Les tomates coûtent cher, l'iPhone pas assez

Dominique Schelcher, patron des magasins U, compare la tomate à l'iPhone à 2000 euros. Une provocation qui révèle une fracture bien plus profonde : celle entre ce qu'on accepte et ce qu'on tolère. Analyse d'une logique qui pue le double standard.

Publié le 16 septembre 2026 à 12:08
Les tomates coûtent cher, l'iPhone pas assez

En 2024, une tomate à 3 euros le kilo, c’est du jamais vu. Ou presque. Les rayons des supermarchés se vident, les clients râlent, les médias s’embrasent. Pourtant, en 2024 aussi, un iPhone à 2000 euros, c’est devenu une norme. Personne ne bronche. Personne ne manifeste. Personne ne traite les acheteurs de « profiteurs » ou de « irresponsables ». Juste un haussement d’épaules : « C’est le marché. » Dominique Schelcher, patron des magasins U, a eu le mérite de le dire crûment, lors d’une interview : « On ne marcherait pas un peu sur la tête ? » La question est bête. La réponse, non. Elle révèle ce que tout le monde sait mais que personne ne nomme : on accepte tout, sauf ce qui nous concerne pas directement.

Pourquoi la tomate fait pleurer et l’iPhone pas

Les chiffres sont là. Selon l’INSEE, le prix des légumes frais a augmenté de 12,5 % en un an, tandis que les smartphones haut de gamme, eux, voient leurs tarifs gonfler sans que ça déclenche de crise morale. En 2023, l’iPhone 15 Pro Max coûtait 1 599 euros. En 2024, le modèle suivant affiche 1 699 euros en base, sans compter les options. 1 999 euros, c’est le prix d’un iPhone avec un peu d’accessoires, une coque en titane, et l’assurance qui va avec. Personne ne s’en offusque. Pourquoi ? Parce que l’iPhone, c’est un produit de désir, pas de survie.

La tomate, elle, c’est l’inverse. C’est ce qui reste quand le frigo est vide. C’est ce qu’on achète en dernier, quand le budget est serré. Un produit de nécessité, pas de luxe. Et quand un produit de nécessité devient inaccessible, ça devient une question sociale. L’iPhone, lui, reste un gadget. Même à 2000 balles. Même quand Apple annonce des marges bénéficiaires à 38 % sur ses smartphones.

Le marché, ce grand égalitaire ?

Dominique Schelcher a osé le dire : « On ne marcherait pas un peu sur la tête ? » La réponse est oui. On marche dessus. Mais seulement quand ça nous arrange.

Prenez l’exemple des énergies. En 2022, le prix du gaz a explosé, et tout le monde a hurlé à la crise. En 2024, les prix baissent ? Personne n’en parle. Pourquoi ? Parce que le gaz, c’est comme la tomate : quand ça monte, ça touche tout le monde. L’iPhone, lui, c’est comme les actions Tesla ou les NFT : ça ne touche que ceux qui peuvent se le permettre.

Le marché, ce n’est pas un système égalitaire. C’est un miroir. Il reflète ce qu’on accepte et ce qu’on combat. Les tomates à 3 euros, c’est l’image d’une société qui tolère l’inflation quand elle frappe les plus fragiles. L’iPhone à 2000 euros, c’est l’image d’une société qui fête les records de profit quand ils servent les plus riches.

La vraie question n’est pas économique, elle est politique

Schelcher a raison sur un point : la comparaison est absurde. Mais elle est révélatrice. Parce qu’elle montre que l’indignation sélective existe, et qu’elle est structurante.

En 2023, une étude de l’INRAE montrait que 12 % des ménages français réduisaient leurs dépenses alimentaires pour payer d’autres factures. 12 %. Pas 2 %. Pas 5 %. Un sur huit. Pendant ce temps, les PDG des GAFAM empocheaient des bonus records. Tim Cook, patron d’Apple, a touché 99 millions de dollars en 2023. Soit 1 500 fois le SMIC annuel.

Alors oui, la tomate à 3 euros, c’est cher. Mais l’iPhone à 2000 euros, c’est l’hypocrisie d’un système qui célèbre l’audace quand elle sert les siens, et qui diabolise la précarité quand elle frappe les autres.

Ce que ça change (ou pas)

Schelcher a été critiqué pour ses propos. « Un peu vulgaire », ont dit certains. « Trop direct », ont ajouté d’autres. Pourquoi ? Parce que personne n’a envie d’entendre la vérité en face.

La vérité, c’est que les prix des tomates et ceux des iPhones ne sont pas régis par les mêmes règles. La tomate est soumise à la spéculation, aux aléas climatiques, aux coûts de transport. L’iPhone, lui, est le fruit d’une stratégie de captivité client : vous payez cher, vous restez fidèle, et Apple s’en fout si ça coûte trois fois le prix d’un légume.

Alors bien sûr, on peut râler contre les distributeurs, contre les producteurs, contre les spéculateurs. Mais tant qu’on achètera des iPhones à 2000 euros sans sourciller, personne ne changera rien.

La prochaine fois, ce sera votre salaire

En 2024, une tomate à 3 euros, c’est une anomalie. En 2030, ce sera peut-être le prix d’un repas. Parce que le problème n’est pas la tomate. C’est le système.

Ce système qui fait que vous pouvez payer 2000 euros pour un téléphone sans que ça choque, mais que vous pleurnichiez quand votre facture de courses dépasse les 100 euros.

Ce système qui fait que les patrons des supermarchés osent à peine critiquer les prix, alors que les patrons des techs empilent les milliards sans que personne ne pipe mot.

La prochaine fois que vous verrez une tomate à 3 euros, demandez-vous : combien coûtera votre salaire dans dix ans ? Parce que le jour où vous devrez choisir entre manger et payer votre abonnement Netflix, vous comprendrez enfin pourquoi Schelcher a raison.

Et ce jour-là, personne ne viendra vous dire que vous « marchez sur la tête ».

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R Galaxie Rédaction

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