53 comtĂ©s amĂ©ricains menacent de fermer leurs bureaux de vote. Et câest une premiĂšre depuis 1965.
Pas besoin de chercher loin pour comprendre pourquoi. Le 23 aoĂ»t, le dĂ©partement de la Justice a lancĂ© une offensive contre les organisateurs Ă©lectoraux. Une lettre signĂ©e par le procureur gĂ©nĂ©ral Jeff Sessions (oui, celui-lĂ ) menace de poursuites fĂ©dĂ©rales pour quiconque modifierait les rĂšgles de vote aprĂšs le 18 aoĂ»t. Traduction : si un comtĂ© veut ajouter une urne, ajuster un dĂ©lai, ou mĂȘme envoyer des bulletins par courrier un peu plus tĂŽt, câest la prison qui les attend.
Sauf que les Ă©lections de mi-mandat, câest dans moins de 60 jours. Et les comtĂ©s, surtout dans les Ătats dĂ©mocrates, ont dĂ©jĂ des problĂšmes : pĂ©nurie de personnel, listes Ă©lectorales en dĂ©sordre, logiciels de vote qui buguent. Alors quand Washington leur dit « arrĂȘtez tout, ou on vous poursuivra », certains commencent Ă paniquer. 53 comtĂ©s ont dĂ©jĂ annoncĂ© quâils pourraient fermer purement et simplement leurs bureaux, selon un dĂ©compte de The Washington Post. Le dernier cas similaire ? 1965, pendant la lutte pour les droits de vote. CoĂŻncidence ?
Pourquoi ces comtĂ©s nâont-ils pas peur de Trump ?
Parce que la peur, justement, câest leur meilleur alliĂ©. Pas celui de Trump.
Prenez le comtĂ© de Dade, en Floride. En 2016, Hillary Clinton y a perdu par 12 points. Aujourdâhui, les dĂ©mocrates y sont majoritaires. RĂ©sultat ? Le comtĂ© a reçu des menaces de poursuites aprĂšs avoir envoyĂ© des bulletins par courrier Ă 15 000 Ă©lecteurs en plus. « On nous dit quâon enfreint la loi, mais la loi, câest ce que le CongrĂšs vote. Et le CongrĂšs, câest eux qui bloquent tout », explique un responsable local sous couvert dâanonymat. Bref, ils jouent avec le feu.
Et puis il y a les petits comtĂ©s ruraux, ceux oĂč les Ă©lecteurs sont surtout blancs et rĂ©publicains. LĂ -bas, personne ne sâinquiĂšte. Au contraire : certains y voient une opportunitĂ©. « Si les dĂ©mocrates ferment leurs bureaux, ils vont perdre des voix, point. » Un Ă©lu local du Michigan le dit sans dĂ©tour. La stratĂ©gie est simple : faire peur aux dĂ©mocrates pour quâils se sabordent.
Sauf que ça ne marche pas toujours. En GĂ©orgie, oĂč les dĂ©mocrates ont raflĂ© deux siĂšges au SĂ©nat en 2020, le comtĂ© de Fulton a dĂ©jĂ reçu des menaces. RĂ©action ? « On va faire voter les gens quand mĂȘme. MĂȘme si on doit le faire dans un parc. » La guerre est dĂ©clarĂ©e.
Ce que personne ne vous dit sur ces « poursuites »
Les menaces de poursuites, câest du bluff. Ou presque.
Dâabord, personne ne sait vraiment ce que la loi interdit. Le dĂ©partement de la Justice a sorti un mĂ©mo de 2018 pour justifier ses menaces, mais ce mĂ©mo, câest du charabia juridique. MĂȘme les avocats des comtĂ©s avouent ne pas comprendre. « Câest comme si on leur disait : âNe touchez pas Ă la machine, sinon on vous tire dessus.â Mais personne ne sait oĂč est la gĂąchette. »
Ensuite, les poursuites, ça coĂ»te cher. TrĂšs cher. Le dĂ©partement de la Justice a un budget limitĂ©, et attaquer 53 comtĂ©s en mĂȘme temps ? « Ăa va les saigner Ă blanc », estime un ancien procureur fĂ©dĂ©ral. Ils misent sur lâeffet psychologique.
Enfin, il y a la Cour suprĂȘme. Si un comtĂ© se fait poursuivre, il ira en appel. Et lĂ , les juges conservateurs pourraient renverser la dĂ©cision. Donc au final, Trump joue Ă pile ou face : soit il perd son temps, soit il dĂ©clenche une crise qui lui profite.
Le vrai danger, ce nâest pas la prison. Câest le chaos.
Parce que si les comtĂ©s ferment, ce ne sont pas seulement les dĂ©mocrates qui perdent. Câest lâĂ©lection tout entiĂšre qui se dĂ©sorganise.
Prenez lâexemple de la Pennsylvanie. En 2020, des milliers de bulletins nâavaient pas Ă©tĂ© comptĂ©s Ă temps. RĂ©sultat ? Un recours judiciaire qui a tenu trois jours. En 2024, si les comtĂ©s ferment sans prĂ©venir, imaginez le bordel. Des Ă©lecteurs qui se prĂ©sentent le jour J et se font envoyer balader. Des bulletins perdus. Des machines qui ne marchent pas.
Et puis, il y a les Ătats qui comptent vraiment. La GĂ©orgie, le Michigan, la Pennsylvanie⊠Ces Ătats-lĂ font la diffĂ©rence entre Biden et Trump. Si lâun dâeux se retrouve dans le flou juridique, personne ne sait comment ça finira. En 2000, la Floride avait mis 36 jours Ă trancher. En 2024, avec les rĂ©seaux sociaux et les thĂ©ories du complot, ça pourrait prendre des mois.
Alors, qui gagne Ă ce jeu ?
Personne. Sauf Trump.
Parce que pour lui, le but nâest pas de gagner lâĂ©lection. Câest de la rendre si chaotique que personne nâose en parler avant novembre. Si les comtĂ©s ferment, si les bulletins disparaissent, si les recours pleuvent, il aura créé le doute. Et le doute, câest son meilleur ami.
Les dĂ©mocrates ? Ils sont coincĂ©s. Sâils rĂ©sistent, ils risquent des poursuites. Sâils cĂšdent, ils perdent des voix. Bref, ils perdent dans les deux cas.
Les rĂ©publicains modĂ©rĂ©s ? Ils se taisent. Parce que si Trump gagne, ils seront les prochains dans le collimateur. Et si Trump perd, ils auront lâair de lĂąches.
Et les Ă©lecteurs ? Ils nâont pas leur mot Ă dire.
Alors oui, 53 comtĂ©s menacent de fermer. Mais la vraie question, câest : qui va payer lâaddition ? Pas les organisateurs. Pas les Ă©lecteurs. Nous. Parce que quand une Ă©lection se transforme en champ de bataille juridique, câest la dĂ©mocratie qui trinque.
Et ça, personne ne semble sâen soucier.