La Côte d'Ivoire impose son guichet unique aux projets extractifs

Le gouvernement ivoirien lance SIREXE Invest, un guichet unique censé accélérer les financements miniers et pétroliers. Mais derrière l'annonce, des questions persistent : qui contrôle vraiment les projets ? Et à quel prix pour les populations locales ?

Publié le 18 septembre 2026 à 14:12
La Côte d'Ivoire impose son guichet unique aux projets extractifs

Un guichet, trois secteurs, un seul objectif : accélérer les investissements extractifs en Côte d'Ivoire

Le ministère des Mines, du Pétrole et de l’Énergie a sorti son joker : SIREXE Invest, un guichet unique qui doit désormais qualifier, puis financer les projets miniers, pétroliers et énergétiques du pays. Officiellement, c’est une révolution administrative. En réalité, c’est un virage stratégique. Et ça change la donne pour tout le monde, sauf peut-être pour ceux qui vivent près des sites d’extraction.

Pourquoi ce guichet unique ? Parce que les investisseurs en ont marre des lenteurs. Parce que les banques publiques en ont assez de financer des dossiers qui traînent. Parce que le gouvernement veut montrer qu’il maîtrise son sous-sol, et que les contrats signés, c’est pour de bon. Le message est clair : si vous voulez creuser, forer ou construire une centrale en Côte d’voire, vous passez par SIREXE. Point.

Mais derrière l’efficacité affichée, il y a un vrai basculement. Un qui mérite d’être regardé de près.


Les projets miniers et pétroliers vont-ils enfin décoller ?

En théorie, oui. En pratique, peut-être.

Le problème, c’est que la Côte d’Ivoire a l’habitude des annonces tonitruantes et des réalisations timides. Prenez le cas de Perenco, qui a trouvé du pétrole en 2012 près de Grand-Bassam, mais qui n’a toujours pas démarré la production à grande échelle. Ou celui des permis miniers attribués à tour de bras, mais souvent gelés faute de financements ou de viabilité économique. SIREXE Invest veut éviter ce genre de blocages.

Comment ? En centralisant tout. Une seule fenêtre pour déposer son dossier, une seule équipe pour l’examiner, une seule décision pour le financer. Moins de paperasse, moins de tergiversations.

Sauf que…


Qui décide vraiment des projets ? Et à quel prix pour les locaux ?

Le guichet unique, c’est bien. Mais qui tire les ficelles ?

Officiellement, c’est le ministère. En réalité, les investisseurs étrangers ont déjà leur mot à dire bien avant que le dossier n’arrive sur le bureau des technocrates d’Abidjan. Les grandes compagnies minières et pétrolières, comme la chinoise CNPC ou la canadienne Semafo, ont des réseaux, des lobbyistes, des contrats-cadre signés en coulisses. SIREXE Invest ne va pas révolutionner cette donne.

Et puis, il y a la question des populations locales.

Un projet minier ou pétrolier, ça ne se décide pas sans eux. Mais est-ce qu’ils auront vraiment leur mot à dire avec ce nouveau système ?

Prenez l’exemple de Tiébinga, dans le nord du pays, où des communautés ont vu leurs terres promises à des exploitants d’or sans jamais avoir été correctement consultées. Le risque, c’est que SIREXE Invest accélère les choses… sans que les riverains ne soient vraiment écoutés.

Le ministère promet des études d’impact environnemental et social renforcées. Mais entre les promesses et la réalité, il y a souvent un fossé. Et ce fossé, c’est souvent payé par les plus pauvres.


Les banques publiques vont-elles enfin dire oui ?

Voilà le vrai défi. Financer un projet extractif, ce n’est pas comme prêter pour une PME.

Les risques sont immenses : corruption, instabilité politique, fluctuations des cours mondiaux. Les banques ivoiriennes, comme la BCEAO (Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest), ont toujours été prudentes. Trop prudentes, parfois.

Avec SIREXE Invest, l’idée, c’est de rassurer les financeurs. En disant : « Ici, on a un guichet unique, une procédure claire, des garanties. Investissez sans crainte. »

Mais est-ce que ça suffira ?

Prenez le cas du projet d’exploitation de fer de la société indienne NMDC à Zouan-Hounien. Le dossier avait mis des années à aboutir. SIREXE Invest pourrait-il l’accélérer ? Peut-être. Mais est-ce que les banques vont vraiment se jeter dans la mêlée ?

Le problème, c’est que les projets extractifs en Afrique de l’Ouest restent risqués. Même avec un guichet unique. Et les banques locales n’ont pas les moyens de prendre des paris trop gros.


Ce que personne ne dit sur SIREXE Invest

Le gouvernement ivoirien mise sur l’attractivité. Les investisseurs misent sur la stabilité. Mais les populations locales, elles, misent sur leur survie.

Voilà le vrai enjeu de SIREXE Invest : est-ce que ce guichet unique va servir à accélérer les projets… ou à mieux les contrôler ?

Parce qu’une chose est sûre : si les financements décollent, les forages et les mines aussi. Et avec eux, les conflits fonciers, la pollution, les déplacements de populations. Tout ça, SIREXE Invest ne le réglera pas.

Le vrai test, ce ne sera pas l’efficacité administrative. Ce sera ce qui se passera sur le terrain.

Et là, personne n’a encore la réponse.


La Côte d’Ivoire mise sur l’or… mais à quel prix ?

SIREXE Invest, c’est l’accélération. Mais l’accélération de quoi ?

Des projets qui pourraient enrichir le pays. Ou des projets qui pourraient le mettre encore plus sous dépendance.

La Côte d’Ivoire a besoin de revenus. Les mines et le pétrole, c’est une manne. Mais si les populations ne sont pas protégées, si l’environnement n’est pas préservé, la manne pourrait vite tourner au piège.

Le vrai défi, ce n’est pas la vitesse. C’est la justice.

Et sur ce point, SIREXE Invest n’a encore rien prouvé.

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R Galaxie Rédaction

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