Sheglam chez Kruidvat, ou comment Shein vend du rêve en tube sans que vous le sachiez

Sheglam, la marque de cosmétiques qui cartonne sur TikTok et chez Kruidvat, appartient à Shein. Personne ne vous le dit clairement. Voici pourquoi c’est un problème, et ce que ça révèle sur votre façon de consommer sans regarder.

Publié le 2 septembre 2026 à 22:02
Sheglam chez Kruidvat, ou comment Shein vend du rêve en tube sans que vous le sachiez

Le produit que vous avez acheté sans savoir d’où il venait vraiment

Vous avez peut-être vu les vidéos. Des influenceuses qui swipent des palettes de fards à paupières à 8,99 €, des rouges à lèvres qui tiennent « comme en luxe », des fonds de teint qui promettent une peau de bébé. Sheglam, c’est ça : du maquillage pas cher, ultra-tendance, et disponible chez Kruidvat depuis quelques mois. Ce que les pubs ne vous disent pas ? C’est une marque de Shein. Oui, ce Shein. Celui qui vend des robes à 5 € fabriquées au Bangladesh, celui dont les conditions de travail font régulièrement scandale.

Shein a lancé Sheglam en 2021. Officiellement, c’est une « entité indépendante ». Officieusement, c’est la même boîte, avec les mêmes méthodes. Même siège social à Singapour, même PDG (Chris Xu), même modèle : produire vite, vendre pas cher, inonder les réseaux. Sauf que là, au lieu de vous vendre un crop top, ils vous vendent du rêve en tube. Et vous, vous l’achetez sans sourciller.

Pourquoi ? Parce que personne ne vous explique clairement d’où ça sort. Kruidvat ne met pas « Shein » en gros sur les étiquettes. Les influenceuses ne précisent pas que leur partenariat est avec une filiale d’un géant de la fast fashion. Résultat : vous pensez acheter un produit « clean », tendance, et abordable. En réalité, vous financez le même système que celui que vous critiquez quand il s’agit de vêtements.

Le chiffre que personne ne veut voir en face

Sheglam, c’est 1,2 milliard de dollars de chiffre d’affaires en 2023. Un milliard. Deux cents millions. C’est plus que certaines marques de luxe. Et c’est surtout un chiffre qui donne le vertige quand on sait comment il est généré.

Shein, lui, c’est 30 milliards de dollars de revenus la même année. Une croissance de 40 % en un an. Comment ? En externalisant la production dans des usines où les ouvriers travaillent 18 heures par jour pour des salaires de misère. En utilisant des matériaux toxiques, interdits en Europe, mais pas dans les pays où ils sont fabriqués. En inondant le marché de produits jetables, conçus pour être remplacés au bout de trois mois.

Sheglam, c’est la même logique, mais appliquée aux cosmétiques. Des produits fabriqués en Chine, avec des ingrédients low-cost, vendus en Europe sans que personne ne vérifie vraiment ce qu’il y a dedans. Kruidvat, lui, se contente de dire qu’il « respecte les réglementations européennes ». Sauf que les réglementations européennes, en matière de cosmétiques, sont loin d’être parfaites. Elles interdisent certains ingrédients, mais pas tous. Et surtout, elles ne disent rien sur les conditions de fabrication.

Alors oui, vous pouvez acheter un fard à paupières Sheglam pour 6,99 €. Mais ce que vous ne voyez pas, c’est le coût réel : des ouvriers sous-payés, des ingrédients douteux, et un modèle économique qui repose sur le fait que vous allez jeter ce produit dans six mois pour en racheter un autre.

Pourquoi Kruidvat a dit oui (et pourquoi c’est grave)

Kruidvat n’est pas une petite boutique bio. C’est une enseigne massive, présente dans toute l’Europe, avec des millions de clients. Quand ils ont décidé de référencer Sheglam, ils savaient très bien ce qu’ils faisaient. Ils savaient que Shein, c’est controversé. Ils savaient que les conditions de travail dans leurs usines sont régulièrement dénoncées. Ils savaient que leurs produits sont souvent pointés du doigt pour leur qualité médiocre.

Mais ils ont dit oui. Pourquoi ? Parce que ça se vend. Parce que les consommateurs veulent du pas cher, du tendance, et du disponible tout de suite. Parce que Kruidvat, comme toutes les grandes enseignes, a un seul objectif : faire du chiffre. Pas éduquer ses clients. Pas les sensibiliser. Juste vendre.

Et c’est ça, le vrai problème. Pas seulement Sheglam. Pas seulement Shein. Mais cette idée que vous pouvez avoir du luxe à prix discount, sans vous poser de questions. Cette idée que si c’est en rayon, c’est que c’est safe. Cette idée que le prix bas justifie tout.

Sauf que non. Le prix bas, il a un coût. Et ce coût, ce n’est pas Kruidvat qui le paie. Ce n’est pas Shein qui le paie. C’est vous. Pas directement, bien sûr. Mais indirectement, à travers des produits qui ne durent pas, des ingrédients qui irritent, et un système qui encourage la surconsommation.

Ce que ça dit de vous (et pourquoi c’est gênant)

Vous savez quoi ? Le pire, ce n’est pas Shein. Le pire, c’est que ça marche.

Sheglam cartonne. Les influenceuses en parlent. Les gens achètent. Et personne ne semble se soucier de savoir d’où ça vient. Tant que c’est joli, pas cher, et que ça fait des likes, tout va bien.

Sauf que non. Tout ne va pas bien. Parce que derrière chaque tube de rouge à lèvres à 5 €, il y a une réalité : des ouvriers qui triment pour des clopinettes, des ingrédients qui ne sont pas toujours clean, et une marque qui mise sur votre ignorance pour vous vendre n’importe quoi.

Et le plus triste, c’est que vous le savez. Ou du moins, vous pourriez le savoir. Il suffit de gratter un peu. De lire les étiquettes. De se poser deux secondes la question : « Comment est-ce possible que ce produit coûte si peu ? »

Mais vous ne le faites pas. Parce que c’est plus simple de croire que le rêve est accessible à petit prix. Parce que c’est plus facile de fermer les yeux sur ce qui se passe derrière. Parce que, au fond, vous préférez ne pas savoir.

Sauf que si. Vous devez savoir. Parce que chaque fois que vous achetez un produit Sheglam, vous votez pour ce modèle. Vous dites à Shein : « Continuez comme ça, on est d’accord. » Vous dites à Kruidvat : « On s’en fiche, du moment que c’est pas cher. »

Et ça, c’est le vrai scandale. Pas que Shein existe. Pas que Sheglam soit en rayon. Mais que vous, vous ayez choisi de ne pas voir.

La seule question qui compte vraiment

Est-ce que vous allez continuer à acheter Sheglam maintenant que vous savez ?

Parce que c’est ça, la vraie question. Pas « Est-ce que c’est légal ? » (oui, techniquement). Pas « Est-ce que c’est toxique ? » (peut-être, mais on ne sait pas vraiment). Pas « Est-ce que Kruidvat a le droit de le vendre ? » (oui, malheureusement).

La seule question qui compte, c’est : est-ce que vous, vous êtes d’accord avec ça ?

Est-ce que vous êtes d’accord pour financer un système qui exploite les ouvriers ? Est-ce que vous êtes d’accord pour acheter des produits dont on ne connaît pas vraiment la composition ? Est-ce que vous êtes d’accord pour participer à cette machine à surconsommer, juste parce que c’est pratique et pas cher ?

Si la réponse est non, alors vous avez deux options. Soit vous arrêtez d’acheter Sheglam. Soit vous assumez. Mais dans les deux cas, arrêtez de faire semblant de ne pas savoir.

Parce que maintenant, vous savez.

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R Galaxie Rédaction

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