Sochaux arrête les chaînes pour manque de batteries

L’usine historique de Peugeot passe en chômage partiel fin octobre. Problème : les batteries pour les 3008 et 5008 Long Range manquent. Résultat, des centaines de salariés en pause, et une question qui cloche : pourquoi personne ne parle des retards de la filière française ?

Publié le 30 septembre 2026 à 08:03
Sochaux arrête les chaînes pour manque de batteries

Le 28 octobre, les robots de l’usine Sochaux s’arrêteront. Pas pour une grève, pas pour une panne. Parce que PSA n’a plus assez de batteries pour alimenter les 3008 et 5008 Long Range. 1 500 salariés vont passer en chômage partiel. Officiellement, c’est un « ajustement temporaire ». Officieusement, c’est la preuve que la transition électrique française se heurte à un mur : l’industrie locale n’est pas prête. Pourtant, tout le monde en parlait comme d’une évidence. Les 3008 et 5008 Long Range, censés incarner le virage vert de PSA, dépendent à 80 % de batteries fabriquées en Europe. Sauf que l’Europe, en l’occurrence, c’est surtout l’Allemagne et la Pologne. Et là, les délais explosent. Un retard de six mois sur les livraisons, selon des sources syndicales. Six mois, c’est l’équivalent de trois trimestres de production à l’arrêt. Six mois, c’est aussi le temps qu’il a fallu à Stellantis pour admettre, enfin, que le problème existait. Avant ça, les communiqués parlaient de « tensions d’approvisionnement classiques ». Classiques ? À Sochaux, on ne rigole pas avec les « tensions classiques ». L’usine a déjà perdu 10 % de sa production cette année à cause des batteries. Et maintenant, c’est le chômage partiel. Pas une option, une obligation.

Pourquoi les batteries disparaissent alors que la demande explose

La réponse est simple : personne n’a anticipé l’ampleur du basculement. Les constructeurs ont misé sur des usines en Europe de l’Est, censées monter en puissance en 2023-2024. Sauf que les investissements ont traîné, les subventions ont mis des mois à tomber, et les chaînes de production, elles, n’ont pas attendu. Résultat : les batteries pour les modèles électriques français arrivent en miettes. Pire, celles qui arrivent sont souvent de qualité inférieure aux promesses initiales. Les ingénieurs de Sochaux râlent depuis des mois : les autonomies annoncées (jusqu’à 500 km en conditions réelles) ne tiennent pas la route. 300 km, parfois moins, sur les modèles Long Range. Un détail ? Pas pour les clients. Pas pour les concessionnaires, qui voient leurs stocks de véhicules « premium » s’accumuler sans se vendre. Et pas pour PSA, qui doit maintenant justifier des prix élevés sur des voitures dont la performance réelle est loin des arguments commerciaux.

Le pire, c’est que ce n’est pas un problème isolé. Renault a les mêmes galères à Flins. Volkswagen trébuche sur ses usines en Hongrie. Partout, les constructeurs courent après les batteries. Sauf qu’en Europe, contrairement à la Chine, on ne construit pas des méga-usines en trois mois. Il faut des années. Des années que PSA n’a pas. D’où cette décision brutale : arrêter les chaînes. Pas pour toujours, bien sûr. Juste le temps que les batteries arrivent. Ou pas. Parce que si les retards persistent, l’hypothèse d’un chômage partiel prolongé n’est plus à exclure. Et là, la question devient politique.

L’État regarde ailleurs alors que l’emploi tremble

En 2022, le gouvernement a débloqué 7 milliards d’euros pour relancer la filière batterie française. Objectif : 20 % de parts de marché d’ici 2030. Sauf que sur le terrain, rien ne bouge assez vite. Les usines promises pour 2024 peinent à démarrer. Celle de Dunkerque, par exemple, devrait produire ses premières cellules… en 2025. Trop tard. Pendant ce temps, l’Allemagne et la Pologne captent 60 % des investissements. Pourquoi ? Parce que leurs gouvernements ont agi plus vite. Parce qu’ils ont compris que l’industrie électrique, c’est une course contre la montre. Et que ceux qui hésitent perdent.

À Sochaux, on ne pose pas de questions. On exécute. 1 500 salariés en moins d’activité, c’est 1 500 foyers qui vont sentir le coup. Les syndicats parlent de « trahison ». Les dirigeants de PSA serrent les dents et répètent leur mantra : « C’est temporaire. » Temporaire, oui. Mais combien de temps ? Six mois ? Un an ? Personne ne sait. Ce qui est sûr, c’est que la filière française des batteries est en retard. Très en retard. Et que pendant ce temps, la Chine, elle, construit des usines à un rythme industriel. Sans aide de l’État, sans subventions, sans promesses. Juste avec des usines. Des vraies.

Le vrai problème : personne ne veut assumer les retards

Le 15 octobre, Bruno Le Maire a annoncé un plan pour « accélérer la souveraineté industrielle ». Très bien. Sauf que sur le terrain, les mots ne suffisent pas. Il faudrait des usines. Il faudrait des délais. Il faudrait que les promesses tiennent. Or, aujourd’hui, personne ne peut garantir que les batteries arriveront à temps. Pas les fournisseurs. Pas les gouvernements. Pas même PSA. On improvise. On rattrape. On ment un peu.

Prenez l’exemple des 3008 et 5008 Long Range. PSA les a vendus comme les modèles électriques français les plus aboutis. Sauf que sans batteries, ils ne sont que des coques. Des coques chères. Des coques dont personne ne veut, parce que les promesses ne correspondent pas à la réalité. Et maintenant, Sochaux paie l’addition. 1 500 emplois en suspens. Une usine historique qui tourne au ralenti.

Le plus ironique ? C’est l’État qui a poussé PSA à électrifier ses gammes. Les bonus écologiques, les zones à faibles émissions, les promesses de « décarbonation »… Tout cela a forcé les constructeurs à accélérer. Sauf que personne n’a pensé aux conséquences. Personne n’a calculé que sans batteries, les voitures électriques ne servent à rien. Personne n’a vérifié que les usines françaises n’étaient pas prêtes. Résultat : on électrise les modèles, mais on n’a pas les composants. On vend du rêve, mais on ne livre pas la marchandise.

Ce que ça signifie pour vous, conducteurs et contribuables

Si vous aviez commandé un 3008 ou un 5008 Long Range ces derniers mois, vous avez peut-être déjà eu droit à un délai. Six mois, huit mois, parfois plus. Si vous aviez prévu d’acheter d’ici Noël, oubliez. Les stocks sont vides. Les usines sont à l’arrêt. Et les prix ne baisseront pas. Au contraire. Parce que sans concurrence réelle, PSA peut se permettre de garder ses tarifs élevés. Vous payez cher une voiture dont l’autonomie est souvent sous-estimée.

Pour les contribuables, c’est encore pire. 7 milliards d’euros promis pour la filière batterie. Des milliards qui finissent souvent dans des poches étrangères. Pendant ce temps, les emplois français tremblent. À Sochaux, on ne sait pas encore combien de temps durera le chômage partiel. Une chose est sûre : si les batteries ne arrivent pas, ce sera pire. Beaucoup pire.

La vraie question, c’est : qui va payer l’addition ?

Pas les actionnaires. Pas les dirigeants. Vous.

Vous, qui achetez une voiture électrique avec des promesses de 500 km d’autonomie. Vous, qui financez des usines qui ne produisent pas assez. Vous, qui subissez les retards sans savoir pourquoi. Parce que personne ne veut assumer les échecs. Personne ne veut dire que la transition électrique française est un fiasco. Personne ne veut admettre que l’on a misé sur le mauvais cheval.

Alors on improvise. On arrête les chaînes. On met des salariés au chômage partiel. On attend. On attend que les batteries arrivent. On attend que les usines se construisent. On attend que l’État réagisse. On attend.

Sauf que le temps, lui, ne s’arrête pas. Et quand il sera trop tard, personne ne pourra plus rien faire.

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R Galaxie Rédaction

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