Les promoteurs de la station El Menzel paient 45 millions avant mĂŞme de construire

Pour remporter le marché de la future station de stockage électrique près de Séfrou, les candidats doivent bloquer 45 millions de dirhams en garantie. Une exigence qui révèle les risques réels du projet, et les limites des appels d’offres publics.

Publié le 1 octobre 2026 à 10:02
Les promoteurs de la station El Menzel paient 45 millions avant mĂŞme de construire

**45 millions, c’est le prix de l’entrée en jeu avant même de commencer à creuser le sol marocain. La future station de stockage électrique d’El Menzel, près de Séfrou, impose cette garantie bancaire à quiconque veut soumissionner. Pas une caution symbolique. Pas une formalité administrative. Une somme qui équivaut à 10 % du budget total estimé du projet, et qui doit être versée avant même que le marché ne soit attribué. C’est le genre de détail qui, sur un papier, ressemble à une ligne de budget parmi d’autres. Dans la réalité, ça signifie une chose : personne ne s’engouffrera dans cette aventure sans être sûr de gagner. Ou presque sûr. Parce que 45 millions, ça se bloque pas sur un coup de tête. Ça se négocie. Ça se calcule. Ça se justifie en réunion de direction. Et ça fait mal si on se plante à l’appel d’offres. Le projet ? Un stockage électrique géant, censé stabiliser le réseau national en stockant l’énergie excédentaire, surtout celle venue des parcs solaires et éoliens du pays. Sur le papier, c’est une bonne idée. Dans les faits, c’est un pari. Un pari sur la demande future, sur la rentabilité, sur la capacité du Maroc à consommer assez d’électricité pour que ce genre d’infrastructure ait un sens. Mais surtout, un pari sur les risques. Et ces risques, l’État marocain les quantifie à 45 millions de dirhams. Pas les risques techniques, même si, soyons clairs, construire une station de stockage de cette envergure, c’est déjà un défi. Non, les risques financiers. Le risque de ne pas trouver de partenaire industriel. Le risque que le projet traîne, que les coûts explosent, que les subventions promises se fassent attendre. Le risque, surtout, de se retrouver avec une usine à énergie sur les bras, alors que le marché n’est pas encore prêt. Pourquoi une telle somme ? Parce que les promoteurs savent une chose : si le projet capote, ce ne sont pas les actionnaires qui trinqueront en premier. C’est l’État. Ou pire, ce sont les contribuables. Et 45 millions, c’est assez pour faire taire les récalcitrants. Assez pour dire : « Si vous voulez jouer, vous mettez votre peau dans le jeu avant même que la partie commence. » --- ### Le marché qui n’existe pas encore La station d’El Menzel n’est pas une première. Le Maroc mise depuis des années sur le stockage électrique pour compenser l’intermittence des énergies renouvelables. Sauf que, jusqu’ici, les projets concrets se comptent sur les doigts d’une main. Pourquoi ? Parce que le vrai problème, ce n’est pas la technologie. C’est le business model. Qui va payer pour quoi ? Les industriels marocains, déjà étranglés par les coûts de l’énergie, n’ont pas les moyens de s’offrir un stockage privé. Les particuliers ? Ils n’ont ni les ressources ni l’envie de financer une infrastructure dont ils ne verront jamais le retour. Reste l’État. Mais l’État, justement, est en train de se dire : « On ne va pas se ruiner à financer des usines à énergie alors que le réseau actuel tient encore, à peine. » Résultat : les appels d’offres se multiplient, mais les réponses se font rares. Sauf quand il faut mettre la main à la poche. Et là, les candidats se réveillent. Parce que 45 millions, c’est l’équivalent de trois ans de salaires d’un ingénieur marocain. C’est le budget annuel d’une petite commune rurale. C’est l’argent qui manque cruellement ailleurs, dans les hôpitaux, dans les écoles, dans les routes. Alors oui, les promoteurs vont se bousculer. Mais pas pour le projet. Pour la garantie. --- ### L’État joue les banquiers, mais à quel prix ? Il y a quelque chose d’ironique à voir l’État marocain exiger une garantie aussi élevée pour un projet censé moderniser le réseau électrique. Parce que, en réalité, cette somme révèle une méfiance profonde. Méfiance envers les promoteurs privés, bien sûr, mais surtout envers les délais. Le Maroc n’a pas le temps d’attendre. Les pénuries d’électricité se multiplient en été, les centrales thermiques tournent à plein régime (et polluent), et les renouvelables, malgré leurs progrès, ne suffisent pas. Alors on mise sur le stockage. Sauf que le stockage, ça ne se construit pas en six mois. Ça prend des années. Des années pendant lesquelles l’État doit garantir les risques, les coûts imprévus, les retards. 45 millions, c’est le prix de l’urgence. Mais c’est aussi le prix de l’amateurisme. Parce que si un projet nécessite une garantie aussi lourde avant même son lancement, c’est qu’on n’est pas sûr de maîtriser les variables. Les coûts ? Les délais ? La demande réelle ? Personne ne sait. Sauf les banques, qui, elles, ne prêteront que si la garantie est là. --- ### Et si personne ne se présentait ? Voici le scénario que personne n’ose évoquer ouvertement : et si les promoteurs se désistaient ? Si les 45 millions leur semblaient trop risqués ? Ce serait un aveu. Un aveu que le projet, tel qu’il est conçu, n’est pas viable. Pas assez rentable. Pas assez sécurisé. Pas assez réaliste. Parce que, au final, 45 millions, c’est le prix de l’incertitude. Et l’incertitude, dans les marchés publics, ça se paie cash. Alors, soit les candidats se bousculent pour déposer leur garantie en espérant gagner. Soit le marché est reporté. Soit, pire, il est annulé. Dans les trois cas, c’est le Maroc qui trinque. Soit parce qu’il aura dépensé 45 millions pour rien. Soit parce qu’il aura perdu des années à attendre un projet qui ne verra jamais le jour. --- ### Le vrai enjeu : qui prend le risque ? Le problème avec les grands projets d’infrastructure, c’est qu’ils reposent toujours sur une illusion : celle que le risque est maîtrisé. Que les coûts sont contrôlés. Que la demande sera là. Sauf que non. La station d’El Menzel n’échappera pas à cette règle. Le vrai débat n’est pas technique. Il est politique. Qui doit payer si ça foire ? L’État ? Les contribuables ? Les promoteurs ? 45 millions, c’est une réponse. Une réponse brutale. Une réponse qui dit : « On ne vous fait pas confiance. Alors vous payez d’avance. » Reste une question : et si, au final, c’est l’État qui doit racheter la garantie parce que personne ne veut du marché ? Alors là, on aura compris une chose : le Maroc n’est pas prêt pour ce genre de pari. Pas encore. Pas avec ces règles. Pas avec ces incertitudes. --- Le projet avance, mais à quel coût ? La station d’El Menzel se construira. Parce que le Maroc a besoin de stockage. Parce que les renouvelables ne suffiront pas sans. Parce que, sinon, les coupures d’électricité vont empirer. Mais à quel prix ? Pas seulement en dirhams. En crédibilité. En temps perdu. En risques reportés sur les épaules des citoyens. 45 millions, c’est le prix de l’entrée. Mais c’est aussi le prix de l’aveu : on ne sait pas encore si ce projet est gagnant. Et ça, c’est le vrai problème.

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R Galaxie Rédaction

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