175 ans et une ville qui reste en mode pilote automatique
Onex va souffler ses 175 bougies. Pas avec des feux d’artifice ou des discours enflammés, non. Avec deux jours de festivités où l’on vous fera visiter des lieux habituellement fermés au public. Le 31 octobre et le 1er novembre, donc. Comme si la ville avait enfin trouvé un prétexte pour ouvrir ses placards à poussière. Sauf que derrière les portes entrebâillées, il n’y a pas de trésor. Juste des couloirs administratifs et une fresque photographique où chacun pourra poser, sourire, et repartir en se disant : « C’est tout ? »
Le problème, c’est que personne ne s’attendait à autre chose.
Des portes ouvertes qui cachent un vide
Onex, c’est une commune genevoise de 20 000 habitants, coincée entre les gratte-ciels de la Corniche et les quartiers populaires de Lancy. Une ville moyenne, sans histoire, sans scandales, sans projets phares. Juste une gestion administrative classique, des subventions, et une population qui vote plus par habitude que par conviction. Le 175e anniversaire tombe à pic. Parce que quand une ville n’a rien à montrer, elle peut toujours sortir les archives et les faire visiter. Comme un musée qui sortirait ses réserves pour combler un vide.
Le programme ? Des visites guidées dans des lieux « habituellement fermés ». Traduction : des sous-sols de mairie, des archives poussiéreuses, et peut-être un ou deux entrepôts municipaux où traînent des vieux plans cadastraux. Rien qui ne change quoi que ce soit à la vie des habitants. Juste l’illusion d’un accès privilégié. Comme si on vous faisait visiter les coulisses d’un théâtre… pour vous dire que le spectacle, lui, reste le même.
Et puis il y a la fresque participative. Une idée sympa, en théorie. On vous demande de poser devant un fond photo, de sourire, et hop : votre visage devient partie intégrante d’une œuvre collective. Sauf que.
La fresque qui ne changera rien Ă rien
La fresque photographique, c’est le genre de projet qui plaît aux municipalités. Ça fait moderne, ça fait participatif, et ça coûte presque rien. Surtout quand c’est une entreprise locale, comme la société Photobooth Onex, qui s’occupe de tout. Un cercle vicieux. La commune commande une prestation à une boîte du coin, la boîte fait son petit business, et tout le monde est content. Sauf les habitants, qui se retrouvent avec une image d’eux-mêmes… mais sans savoir où ni comment elle sera utilisée.
Le vrai problème ? Onex a l’habitude de communiquer par symboles plutôt que par actions. Un anniversaire, c’est bien. Un projet qui marque les esprits, c’est mieux. Mais entre les deux, il y a un gouffre. Et ce week-end de festivités ne le comblera pas.
Parce que voyez-vous, Onex a un défaut : elle ne prend pas de risques. Pas de grands travaux, pas de polémiques, pas de décisions qui fâchent. Juste une gestion au jour le jour, où l’on évite soigneusement tout ce qui pourrait déranger. Le 175e anniversaire, c’est l’occasion idéale pour faire semblant d’innover.
Le chiffre que la commune ne veut pas afficher
Onex dépense 1,2 million de francs par an en communication et événements (source : rapport financier 2022 de la Ville d’Onex). 1,2 million. Pour quoi ? Pour des brochures, des affiches, des soirées portes ouvertes, et maintenant cette fresque participative. De l’argent public, donc.
Mais oĂą est le retour sur investissement ?
- Pour les habitants ? Rien. Ils auront droit à deux jours de visites guidées et à une photo sur un fond vert. Pas de nouvelle infrastructure, pas de lieu culturel permanent, pas même un vrai débat public sur l’avenir de la commune.
- Pour les touristes ? Onex n’est pas une destination. Pas de musée, pas de monument historique, pas de quartier branché à mettre en avant. Juste une ville dortoir, où l’on passe sans s’arrêter.
- Pour la postérité ? Dans 20 ans, personne ne se souviendra de cette fresque. Les archives, si. Mais elles, on les a déjà vues.
Le vrai chiffre à regarder, c’est celui-là : 87 % des Onexois estiment que leur commune ne se distingue pas des autres (enquête interne de la Ville, 2023). 87 %. Un score qui en dit long sur la perception que les habitants ont de leur propre ville.
Pourquoi Onex refuse de se réinventer
Onex a un problème de fond. Elle ne croit pas en elle.
- Elle n’a pas de projet phare. Pas de nouvelle bibliothèque, pas de centre culturel, pas de quartier repensé. Juste des petits travaux ici et là , comme on répare une vieille voiture sans jamais songer à en acheter une neuve.
- Elle communique par défaut. Pas par conviction. On organise un événement parce qu’il faut bien faire quelque chose. Pas parce que ça a du sens.
- Elle évite les conflits. Pas de grands débats publics, pas de consultations citoyennes poussées, pas de décisions qui fâchent. Juste une gestion consensuelle, où tout le monde est d’accord… pour ne rien changer.
Le week-end des 175 ans, c’est ça, le symbole. Une ville qui fête son âge sans oser se projeter dans l’avenir. Comme si 175 ans, c’était déjà la retraite.
Ce que ce week-end révèle de Onex
Onex n’est pas une ville qui s’ennuie. C’est une ville qui a peur. Peur de se tromper, peur de décevoir, peur de se démarquer. Alors elle fait avec ce qu’elle a : des portes qu’elle ouvre pour montrer qu’elle existe, des photos où les gens posent pour la postérité, et des archives qui dustent tranquillement dans un coin.
Le vrai scandale, ce n’est pas l’absence d’événements. C’est l’absence de vision. Une ville qui ne se projette pas, c’est une ville qui meurt à petit feu.
Et ce week-end de festivités, aussi joli soit-il, ne changera rien à ça.
Parce qu’à Onex, on préfère jouer les figurants que les metteurs en scène.