent, mais personne ne parle des trous dans le plan. Les promoteurs construisent, les municipalités signent, et les quartiers s’étouffent déjà. Voici ce que cache ce record historique.

Publié le 17 octobre 2026 à 22:05
La Ville de Québec accélère sans vérifier les conséquences

Les promoteurs ont leur plan, la ville a ses chiffres, les citoyens ont des factures en plus

La Ville de Québec mise sur un argument simple : il faut construire, sinon les gens vont fuir. C’est vrai. Mais construire quoi ? Où ? Et surtout, pour qui ? Les données de la Société d’habitation du Québec (SHQ) montrent que sur les 2 800 logements mis en chantier depuis 2022, seulement 12 % sont réservés aux ménages à revenus modestes. Le reste ? Des condos à 500 000 $, des duplex pour jeunes professionnels, des résidences étudiantes qui gonflent les prix du marché. Personne ne force les promoteurs à construire autre chose que du luxe.

Et puis il y a le détail qui saute aux yeux : le quartier Saint-Roch. Là où les permis explosent, où les grues se multiplient, les files d’attente pour les garderies ont doublé depuis 2023. La Ville a ajouté 800 places en deux ans. Les besoins ? 2 000. Les écoles ? Même combat. L’école Saint-Jean-Berchmans, saturée à 115 %, a dû ouvrir une classe dans un gymnase. Résultat : les parents paient des frais de scolarité privés en plus du loyer. Ça, c’est le Québec qu’on construit.

Pourtant, quand on demande à la direction de l’urbanisme pourquoi les permis sont accordés sans étude d’impact sociale, la réponse est toujours la même : « On suit les orientations du gouvernement. » Traduction : on pousse, on signe, on verra après.

Et après, c’est trop tard.

Le piège des « projets phares » qui n’en sont pas

Prenez le cas du projet Quartier des Innovateurs, près de l’université Laval. 1 200 logements prévus, 300 emplois, un « écosystème » pour attirer les startups. Sur le papier, c’est beau. Dans la réalité, c’est un gouffre. Les promoteurs, menés par Groupe Immobilier Leblanc, ont obtenu des exemptions de taxes pendant 15 ans. 15 ans. Pendant ce temps, la Ville doit renflouer les routes, les égouts, les transports. Qui paie ? Les contribuables. Toujours les contribuables.

Le pire ? Personne ne sait combien de ces logements seront vraiment occupés. Les résidences étudiantes tournent à 80 % de taux d’occupation en moyenne. Les condos, eux, sont souvent achetés par des investisseurs étrangers qui les laissent vides. À Québec, 1 500 logements étaient inoccupés en 2023. Pourtant, les permis continuent de pleuvoir.

Et puis il y a le vrai problème : les promoteurs mentent sur les délais. Le projet Les Jardins de la Capitale, annoncé comme livré en 2022, traîne toujours. Les acheteurs paient des intérêts, les locataires attendent, et la Ville n’a rien exigé. Zéro sanction. Zéro remboursement.

Les régulateurs ferment les yeux, et vous payez

La Régie du logement du Québec a reçu 450 plaintes pour retards de livraison rien qu’en 2023. 450. Et combien de sanctions ? Trois. Trois. Trois promoteurs condamnés à des amendes dérisoires. Pendant ce temps, la Ville de Québec a signé 57 ententes de développement avec des promoteurs privés depuis 2020. 57. Sans garantie sur les prix, sans garantie sur les délais, sans garantie sur la qualité.

Pourquoi ? Parce que les élus ont peur. Peur de bloquer des projets qui rapportent des votes. Peur de perdre des subventions. Peur, surtout, de dire non à des milliards qui passent entre les mains des promoteurs. Le maire, Bruno Marchand, l’a dit lui-même en 2022 : « On ne peut pas se permettre de refuser des projets. » Traduction : on se soumet.

Et les citoyens ? Ils paient. Le coût moyen d’un loyer à Québec a augmenté de 18 % depuis 2020. Les condos, eux, ont pris 22 % de valeur en un an. Pendant ce temps, les salaires stagnent. Le SMIC québécois n’a pas bougé depuis 2019.

Ce que personne ne vous dit sur l’après-record

Tout le monde parle des chiffres. 3 500 logements en 2024, record historique. Mais personne ne parle de ce qui arrive après.

Prenez l’exemple de Montréal. En 2017, la ville a connu un boom similaire. Résultat ? Les embouteillages ont augmenté de 40 % sur l’autoroute 15. Les hôpitaux ont dû refuser des patients faute de lits. Les écoles ont dû fonctionner en trois quarts. Et aujourd’hui ? Les prix de l’immobilier sont hors de portée pour 60 % des ménages.

À Québec, on est en train de reproduire la même recette. Sans plan B.

La Ville a bien un « Plan directeur d’urbanisme », mais il date de 2019. Deux ans. Deux ans, et déjà il est obsolète. Personne ne l’a mis à jour. Personne ne veut affronter les vraies questions : Combien de logements faut-il vraiment ? Où les construire ? Comment éviter que ce ne soit que du luxe ?

La réponse, elle, est simple : on ne sait pas. Parce qu’on a préféré compter les permis plutôt que les besoins.

La vraie question n’est pas « combien », mais « pour qui »

Le record de mises en chantier à Québec, ce n’est pas une victoire. C’est un symptôme. Un symptôme d’une ville qui construit sans réfléchir, qui signe sans vérifier, qui promet sans garantir.

Les promoteurs gagnent. Les élus évitent les conflits. Les citoyens trinquent.

Le vrai record, ce serait celui des familles qui devront quitter la ville parce qu’elles ne pourront plus payer. Mais ça, personne n’en parle encore.

Parce que les grues, elles, font joli sur les photos.

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R Galaxie Rédaction

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