Swisscom viré un vétéran après 38 ans pour un ton trop direct

Sébastien Perriard, 38 ans chez Swisscom, se bat pour récupérer son poste. Son crime ? Un ton jugé trop cassant. Derrière ce licenciement, une entreprise qui change de visage, et des salariés qui paient l’addition.

Publié le 26 septembre 2026 à 10:05
Swisscom viré un vétéran après 38 ans pour un ton trop direct

Pourquoi un ancien de 38 ans se fait éjecter sans filet

Swisscom aime les chiffres. Les parts de marché, les gains trimestriels, les millions de clients. Mais elle a du mal avec les histoires humaines. Celle de Sébastien Perriard en est la preuve. Un vétéran du secteur télécoms, un type qui a vu passer les PDG comme d’autres voient défiler les saisons, et qui se retrouve à la porte après avoir osé dire « ça ne marche pas » un peu trop fort.

Le problème ? Perriard n’a pas été licencié pour incompétence. Ni pour fraude. Juste pour « manquement aux valeurs d’entreprise ». Une formule fourre-tout qui sert à balayer sous le tapis les cas gênants. Chez Swisscom, comme ailleurs, les licenciements pour « attitude » sont en hausse. Selon une étude de l’Office fédéral de la statistique (OFS) publiée en 2023, 18 % des ruptures de contrat en Suisse sont justifiées par des motifs comportementaux, contre 12 % il y a dix ans. Les entreprises préfèrent se séparer d’un employé qui dérange plutôt que de réformer leurs processus. C’est plus simple. Et moins cher.

Perriard, lui, refuse de lâcher l’affaire. Il a porté plainte pour licenciement abusif. « J’ai passé ma vie chez Swisscom, j’ai trimé pour eux, et maintenant on me jette comme un vieux pull ? » lance-t-il au téléphone, voix rauque. Il n’est pas le seul dans ce cas. En 2022, 23 employés suisses sur 1000 ont été licenciés pour des raisons non liées à la performance, selon une enquête de l’Union syndicale suisse (USS). Un chiffre qui grimpe. Et derrière chaque nombre, il y a une vie brisée.

L’entreprise qui préfère les robots aux vieux briscards

Swisscom mise sur la digitalisation. Moins de papier, plus d’algorithmes. Moins de réunions, plus de chats internes. Moins de hiérarchie… enfin, presque. Le groupe a supprimé 1 200 postes en trois ans, selon son dernier rapport annuel. Officiellement, c’est pour « s’adapter aux nouveaux enjeux ». Officieusement, c’est pour faire place nette. Les jeunes cadres, formés dans l’ère du « feedback instantané », ont du mal avec des types comme Perriard, qui parlent cash et sans filtre.

« Chez Swisscom, on a remplacé les vieux routiers par des jeunes diplômés qui ont peur de leur ombre », raconte un ancien manager, sous couvert d’anonymat. « Le problème, c’est que ces jeunes ne connaissent pas le terrain. Ils appliquent des règles à la lettre, sans comprendre les réalités du terrain. » Résultat : des décisions prises dans des open-spaces climatisés, sans jamais descendre en usine ou dans les centres d’appels. Perriard, lui, il connaissait les usines. Il savait comment ça tournait. Et c’est ça qui dérangeait.

Le groupe a tenté de le faire taire en lui proposant un « package de départ ». « Une misère », ricane-t-il. « Après 38 ans, on me donne trois mois de salaire et on me met à la porte. » Un calcul froid : virer un senior coûte moins cher que de le garder. Et puis, qui va se battre pour lui ? À son âge, les offres d’emploi pleuvent moins.

Le vrai coût des licenciements « propres »

Swisscom n’est pas un cas isolé. UBS a supprimé 15 000 postes en deux ans, Nestlé en a licencié 5 000 pour « optimisation », et la liste est longue. Les entreprises suisses adorent le mot « transformation ». Derrière, il y a souvent des licenciements déguisés. Et des vies brisées.

Pour Perriard, le combat juridique sera long. Les tribunaux suisses sont lents, et Swisscom a les moyens de traîner en longueur. Mais il ne lâchera pas. « Je veux mon poste. Ou alors une indemnité qui me permette de vivre décemment », martèle-t-il. Une bataille d’arrière-garde ? Peut-être. Mais une bataille nécessaire.

Le vrai problème, c’est que des cas comme celui de Perriard deviennent la norme. Les entreprises préfèrent licencier un employé qui pose trop de questions plutôt que de réformer leurs méthodes. Résultat : des équipes moins expérimentées, plus dociles, et une culture d’entreprise qui étouffe l’audace.

Swisscom a déjà tourné la page. Perriard, lui, attend toujours son procès. Et se demande combien de temps il lui reste avant que la machine ne l’écrase définitivement.

Ce que ça dit de la Suisse (et de vous)

Vous vous dites peut-être : « Mais enfin, c’est la loi du marché ! » Oui, peut-être. Mais à quel prix ?

La Suisse vante son modèle social. Ses assurances-chômage, ses formations, ses entreprises stables. Pourtant, quand on creuse, on découvre une réalité moins reluisante : un travailleur sur cinq en Suisse a peur de perdre son emploi à cause de son âge, selon une étude de l’Université de Lausanne (2022). Les seniors sont les premières victimes des « restructurations ». Parce qu’ils coûtent cher. Parce qu’ils posent des questions. Parce qu’ils savent trop de choses.

Perriard n’est pas une exception. Il est le symbole d’un système qui broie les vétérans au profit de la rentabilité immédiate. Et le pire ? Personne ne bronche vraiment. Les syndicats sont affaiblis, les médias passent l’éponge, et les actionnaires applaudissent.

Alors oui, Swisscom a le droit de licencier. Mais à quel moment est-ce que la société va se réveiller et exiger mieux ?

Pas demain. Probablement jamais.

Parce que licencier un ancien de 38 ans, c’est bien. Mais admettre que le modèle est pourri, c’est moins confortable.

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R Galaxie Rédaction

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